04212026Headline:

PASTEF Version 2.0 : Un militant déraisonne Ousmane Sonko dans son casting


Au PASTEF, Ousmane Sonko fait remue-ménage avec une nouvelle équipe dirigeante pour mieux peaufiner la démocratie interne. Le président des Patriotes du Sénégal remanie le directoire de son parti et des voix s’élèvent pour dénoncer sa « confiscation » du pouvoir. Le parti au pouvoir au Sénégal, a dévoilé le visage recomposé de son bureau politique.

Par une décision présidentielle datée d’avril 2026, Ousmane Sonko, président du mouvement, a procédé à une nomination en cascade de nouveaux membres aux postes stratégiques. Ousmane Sonko, qui a bâti sa légitimité sur sa capacité à incarner la rupture, se trouve face à un dilemme. D’un côté, la nécessité de contrôler un parti devenu machine de gouvernement, avec ses impératifs d’efficacité et de discipline. De l’autre, la promesse faite aux militants de ne jamais reproduire les travers de l’ancien système. Beaucoup de mouvements révolutionnaires avant lui ont tenté de trouver le juste milieu souvent au prix de leur cohésion.

Un directoire bien sélectionné
4 vice-présidents, 1 secrétaire général et 5 secrétaires généraux adjoints, une équipe de secrétaires nationaux à la communication, à l’organisation et à la formation, ainsi qu’un coordinateur du Mouvement national des cadres patriotes (MONCAP), etc. La liste est longue, les fidèles sont récompensés, les ambitions futures du parti émergent. Un texte, dont l’auteur se présente comme un simple militant soucieux de l’âme du parti, dénonce ce qu’il perçoit comme une méthode contestable. « Je prends acte de la mise en place du Bureau national telle qu’elle a été faite, mais en tant que militant, je me dois de le dire clairement : il y a un problème de méthode, et donc un problème de fond. » La formule est polie, mais le propos ne l’est pas moins. Pour l’auteur de la tribune, « Si le règlement intérieur l’a ordonné ainsi, il est urgent de le modifier pour que le bureau national soit, par pure démocratie, voté et non désigné. » Une accusation qui touche au cœur de l’ADN du parti, né d’une promesse de « faire la politique autrement ».

Ousmane Sonko, qui a forgé sa légende sur la critique du pouvoir personnel, saura-t-il entendre les voix qui, de l’intérieur, l’appellent à ne pas devenir ce qu’il a combattu ?

La tentation du cercle restreint autour de Sonko
La désignation par le haut, par un cercle restreint, reproduirait les pratiques que PASTEF avait justement dénoncées chez ses adversaires. « Un parti politique n’est pas la propriété d’un groupe, aussi engagé soit-il. Il appartient à tous ses militants. Il appartient à cette base qui s’est battue, qui a résisté, qui a porté le projet parfois dans l’ombre. » Le militant rappelle que cette base ne peut être réduite à un rôle de spectateur pendant que les décisions se prennent ailleurs. « Vous n’êtes pas les seuls à avoir de la légitimité. Dans ce parti, il y a des hommes, des femmes, des jeunes, compétents, engagés, méritants, qui veulent servir leur pays avec la même sincérité. Les ignorer ou les contourner, c’est affaiblir le parti lui-même. » L’auteur prend soin de préciser qu’il ne s’en prend pas aux personnes nommées, mais au principe même. Un exercice d’équilibriste entre loyauté notoire et critique frontale. Cette controverse intervient à un moment sensible pour PASTEF. Arrivé au pouvoir après une ascension fulgurante portée par la jeunesse et le rejet des anciennes pratiques, le parti doit désormais gouverner tout en préservant son unité militante. La tentation de centraliser les décisions, de privilégier la loyauté personnelle à l’ancienneté ou à la compétence, est un risque classique pour les mouvements issus de la contestation. Il se heurte de plein fouet à l’idéal participatif qui a fondé le parti.

Le congrès à venir comme épreuve de vérité
L’auteur de la tribune appelle de ses vœux un congrès véritablement démocratique. « Le congrès à venir doit être un moment de vérité. Pas une simple validation de choix déjà arrêtés, mais une réelle ouverture, une restitution du pouvoir à la base. » La formule sous-entend que les précédentes rencontres pourraient n’avoir été que des chambres d’enregistrement. Une accusation grave, que la direction du parti ne peut laisser sans réponse. « Sans démocratie interne, tout le reste devient fragile. Sans elle, la confiance s’effrite. Sans elle, le projet perd son âme. » L’auteur, militant PASTEF, indique que c’est à cette condition que PASTEF restera fidèle à ce qu’il a promis. Les mots semblent avoir un sens et les militants ne l’ont pas oublié des discours d’hier. La vie interne du PASTEF intéresse fort bien la classe opposante qui attend le moment de la déconvenue pour s’autosaisir d’une faille du parti au pouvoir. La présente contestation a d’ores-et-déjà des répercussions politiques plus larges. L’opposition sénégalaise, qui peine à se reconstruire après la défaite électorale, observe avec attention les remous au sein du camp présidentiel.

La fracture durable entre la base militante et la direction pourrait offrir des opportunités inespérées. D’autant que les élections locales et régionales approchent, et que la machine à conquérir les suffrages a besoin de militants mobilisés. Le congrès annoncé sera un véritable moment de débat contradictoire pour reforger la machine politique du PASTEF. Ousmane Sonko, qui a forgé sa légende sur la critique du pouvoir personnel, saura-t-il entendre les voix qui, de l’intérieur, l’appellent à ne pas devenir ce qu’il a combattu ? Car l’histoire des révolutions est pleine de ces leaders qui, une fois au sommet, ont oublié ceux qui les y avaient portés. Le militant anonyme qui a pris la parole rappelle, avec une courtoisie qui n’exclut pas la fermeté, que la mémoire est longue et que la confiance ne se décrète pas.

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