L’assaut coordonné du 25 avril dernier, qui a coûté la vie au ministre malien de la Défense Sadio Camara, a agi comme un électrochoc. Au-delà du bilan humain, c’est la puissance financière et logistique du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) qui interpelle.
Le 25 avril restera une date charnière pour la transition malienne. En frappant simultanément plusieurs positions stratégiques dans le nord et le centre du pays, le JNIM, épaulé par ses alliés de circonstance du Front de libération de l’Azawad (FLA), a démontré une capacité de projection inédite.
Si le régime de Bamako a vacillé sans tomber, l’élimination d’une figure de proue comme Sadio Camara prouve que l’organisation dispose de moyens matériels à la hauteur de ses ambitions politiques. Derrière cette démonstration de force se cache une machine financière huilée, dont les mécanismes rappellent, par leur sophistication, la bureaucratie fiscale de l’État islamique à son apogée en Irak et en Syrie.
Du “gros coup” à la micro-fiscalité
Historiquement, le JNIM, présent notamment au Malin au Burkina Faso et au Niger, a bâti son trésor de guerre sur des enlèvements spectaculaires d’expatriés. Le rapport 2025 de l’African Security Sector Network rappelle que la libération de Soumaïla Cissé et de Sophie Pétronin en 2020 avait injecté 10 millions d’euros dans les caisses de l’organisation. Plus lucratif encore, le cas d’otages moyen-orientaux aurait rapporté, la même année, près de 50 millions de dollars, soit 28 milliards de FCFA.
Plus lucratif encore, le cas d’otages moyen-orientaux aurait rapporté, la même année, près de 50 millions de dollars, soit 28 milliards de FCFA
Cependant, les analystes observent aujourd’hui un basculement vers une “industrialisation” locale du kidnapping. Au Burkina Faso ou le groupe islamistes est présenté comme la première source d’enlèvement, les petits commerçants kidnapés sont libérés pour montants allant de 300 000 à 800 000 FCFA.Les hommes d’affaires locaux : ciblés, le sont pour des montants de 2 à 3 millions de FCFA.
Les acteurs de l’or : les propriétaires de sites d’orpaillage clandestins peuvent payer jusqu’à 8 millions de FCFA, pour recouvrer la liberté en cas d’enlèvement.Cette transition vers des rançons plus modestes mais plus fréquentes témoigne d’un enracinement profond. Le groupe armé terroriste très actif dans les pays du Sahel ne se contente plus de prédater les ressources extérieures, il taxe désormais directement le tissu économique sahélien.
Taxation religieuse et emprise territoriale
Dans ses zones d’influence, le JNIM impose la zakat, cette « aumône » islamique détournée en taxe obligatoire. Commerçants, éleveurs et transporteurs versent argent ou biens en échange d’une « protection » contre groupes rivaux armés ou bandits. Ce système fiscal s’apparente à celui de l’État islamique au Moyen-Orient, qui prélevait taxes, péages et redevances sur l’économie locale.
Le JNIM, dirigé par Iyad Ag Ghali – ex-diplomate touareg malien – et son adjoint peul Amadou Koufa, né en 2017 de la fusion d’Ansar Dine, Katiba Macina, Al-Mourabitoune et la branche saharienne d’AQMI, mise sur l’ancrage social. Contrairement à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), plus brutal, il se pose en alternative aux États défaillants : distribution de vivres, médiation communautaire, sécurisation économique.
Cette greffe économique, territoriale et sociale explique sa résilience face aux assauts militaires des armées nationales des pas du Sahel. Pour les analystes, tant que ces leviers persistent, l’expansion du JNIM au Sahel risque de s’accélérer.



