05252022Headline:

Pétrole et gaz, l’Afrique peut-elle remplacer la Russie ?

La guerre en Ukraine et la défiance des Ocidentaux envers les hydrocarbures russes relancent l’intérêt pour les productions de pétrole et de gaz en Afrique. Le continent produit et exporte à peu près autant de pétrole que la Russie, mais pour autant, il ne pourra pas – à très court terme – remplacer le géant slave.

Benjamin Augé est chercheur à l’Ifri, pour lui l’Afrique ne peut pas remplacer le pétrole russe sur les marchés mondiaux. Cependant, le continent peut profiter des cours élevés et des besoins occidentaux pour multiplier les projets. « La production pétrolière africaine est assez stable. Elle oscille entre huit et dix millions de barils par jour depuis des décennies. Il y a beaucoup de pays qui sont dans une situation de baisse chronique de leur production. C’est le cas du Gabon, du Cameroun, de la Guinée équatoriale », dit Benjamin Augé.

Puis, il ajoute : « Et il y a des pays qui sont dans une situation de sous investissements chroniques, mais donc la géologie est bonne. C’est le cas de l’Algérie et du Nigeria. La nouveauté, c’est qu’il y a des pays qui vont rentrer en production. C’est le cas de l’Ouganda et de la Côte d’Ivoire avec la découverte de “Baleine” qui est un gisement de plus d’un milliard de barils, donc très significatif. C’est aussi le cas de la Namibie, il y a quelques semaines, où plusieurs milliards de barils ont été mis en valeur par Total d’une part et Shell de l’autre. Ces pays ont des gisements importants, mais pas suffisamment pour changer la dynamique globale. »

Une dynamique bien plus favorable à moyen terme pour le gaz. Sauf peut-être pour le gaz algérien, comme le détaille Benjamin Augé. « L’Algérie est quasiment incapable d’exporter davantage, parce qu’elle a une production stable, voire stagnante, depuis au moins une décennie, avec une consommation nationale qui explose. Donc, en gros, ils produisent 80 milliards de mètres cubes par an, et ils en consomment quarante-cinq. Donc, la marge exportable diminue de façon graduelle », explique-t-il.

Puis, il poursuit : « Le Nigeria va augmenter sa production de gaz de 23 à 30 millions de tonnes dans quatre ou cinq ans, mais ce n’est pas très significatif. En fait, le gros de l’augmentation de la production va arriver du Mozambique, où le projet de Total va certainement recommencer à partir de juin prochain du fait d’une situation sécuritaire qui s’est améliorée grâce à l’armée rwandaise. Et cela n’est que la première étape d’un énorme projet en fait. La capacité d’un pays comme le Mozambique, c’est à peu près soixante millions de tonnes par an, ce qui équivaut aux trois quarts de la capacité actuelle du Qatar qui est le premier exportateur de GNL du monde. Le Nigeria a les plus grosses capacités d’exportation d’Afrique en termes de gaz. Le problème, c’est la capacité des acteurs à pouvoir sortir ce gaz. Et là, c’est un vrai problème du fait d’une gouvernance extrêmement difficile, de problèmes sécuritaires récurrents. Mais en tout cas, le gaz est là. »

L’Afrique qui s’inquiétait récemment de voir les engagements climatiques européens réduire les possibilités d’investissement semble aujourd’hui avoir un horizon bien plus dégagé.

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