Face à la prolifération illicite des produits cosmétiques nocifs pour la santé, Cotonou vient de passer au crible 139 produits L’affaire va secouer tous les salons de coiffure, toutes les devantures de petites boutiques et jusqu’aux sacs des voyageuses.
Le gouvernement du Bénin a retiré de son marché une liste non exhaustive de produits cosmétiques interdits, de lotions, de crèmes, de savons et de poudres, au terme d’une procédure engagée par le ministère de la Santé. La liste, désormais publique, ne fait pas de détail, mais, sont visés les fabricants et distributeurs qui utilisent encore des composés interdits ou strictement encadrés par les normes internationales.
Hydroquinone, mercure, corticoïdes, les ingrédients dangereux pour la santé
Au cœur de la décision béninoise, une molécule revient comme un leitmotiv l’hydroquinone . Présente dans des dizaines de produits aux noms évocateurs, Fair & White, Maxi White, Caro Light, Rapid Clair, Princess Claire, cette substance éclaircissante est pourtant interdite dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest en raison des risques cutanés et systémiques qu’elle provoque à long terme . Les autorités sanitaires de Cotonou et ajoutant du mercure et ses composés, autre agent dangereux pour les reins et le système nerveux, ont été détectés dans une série de savons cosmétiques comme Movate, Miki, Jaribu, Binti Jambo, Amira ou encore Tura. Dans le même registre, des crèmes médicamenteuses comme Pimplex et New Shirley ont été épinglées pour la même raison. Côté crèmes, les contrôles ont également mis au jour des corticoïdes (Dermaclaire, Dermasol, Dermotyl, Diprosone) et des hormones stéroïdiennes (Skin Balance Lemon Cream, Body Clear Cream), dont l’usage cosmétique prolongé expose à des désordres endocriniens et à une fragilisation de la peau.
Du savon à la poudre pour bébé, une couche sanitaire sans concession
L’originalité de cette campagne béninoise tient à son spectre. Le ministère de la Santé n’a pas ciblé uniquement les crèmes éclaircissantes, traditionnellement dans le viseur des agences de régulation. Il a étendu ses vérifications aux savons de beauté et à un produit de grande consommation, la poudre Johnson’s Baby Powder, suspectée de contenir des ingrédients chimiques jugés nocifs. Cette décision, sans doute la plus discutée de la liste, pourrait avoir un rétention commerciale notable. Johnson’s Baby Powder, utilisé depuis des décennies par des générations de familles ouest-africaines, se retrouve ainsi sous le coup d’une interdiction provisoire en attendant d’éventuelles analyses complémentaires. La publication de cette liste à valeur d’avertissement. À Cotonou, on rappelle que les produits concernés doivent être retirés immédiatement des circuits de distribution . Dans les faits, la mesure pourrait s’avérer difficile à appliquer dans sa totalité, tant certains de ces articles circulent de manière informelle, par le biais de revendeuses transfrontalières ou de petites unités de production locales.
Le Bénin signale à ses voisins un danger de santé publique. Nombre de ces cosmétiques sont également présents au Togo, au Nigeria ou en Côte d’Ivoire.
D’aucuns y verront une pression discrète pour une harmonisation des contrôles sanitaires dans l’espace UEMOA. D’autres observeront que l’efficacité de ce type d’interdiction repose avant tout sur la capacité des États à traquer les importations parallèles et à sensibiliser une clientèle parfois attachée à ces produits, malgré les risques. Le ministère béninois de la Santé a mis à disposition la liste complète des 139 références. Cotonou a choisi de ne plus fermer les yeux. Notons que le marché béninois des cosmétiques repose très largement sur les importations, notamment en provenance de Chine. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de forte croissance du secteur de la beauté en Afrique, avec un taux annuel estimé à 12,90 % entre 2023 et 2027. Les produits pour la peau et les soins capillaires dominent les ventes, tandis que la demande pour les cosméceutiques à ingrédients actifs ne cesse de progresser. Une étude transversale auprès des jeunes femmes révèle que 78,2 % d’entre elles recourent aux produits de dépigmentation.
Parmi les produits cosmétiques utilisés, 75,65 % sont des lotions à base d’hydroquinone et de corticoïdes, tandis que 21,55 % prennent la forme de savons contenant des dérivés mercuriels ou de l’hydroquinone. Les motivations des utilisatrices obéissent à une logique triple : être plus belles pour 58,8 % d’entre elles, unifier leur teint pour 23 %, et plaire aux hommes pour 15,5 %. Face à ces pratiques, les autorités sanitaires béninoises ont pris des dispositions. L’arrêté n°0005 encadre désormais l’importation, la distribution et la vente des produits cosmétiques. Des contrôles réguliers des dermocosmétiques vendus en pharmacie et dans les circuits autorisés sont effectués pour garantir leur conformité. La prévalence élevée de l’utilisation de produits non notifiés ou détournés de leur usage montre-t-elle les limites du dispositif actuel ?



