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La Côte d’Ivoire et la transformation de la noix de cajou

Premier producteur mondial de noix de cajou, la Côte d’Ivoire ambitionne de porter la transformation locale d’anacarde à 52% d’ici 2022, contre 10% environ, à ce jour. Plusieurs conventions entre le gouvernement et des industriels du secteur ont été récemment signées pour supporter la construction d’une chaîne de valeur locale, dans la droite ligne de la stratégie de diversification nationale.

L’Afrique de l’Ouest concentre 45% de la production mondiale de noix de cajou, dont la moitié en Côte d’Ivoire. En Inde, au Vietnam et au Cambodge, qui représentent environ 45% de la production globale, 90% de la production est transformée localement, contre 10% seulement en Côte d’Ivoire.

Introduite sur le continent africain dans les années 1960 pour lutter contre la désertification et l’érosion des sols, l’anacarde résiste à des conditions climatiques extrêmes. Durant les années 1970, la Côte d’Ivoire produisait environ 300 tonnes de noix de cajou par an, un volume qui stagnera pendant plusieurs décennies avant de prendre un tour nouveau au début des années 2000.

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En 2002, la barre symbolique de 100 000 tonnes de production annuelle est franchie et ce volume croît progressivement depuis, favorisé par une demande mondiale exponentielle, en particulier au Vietnam et en Inde qui importent à eux-seuls, plus de la moitié de la production ivoirienne.

Le leader mondial du cacao est aussi devenu le premier fournisseur mondial de noix de cajou depuis 2015. Pourtant, la tendance haussière de la demande n’a pas eu les retombées escomptées pour les producteurs africains qui, faute de transformation, ont exporté un produit à faible valeur ajoutée. C’est la raison pour laquelle, conformément à sa politique agro-industrielle reposant sur la transformation des productions locales, le gouvernement de Côte d’Ivoire multiplie les incitations fiscales pour accompagner la structuration de la filière de l’anacarde.

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Accélération de la transformation de l’anacarde
Le 1er octobre 2020, le président Ouattara et le directeur général du Conseil du Coton et de l’Anacarde, Adama Coulibaly inauguraient un Centre d’innovations, de technologies et de formation dans la filière de l’anacarde (CITA) à Yamoussoukro (sorte d’incubateur agro-agro-industriel lié à la production de la noix de cajou et doté d’un financement global de 3,9 milliards de francs CFA).

Cita centre anacarde cote d’ivoire

En décembre, la Côte d’Ivoire lançait une plateforme pour la transformation de l’anacarde à l’initiative du Conseil national Coton-Anacarde (CCA), réunissant une cinquantaine d’équipementiers, de transformateurs et de structures d’appui comme l’Institut national polytechnique Houphouët-Boigny (INP-HB). La filière se structure peu et à peu et, au premier trimestre 2021, le pays était classé 3e exportateur mondial de noix de cajou transformées.

En dépit de la pandémie de Covid-19, selon les données de N’Kalo, le volume de noix de cajou décortiquées écoulé entre janvier et avril 2021, s’établissait à 7152 tonnes (+ 254 % en un an). L’attractivité de l’anacarde ne se dément pas. Le 10 juin 2021, un partenariat de 3 millions de dollars était annoncé entre West Africa Trade & Investment Hub (Trade Hub) financé par l’USAID (L’agence gouvernementale des États-Unis pour le développement international) et l’entreprise américaine Red River foods (RRF), dans le but de structurer une filière à haute valeur ajoutée en Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire, Bénin, Ghana, Nigeria, Ghana).

Cette initiative relève du programme américain Prosper Africa, initié pour renforcer les échanges et les investissements entre l’Afrique et les Etats-Unis. Le partenariat devrait bénéficier à plus de 10 000 agriculteurs, transformateurs et fournisseurs de la sous-région, pour tenter d’atteindre l’objectif d’exporter 10 664 tonnes de noix de cajou brutes et 668 tonnes de noix transformées tout au long du projet. Par ailleurs, la construction d’une nouvelle usine de transformation en Côte d’Ivoire a récemment été validée. L’objectif est clair : optimiser la filière de l’anacarde car le pays exporte à ce jour, à peine plus de 10 % de noix de cajou transformées.

Quel prix plancher pour garantir une production inclusive ?
Dans une récente lettre adressée au Conseil Coton Anacarde (CCA), le groupement des industriels de cajou ivoiriens (GTCI) qui réunit une quinzaine de sociétés, réclamait un appui pour faire face à leurs concurrents asiatiques. Transformer la noix de cajou a un coût qu’il faut être en mesure de pouvoir supporter or, la main d’œuvre souvent peu qualifiée, n’est pas pour autant bon marché. Enfin, la maintenance des équipements industriels représente une charge souvent trop lourde pour les industriels locaux, sans qu’ils ne perdent en compétitivité. « Pour chaque kilo de noix brute, nous perdons 160 Fcfa [équivalent à 800 Fcfa par kilo d’amande, ndlr] », déclarait à la presse Aboubacar Touré, directeur général de Novarea, une société ivoirienne de transformation de l’anacarde qui sera bientôt la seule unité du pays, en mesure de fabriquer le cashew nut shells ou « CNSL » (un liquide visqueux extrait de la coque d’amande de cajou, particulièrement prisé par les industries cosmétique et aéronautique).

A ce jour, les producteurs ivoiriens perçoivent une subvention de 400 F. CFA sur le kilo et l’an dernier, au plus fort de la pandémie, une « prime Covid-19 » de 800 F.CFA s’y est ajoutée. « Malgré cette aide, nous arrivons seulement à équilibrer nos comptes, tant la concurrence est rude » reconnaît Oswald Loueke, président du conseil d’administration de l’entreprise Novarea. « Sans cette subvention, s’engager dans la transformation n’est pas vraiment rentable », estime l’expert.

Afin de rendre la production d’anacarde plus profitable aux producteurs ivoiriens, s’est posée la question du prix d’achat minimum garanti. « La stratégie ivoirienne est la bonne mais il serait de bon ton, avant de fixer un prix-plancher, de disposer d’un veille informationnelle solide sur le coût international de l’anacarde, tout en s’arrimant aux réalités du marché local », ajoute t-il.

Cacao et anacarde, même combat pour les Ivoiriens ?
Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est assistée par la Banque mondiale et par le FMI pour renforcer la transformation locale, de sorte que les producteurs se voient attribuer de nouvelles subventions. La taille du marché local, la chute du dollar, la pandémie à Covid-19, sont autant d’éléments qui fragilisent la compétitivité des producteurs ivoiriens.

Leur situation est comparable, toutes proportions gardées, à celle rencontrée par les exportateurs de cacao. Dans les deux cas, ce sont les entreprises internationales qui continuent de dominer les achats de matière première via leurs partenaires locaux.

En Côte d’Ivoire, le géant singapourien Olam, présent depuis plus d’une décennie, dispose d’une capacité de transformation supérieure à 100 000 tonnes, contre 50 000 tonnes pour Novarea (la 3e unité de transformation du pays) qui a récemment bénéficié d’un soutien de la banque mondiale d’environ 2 millions de dollars (lesquels sont déposés à la banque en guise de garantie pour les prêts relatifs à l’achat de matière première).

« Le prix du produit fini a beaucoup fluctué. Or, nous avons pu bénéficier de la subvention Covid-19, à la condition que le prix du kilo du produit fini à l’international ne dépasse pas 7 dollars. En juin dernier, nous avons frôlé ce cap, c’est pourquoi le groupement des industriels de cajou de Côte d’Ivoire (GIC-CI), a sollicité le maintien de la subvention par le gouvernement, de façon à pouvoir rester compétitif sur la campagne 2021 [ demande acceptée jusqu’au 30 juin 2021, ndlr]», explique Oswald Loueke, qui souligne qu’au-delà de la compétitivité, ces fonds servent surtout équilibrer les comptes. En effet, en dépit d’une croissance continue, la structuration de la filière de l’anacarde en Côte d’Ivoire reste sous perfusion financière.

Afrique.latribune

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