
L’opposant dénonce une « falsification manifeste » des documents soumis à la Commission électorale indépendante (CEI) et demande la suspension du processus électoral en cours. « Nous sommes ici, au palais de justice, pour déposer la plainte que nous avions annoncée », a déclaré M. Affi N’Guessan, rappelant que le Conseil constitutionnel avait rejeté sa candidature pour insuffisance de parrainages. « Nous considérons que le document qui a servi de base à cette invalidation n’est pas celui que nous avions déposé. Il y a eu une modification frauduleuse », a-t-il insisté.
Selon lui, son dossier comportait 44 000 parrains répartis dans 20 régions. Mais le document présenté au Conseil constitutionnel mentionnait 46 000 parrains, un parrainage dans 33 régions, ainsi que 21 000 signatures jugées frauduleuses. « Nous contestons fermement ces chiffres », a martelé l’opposant, affirmant que cette falsification « visait à l’écarter du scrutin ».
Contexte tendu
Cette plainte intervient dans un climat politique particulièrement tendu, marqué par l’exclusion de plusieurs figures de l’opposition, dont Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam et Guillaume Soro. Le président sortant Alassane Ouattara, candidat du RHDP, apparaît désormais comme le grand favori du scrutin. Une situation qui, selon les observateurs, fragilise la crédibilité du processus électoral.
Certains électeurs apparaissaient avec plusieurs centaines d’enfants, d’autres semblaient être nés avant leurs propres géniteurs
Dans ses propos tenus ce samedi après le dépôt de sa plainte devant le procureur d’Abidjan, l’ancien Premier ministre ivoirien a également remis en cause la crédibilité de la liste électorale. Affi N’Guessan a mis en avant les conclusions d’un audit interne du FPI sur la liste électorale, qu’il juge entachée de graves irrégularités.
« Certains électeurs apparaissaient avec plusieurs centaines d’enfants, d’autres semblaient être nés avant leurs propres géniteurs », a-t-il dénoncé. À cela s’ajoute, selon lui, une Commission électorale indépendante « totalement déséquilibrée », dominée par des proches du pouvoir, et une décision du Conseil constitutionnel qui « invalide les principaux candidats issus des grandes formations politiques ».
Appel à l’ONU
Rencontrant récemment le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, M. Affi a plaidé pour que la question ivoirienne soit portée devant le Conseil de sécurité. « Nous avons expliqué que la situation actuelle est plus dangereuse que celle de 2010-2011 », a-t-il averti, faisant référence à la crise post-électorale qui avait fait plus de 3 000 morts.
L’opposant estime que si rien n’est fait, « le processus actuel nous conduira à des affrontements ». Il a donc appelé à « arrêter, réinitialiser et relancer un processus transparent et inclusif ». Seule une telle démarche, selon lui, permettra d’éviter une « catastrophe annoncée » et de préserver les acquis économiques et la stabilité du pays.
Une bataille juridique et politique
Avec sa plainte, Affi N’Guessan espère de la justice ivoirienne la reconnaissance d’une falsification de ses dossiers de candidature, et in fine une réintégration dans la course présidentielle.
Mais à un mois de la présidentielle, les marges de manœuvre apparaissent étroites. « Nous sommes fondés à participer à l’élection présidentielle », a-t-il réaffirmé. « Il faut stopper ce processus avant qu’il ne soit trop tard ».


