06122026Headline:

Travaux ménagers & VBG: Une ONG du Ghana invite les garçons à la tâche

Au Ghana, la lutte contre les violences de genre passe aussi par la maison. Avec cette distance, l’ONG ActionAid encourage l’implication des garçons dans les tâches domestiques pour réduire les violences de genre.

ActionAid plaide pour un partage domestique et des règles renforcées. Depuis le nord du pays, l’ONG interpelle familles et autorités sur les violences de genre et travail domestique.

Au Ghana, la question des violences basée sur le genre continue d’alimenter les débats publics et les mobilisations de la société civile. Dans les régions du nord du pays, ActionAid Ghana (AAG) multiplie les initiatives pour sensibiliser les communautés aux causes structurelles de ces violences, souvent enracinées dans les rapports sociaux et la répartition inégale des responsabilités domestiques. À l’occasion de la clôture de la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre, l’organisation non gouvernementale a appelé les autorités et les acteurs concernés à adopter des politiques plus fermes pour mieux protéger les femmes et les filles, tout en insistant sur un changement progressif des mentalités au sein des familles.

Les violences numériques
Cette année, ActionAid Ghana a choisi de concentrer ses actions sur une forme de violence encore peu visible mais en constante progression : les abus en ligne. À Bolgatanga, dans la région de l’Upper East, le directeur des programmes régionaux de l’ONG, Akuka Yakubu, a rappelé que la violence numérique constitue une réalité quotidienne pour de nombreuses femmes. « Nous avons décidé de mettre l’accent sur la violence en ligne, car beaucoup de jeunes femmes ne la laisseront pas toujours comme une forme de violence », a-t-il expliqué lors d’un entretien avec la presse locale. Selon lui, les réseaux sociaux et les plateformes numériques sont devenus des espaces où insultes, harcèlement et menaces se multiplient, souvent sans protection suffisante pour les victimes. ActionAid Ghana a ainsi mené plusieurs sessions de sensibilisation afin d’informer les femmes et les jeunes filles sur les risques liés à l’utilisation d’Internet, tout en les encourageant à adopter des pratiques plus sûres et à signaler les abus.

Ensemble, nous pouvons mettre fin à la VBG » ou « Les droits des femmes sont des droits humains »
L’ONG plaide pour une réponse institutionnelle plus adaptée. Akuka Yakubu estime que les dispositifs actuels de cybersécurité restent insuffisants pour faire face à l’ampleur des abus numériques, en particulier contre les femmes et les filles. Il a appelé le gouvernement et les partis à renforcer les cadres juridiques existants et à améliorer les mécanismes de protection, afin que les victimes puissent obtenir réparation sans crainte de stigmatisation. Pour ActionAid, la lutte contre les violences de genre ne peut faire l’économie d’une meilleure régulation de l’espace numérique.

Mobilisation de rue à Bolgatanga
Dans le cadre de la campagne d’activisme, ActionAid Ghana s’est associé au Young Urban Women Movement (YUWM), un groupe de défense affilié à l’ONG, pour une mobilisation de rue dans les principales artères de la municipalité de Bolgatanga. Vêtus de T-shirts aux couleurs du mouvement, les participants ont défilé en brandissant des pancartes appelant à la fin des violences faites aux femmes. Des messages tels que « Ensemble, nous pouvons mettre fin à la VBG » ou « Les droits des femmes sont des droits humains » ont ponctué cette marche, destinés à interpeller les passants et à susciter des discussions au sein de la communauté.

Le poids du travail domestique non rémunéré
Au cœur du plaidoyer d’ActionAid figure également la question du travail domestique, majoritairement assumée par les femmes. Selon Akuka Yakubu, cette répartition inégale des tâches contribue à renforcer les inégalités et à fragiliser la position des femmes dans la société. « Le balayage, le nettoyage ou le lavage sont perçus comme des tâches féminines. Pourtant, ce sont des responsabilités familiales qui devraient être partagées », at-il rappelé. Pour l’ONG, encourager les hommes et les garçons à participer aux travaux domestiques constituent une étape importante vers une société plus équilibrée. ActionAid Ghana insiste particulièrement sur l’éducation des garçons. L’organisation estime que les normes sociales se construisent très tôt et que les enfants doivent être sensibilisés dès le plus âge à la notion de partage des jeunes responsabilités.

« Rien n’empêche un garçon de balayer ou d’aller chercher de l’eau pour la famille », souligne Akuka Yakubu. Selon lui, l’implication des garçons dans le travail domestique permet non seulement de soulager les femmes, mais aussi de préparer une génération plus consciente des enjeux d’égalité. L’ONG établit également un lien direct entre le poids des tâches domestiques et les performances scolaires des filles. Dans de nombreux foyers, ces dernières consacrent une grande partie de leur temps aux travaux ménagers, au détriment de leurs études. « Ce fardeau fatigue les filles et réduit leur capacité de concentration en classe », observe le responsable d’ActionAid. Même si certaines parviennent à de bons résultats, la majorité se trouve désavantagée par le manque d’obtention de temps consacré aux devoirs et à la révision.

Les parents interpellés, les pères en première ligne
Face à ce constat, ActionAid Ghana appelle les parents, et en particulier les pères, à jouer un rôle plus actif. L’ONG encourage les chefs de famille à montrer l’exemple en impliquant leurs fils dans les tâches quotidiennes. « Il est important que les garçons apprennent très tôt que le travail domestique n’est pas réservé aux filles », indique Akuka Yakubu. Pour ActionAid, ce changement au sein des foyers pourrait contribuer, à long terme, à réduire les violences basées sur le genre et à renforcer l’autonomie des femmes. Présente au Ghana depuis 1990, ActionAid mène ses actions principalement dans les régions les plus vulnérables du pays. Son approche repose sur les droits humains et l’implication directe des communautés locales. L’organisation travaille notamment sur les droits des femmes et des filles, la justice climatique, l’éducation, l’autonomisation des jeunes et la redevabilité publique. À travers des partenariats avec des organisations locales, des universités et des agences internationales, ActionAid Ghana poursuit un objectif central : faire évoluer les pratiques sociales et influencer les politiques publiques en faveur d’une société plus équitable.

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