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Passeport AES : La Confédération sahélienne est classée 78e au rang mondial

En matière de mobilité internationale, le passeport de l’Alliance des États du Sahel gagne en reconnaissance 12 mois après sa mise en service. Le nouveau document de voyage de l’AES a contribué à moderniser l’identité et à ouvrir des perspectives. Le passeport confédéral entre finalement dans le classement mondial et obtient la 78e place. C’est une première depuis la création de l’Alliance des États du Sahel. Le passeport de la Confédération AES, qui réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger, se consolide et opère son entrée dans les classements mondiaux des titres de voyage.

Au début de l’année 2026, le passeport AES se positionne à la 78e place, selon les données compilées par les principaux indices spécialisés comme l’indice de référence Henley Passport Index vs Passport Index. Ce classement, établi à partir des accords de visa et des politiques de mobilité internationale, mesure la liberté de voyage offerte aux citoyens. Pour l’AES, cette 78e position mondiale constitue un indicateur de la dynamique d’intégration régionale engagée par les trois États depuis leur retrait de la CEDEAO.

Des profils dessinés entre les trois pays
Avant l’harmonisation progressive des titres de voyage au sein de l’AES, les passeports nationaux des trois pays affichaient des performances distinctes. Le passeport burkinabè, selon le Guide Passport Ranking Index, se classe actuellement 79e mondial. Il permet un accès sans visa à 55 destinations, dont l’Indonésie, les Philippines, Singapour, le Sri Lanka et l’Iran. En revanche, les ressortissants doivent obtenir un visa pour entrer dans 174 pays, notamment la Chine, la Turquie, la Russie, les États-Unis et l’ensemble de l’Union européenne. Le Niger, quant à lui, pointe à la 81e place avec un accès sans visa à 53 destinations, parmi lesquelles Singapour, le Ghana, l’Iran et la Dominique. Les voyageurs nigériens doivent solliciter un visa pour 176 pays, dont les grandes puissances occidentales. Le Mali ferme la marche avec un classement à la 83e position, offrant 51 destinations sans visa, incluant l’Indonésie, le Ghana, l’Iran et la Dominique, et exigeant un visa pour 178 pays. Ces écarts de classement entre les trois partenaires de l’AES s’expliquent par des politiques diplomatiques et des accords bilatéraux distincts avant la création de la Confédération.

Le Niger en pointe sur la modernisation des documents
Pendant que les classements mondiaux sont établis, les autorités nigériennes accélèrent la production des nouveaux documents biométriques de l’AES. Le ministère de l’Intérieur annonce que les travaux de réalisation des passeports et cartes nationales d’identité sécurisés sont désormais achevés à 85 %. Les équipements techniques sont installés et les équipes s’attaquent aux finitions. « Toutes les dispositions sont prises pour permettre aux Nigériens d’obtenir prochainement leurs nouveaux documents », a déclaré Ayouba Abdourahmane, secrétaire général du ministère. Ces nouveaux titres, conformes aux normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), visent à moderniser l’administration et à renforcer la crédibilité des documents d’identité nationaux. Cette réforme, impulsée par le président Abdourahamane Tiani, place l’amélioration des services administratifs et la sécurisation des documents officiels au cœur des priorités. Pour les citoyens des trois pays, l’enjeu est double : disposer d’un titre plus fiable et bénéficier, à terme, d’une mobilité facilitée au sein de l’espace confédéral.

Un passeport aux forces reconnues, l’AES, un nouveau chantier diplomatique
Le nouveau passeport AES, mis en circulation depuis le 29 janvier 2025, présente plusieurs atouts. Biométrique et intégrant des technologies modernes contre la falsification, il répond aux standards internationaux. Il symbolise surtout la souveraineté retrouvée de la Confédération, qui assume son indépendance vis-à-vis de la CEDEAO. Son objectif premier est de simplifier la libre circulation des personnes et des biens entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Les anciens passeports CEDEAO restent valides jusqu’à leur expiration, ce qui facilite la transition pour les citoyens. Toutefois, des limites subsistent. La reconnaissance internationale du nouveau document n’est pas encore acquise partout. Des difficultés initiales ont été observées pour l’entrée de passeports maliens, burkinabè et nigériens dans certains pays tiers, notamment en France. Des problèmes de procédure ont bloqué quelques voyageurs au démarrage. Par ailleurs, le retrait de la CEDEAO crée une incertitude diplomatique sur la fluidité des déplacements des citoyens de l’AES au-delà de leur confédération. Les accords conclus avec les pays voisins et les partenaires traditionnels devront être renégociés ou adaptés.

Les passeports africains les plus puissants en 2026
Dans le paysage continental, d’autres nations tirent leur épingle du jeu. Les Seychelles conservent la première place africaine, classées 24e mondial avec un accès sans visa à 154 destinations. Maurice suit au 27e rang (147 destinations). L’Afrique du Sud complète le podium continental à la 48e place mondiale (101 destinations). Le Botswana (59e mondial, 81 destinations), la Namibie (62e, 76 destinations) et le Lesotho (63e, 74 destinations) figurent également parmi les dix premiers africains. Le Maroc, porté par l’organisation de la CAN, améliore sa position et accède au 65e rang mondial. Ces classements illustrent les disparités de mobilité sur le continent. Si certains pays progressent grâce à des politiques d’ouverture et des accords bilatéraux, d’autres restent freinés par des exigences de visa élevées, particulièrement vers les destinations occidentales. La puissance des passeports africains est également affectée par les politiques migratoires des grandes puissances. Les restrictions imposées par l’administration Trump, dans le cadre des différentes vagues de Travel Ban, ciblent désormais 39 pays africains. Du Bénin au Sénégal, en passant par la Côte d’Ivoire, les ressortissants de nombreux États sont soumis à des conditions d’entrée plus strictes aux États-Unis. Pire, plusieurs pays sont déclarés persona non grata et systématiquement refoulés. Le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Sierra Leone et le Soudan du Sud figurent sur cette liste noire, ce qui pénalise lourdement leurs citoyens et compromet les échanges. Face à ces difficultés d’accès, certains gouvernements africains développent des stratégies alternatives pour attirer les investisseurs.

Le classement 78e obtenu en ce début 2026 constitue une base encourageante, mais la Confédération devra négocier de nouveaux accords bilatéraux et démontrer la fiabilité de ses documents biométriques.
Les programmes de « passeports dorés », qui permettent d’acquérir la citoyenneté en échange d’un investissement, se multiplient. Le Botswana pourrait bientôt rejoindre ce cercle restreint. Le gouvernement annonce le lancement prochain d’un « impact citizen program ». Ce dispositif, élaboré en collaboration avec la société Arton Capital, prévoit d’octroyer la citoyenneté botswanaise en échange d’un versement de 75 000 à 90 000 dollars. La puissance du passeport botswanais, 5e africain et 64e mondial, constitue un argument de vente de poids. Pour l’AES, le chemin vers une reconnaissance internationale élargie reste long. Le classement 78e obtenu en ce début 2026 constitue une base encourageante, mais la Confédération devra négocier de nouveaux accords bilatéraux et démontrer la fiabilité de ses documents biométriques. La durée de validité du passeport AES est fixée à cinq ans, pour un document de 34 pages. Son utilisation effective dépendra de la capacité des trois États à harmoniser leurs pratiques consulaires et à défendre ensemble leurs intérêts diplomatiques. En attendant, les citoyens du Sahel peuvent continuer à utiliser leurs anciens titres jusqu’à expiration. La transition se fait en douceur, mais l’ambition est de faire du passeport AES un outil de souveraineté et d’intégration régionale, capable à terme de rivaliser avec les meilleurs passeports du continent.

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