Depuis 2020, le secteur des loisirs en Côte d’Ivoire connaît une dynamique que ses propres promoteurs peinent parfois à maîtriser. Entre les colonies de vacances, les centres aérés, les parcs d’attraction et même les gérants de maquis qui proposent des activités annexes, le paysage est aujourd’hui riche mais pas totalement conforme aux lois en vigueur. Face à cette situation, le ministère du Tourisme et des Loisirs (MinTour) a entrepris, depuis plusieurs années, un travail de fond pour mettre de l’ordre dans cette diversité. C’est la preuve par la tenue, à Abidjan les 17 et 18 avril 2026, de la quatrième édition du séminaire de formation destiné aux acteurs du secteur, avec afin de mieux professionnaliser et encadrer ledit secteur.
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À l’origine de cette initiative, la Direction des parcs de loisirs, d’attraction et des jeux numériques, sous la houlette de M. Keïta Mamadou, et la Direction des affaires juridiques et du contentieux, dirigée par M. Diané Abdoulaye. Le MinTour s’appuie le Plan national de développement qui impose que des efforts soient opérés en matière de gouvernance des secteurs du tourisme et des loisirs. « Nous avons élaboré des textes et nous continuerons à en faire la promotion pour changer la donne », a confié M. Diané avant de notifié que l’élaboration, la vulgarisation et l’application des textes relèvent de son cahier des charges. Quatre textes structurent aujourd’hui l’encadrement juridique des loisirs en Côte d’Ivoire. D’abord, le décret portant organisation du ministère, qui a créé une Direction générale des loisirs. Ensuite, le décret de 2023 portant réglementation des activités de loisirs, dont l’article 5 définit précisément ce qui relève ou non du secteur. Vient ensuite un arrêté fixant les pièces à fournir pour l’obtention d’une licence ou d’une autorisation d’exploitation. Enfin, une circulaire ministérielle impose désormais aux établissements d’hébergement (hôtels pour l’essentiel) de solliciter une autorisation spécifique lorsqu’ils proposent, en plus de leur activité principale, des prestations relevant des loisirs.
Professionnaliser pour mieux protéger les enfants et faire vivre le tourisme domestique
Le séminaire d’Abidjan vise à outiller les promoteurs sur la méthodologie de mise en œuvre d’une activité de loisirs. Projet pédagogique, projet éducatif, moyens à déployer, etc. rien ne doit être laissé au hasard, surtout lorsqu’il s’agit d’un public enfantin. « L’enfant, c’est une science, a déclaré M. Mamadou Keïta. Il a des besoins psychologiques, physiologiques et affectifs qu’il faut connaître. On ne s’improvise pas animateur du jour au lendemain. » Sa direction travaille d’arche pied à préserver l’intégrité physique, morale et affective des jeunes participants, tout en leur offrant des activités de qualité. Les résultats commencent à se faire sentir. À ce jour, plus de 290 promoteurs ont été formés au cours des quatre sessions. Quelque 1 000 activités ont été organisées en faveur des enfants, chacune regroupant en moyenne entre 20 et 100 participants. Les retours des anciennes cohortes sont encourageants car la formation leur a permis d’améliorer leur intervention au quotidien, de fidéliser leur clientèle et de réaliser des bénéfices qui contribuent à la richesse nationale. « La plus-value est là », résume M. Keïta.
Plus de 3 500 promoteurs sont identifiés auprès des services du ministère, et ils sont sans doute beaucoup plus nombreux à exercer dans l’informel.
Grâce à la volonté du ministre Siandou Fofana, des missions de sensibilisation seront bientôt déployées à l’intérieur du pays en vue de convaincre les acteurs locaux de se former et de se structurer, et faire en sorte que les populations, notamment les enfants, comprennent l’intérêt d’avoir accès aux loisirs. Le développement des parcs de loisirs comme le groupe Aït Park, qui compte aujourd’hui 21 structures créées depuis 2017 à Yamoussoukro, Korhogo et ailleurs, prouve l’essor du tourisme domestique. « Ils font vivre notre pays », s’est félicité M. Keïta. Quant aux destinations internationales comme le Rwanda ou l’Espagne, elles répondent à la demande de certains marchés publics, mais ne sauraient occulter les trésors que recèle la Côte d’Ivoire. La stratégie « Sublime Côte d’Ivoire » avance pas à pas, mais sûrement. Le loisir, troisième pilier économique attendu du tourisme, est également en marche. Il va s’agir de faire en sorte que tous les acteurs, des plus petits aux plus grands, embarquent dans ce mouvement sans y laisser leurs plumes ni, surtout, la sécurité des enfants.
La persuasion plutôt que la répression, mais des sanctions existent
Sur le terrain, l’application de ces textes est confiée à des corps de contrôle spécifiques : inspecteurs, contrôleurs, commissaires. Les sanctions prévues vont de l’avertissement à la suspension temporaire ou définitive, en passant par des actions de contrainte par corps autrement dit, de la prison. « Mais nous ne voulons pas aller aux extrêmes », a tenu à préciser M. Diané. La philosophie du ministère, encouragée par le ministre Siandou Fofana, est d’abord la persuasion, l’explication et la prévention. C’est tout le sens de ce séminaire. Un délai moratoire avait été prévu par la loi pour permettre aux acteurs de se mettre en conformité. Ce délai a été prolongé à plusieurs reprises. Actuellement, les équipes du ministère préparent de nouveaux décrets pour permettre à ceux qui ne sont pas encore à jour de régulariser leur situation. « Nous sommes dans une dynamique d’encouragement et de persuasion », a indiqué le directeur des affaires juridiques. Pour M. Keïta Mamadou, cette journée de formation aborde un volet jusqu’ici peu exploré celui des appels d’offres et des marchés publics dans le domaine des loisirs. Nombre de grandes entreprises ivoiriennes organisent en effet des activités de loisirs au profit de leur personnel, de leurs cadres et surtout des enfants de leurs employés. Encore faut-il que les prestataires sachent répondre aux cahiers des charges. « Nous leur donnons les éléments pour mieux candidater et être plus efficaces », a expliqué le directeur.



