La situation au Soudan du Sud connaît une détérioration rapide et préoccupante, ont averti vendredi les responsables onusiens, décrivant un pays pris dans un enchevêtrement de violences armées, de déplacements massifs de populations et de crises sanitaires aiguës.
Moins d’une semaine après la reprise de la ville stratégique d’Akobo par des forces d’opposition, les affrontements entre les troupes gouvernementales et le Mouvement populaire de libération du Soudan dans l’opposition se sont intensifiés, en particulier dans l’État du Jonglei.
« La situation sécuritaire reste très préoccupante », a déclaré Anita Kiki Gbeho, cheffe de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), soulignant que les civils continuaient de payer un tribut particulièrement lourd. Selon les données de la mission, le nombre de morts et de blessés a augmenté de 40 % en 2025 par rapport à l’année précédente. À cette violence s’ajoutent des tensions intercommunautaires persistantes dans plusieurs régions, alimentées par des conflits fonciers, des vols de bétail et des représailles.
Cette dégradation intervient dans un contexte de fragilisation du processus de paix conclu en 2018, désormais largement mis à mal par la reprise des hostilités. Akobo, bastion stratégique de l’opposition liée au vice-président détenu Riek Machar, cristallise les tensions. Parallèlement, la découverte récente de restes humains dans le Jonglei, possiblement liés à des combats antérieurs, suscite de vives inquiétudes quant à l’ampleur réelle des exactions commises. La Commission des droits de l’homme de l’ONU a appelé à l’ouverture d’enquêtes indépendantes et à la préservation des sites afin d’établir les responsabilités.
Sur le plan humanitaire, la situation atteint des seuils critiques. Tom Fletcher, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, a décrit un pays « à un carrefour dangereux », où près des deux tiers de la population auront besoin d’une assistance cette année. Plus de 250 000 personnes ont été contraintes de fuir leur foyer depuis décembre, tandis que 1,35 million d’habitants du Jonglei ont perdu l’accès aux soins de santé après la destruction ou la fermeture de 26 structures médicales. Le choléra progresse et la rougeole persiste, aggravant une situation sanitaire déjà dégradée.
La crise alimentaire n’est pas moins alarmante : plus de 7,5 millions de personnes devraient nécessiter une aide alimentaire, alors que des niveaux d’insécurité alimentaire d’urgence sont attendus dans l’ensemble des dix États du pays. Le plan humanitaire des Nations Unies, estimé à 1,46 milliard de dollars, demeure à ce stade largement sous-financé.



