
Née en 1975 sous l’impulsion de dirigeants tels que Félix Houphouët-Boigny, Léopold Sédar Senghor, Gnassingbé Eyadéma ou encore Yacoubou Gowon, la CEDEAO portait l’ambition d’une Afrique de l’Ouest unie économiquement. 50 ans après, la flamme continue de brûler de part en part à travers toute la région ouest-africaine.
Des acquis exemplaires dans l’intégration régionale
Malgré les critiques, rares sont les analystes objectifs qui contestent les avancées de la CEDEAO. En matière de libre circulation, elle est l’un des rares exemples africains à avoir instauré un passeport commun (vert émeraude) permettant à ses ressortissants de voyager librement entre États membres. Un fait exceptionnel en dehors de l’Union européenne.
Sur le plan budgétaire, l’organisation se distingue également par une autonomie financière partielle grâce au prélèvement communautaire de 0,5 % sur les marchandises venant des pays tiers. Cette contribution couvre environ 90 % de son budget de fonctionnement, le reste étant assuré par la Banque d’investissement et de développement (BIDC). En comparaison, l’Union africaine dépend encore largement de financements extérieurs. En 50 ans, la CEDEAO a su se montrer doyenne d’âge dans le pragmatisme économique et social.
Un modèle attractif malgré les départs
La solidité du modèle CEDEAO suscite toujours de l’intérêt. La Mauritanie, qui l’avait quittée en 2000 pour l’Union du Maghreb Arabe, envisage de revenir. Le Maroc, quant à lui, manifeste son désir d’adhésion. Ces mouvements témoignent de la pertinence persistante de l’institution, même si l’AESXIT (le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger) vient ternir ce tableau.
Jusqu’à la fin des années 1980, la CEDEAO se limitait à des questions économiques. Mais le vent de la démocratie soufflant sur le continent l’a conduite à adopter en 1999 un Protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance.
Paradoxalement, alors que la CEDEAO célèbre ses réussites, elle fait l’objet de virulentes attaques sur les réseaux sociaux. Certains activistes, souvent extérieurs à la zone ouest-africaine, dénoncent une organisation néocoloniale, au service des chefs d’État plutôt que des peuples. Pourtant, la CEDEAO reste, selon plusieurs observateurs, « la moins imparfaite » des organisations régionales du continent.
De l’économie à la politique : Un virage inévitable
Jusqu’à la fin des années 1980, la CEDEAO se limitait à des questions économiques. Mais le vent de la démocratie soufflant sur le continent l’a conduite à adopter en 1999 un Protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance. Depuis, elle sanctionne les régimes issus de coups d’État, comme au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Toutefois, elle reste silencieuse sur les « coups d’État constitutionnels », où des dirigeants modifient les lois pour se maintenir au pouvoir.
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La CEDEAO fonctionne par consensus. Ainsi, la tentative d’imposer une limitation stricte des mandats présidentiels n’a jamais abouti. Le seul compromis obtenu concerne l’interdiction de modifier les règles électorales dans les six mois précédant un scrutin. Tant qu’un consensus régional ne sera pas trouvé sur la limitation des mandats, l’organisation ne pourra pas légitimement condamner ceux qui s’y accrochent.
Une institution à réinventer
Le retrait des pays de l’AES pose une question centrale : la CEDEAO peut-elle encore incarner l’unité régionale ? L’ancien président sénégalais Léopold Sédar Senghor croyait en une Afrique unifiée par cercles concentriques. La CEDEAO devait en être l’un des premiers. Sa longévité et ses acquis suggèrent qu’elle peut encore jouer ce rôle, à condition de s’adapter aux attentes des nouvelles générations.
À 50 ans, la CEDEAO reste une institution incontournable de l’Afrique de l’Ouest. Ses faiblesses sont réelles, mais ses avancées sont notables. L’organisation doit aujourd’hui réaffirmer son utilité face aux critiques croissantes, en se réinventant et en devenant véritablement « celle des peuples ».


