Réunis jeudi à Brazzaville, les chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) ont consacré leurs travaux aux questions monétaires, budgétaires et sociales qui traversent la sous-région. À l’issue du sommet, les dirigeants ont arrêté un plan d’action visant à consolider la stabilité financière et à limiter les effets de l’inflation sur le pouvoir d’achat des populations.
Dans un contexte international marqué par des incertitudes persistantes, les pays membres de la Cemac cherchent à préserver les équilibres macroéconomiques obtenus ces dernières années, tout en répondant aux attentes sociales de plus en plus pressantes.
La continuité économique avec le Franc CFA
Le sommet s’est tenu sous la présidence de Denis Sassou Nguesso, président de la République du Congo et président en exercice de la Cemac. Le chef de l’État congolais a salué la capacité des économies d’Afrique centrale à retrouver une dynamique de croissance progressive, après les chocs successifs liés à la pandémie, à la volatilité des cours des matières premières et aux tensions géopolitiques. Denis Sassou Nguesso a toutefois rappelé que ces indicateurs macroéconomiques positifs devaient désormais se traduire dans le quotidien des populations. Il a mentionné la nécessité de renforcer la cohérence des politiques économiques nationales, afin d’éviter toute fragilisation du cadre monétaire commun. Au fil des échanges, la question de la monnaie a occupé une place centrale.
Les chefs d’État ont réaffirmé leur attachement au franc CFA, considéré comme un instrument de stabilité dans un environnement économique mondial instable.
Le président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’est exprimé avec fermeté sur ce point. Selon lui, la préservation de la stabilité monétaire demeure un levier essentiel pour contenir l’inflation, protéger les revenus des ménages et maintenir la crédibilité financière des États de la sous-région. Dans une intervention relayée par le communiqué final, il a souligné que toute fragilisation du cadre monétaire aurait des répercussions directes sur les économies locales et sur les conditions de vie des populations. Le chef de l’État gabonais a également mis en avant la responsabilité collective des pays membres dans la défense de cet équilibre, appelant à une discipline accrue dans la gestion des finances publiques.
Un plan d’action articulé autour de quatre axes
Les travaux de Brazzaville ont abouti à l’adoption d’un plan d’action structuré autour de quatre priorités jugées déterminantes pour la stabilité économique et financière de la Cemac. Le rapatriement des recettes d’exportation. Première mesure retenue : le renforcement du rapatriement des recettes d’exportation. Les chefs d’État ont convenu d’une application plus rigoureuse des obligations imposées aux entreprises, en particulier celles opérant dans les secteurs extractifs. L’objectif est d’alimenter durablement les réserves de change de la sous-région, mises à contribution ces dernières années. Cette question, régulièrement soulevée par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), reste sensible, tant elle touche aux intérêts de groupes économiques puissants. Deuxième axe : la discipline budgétaire. Les États membres se sont engagés à aligner plus strictement leurs politiques budgétaires sur les critères de convergence communautaires. Il s’agit également de respecter les engagements pris dans le cadre des programmes conclus avec le Fonds monétaire international (FMI).
Les dirigeants ont reconnu que les écarts persistants entre pays fragilisent l’ensemble de la zone, rendant nécessaire une coordination accrue des politiques publiques.
La troisième priorité concerne la gouvernance financière. Les chefs d’État ont acté la généralisation du Compte Unique du Trésor, présenté comme un outil clé pour améliorer la traçabilité des dépenses publiques. La digitalisation des régies financières figure également parmi les mesures encouragées, afin de renforcer la transparence et de limiter les fuites de ressources. Ces réformes, déjà engagées dans certains pays, devraient être accélérées à l’échelle régionale. Enfin, la Cemac entend réduire sa dépendance aux importations. Les dirigeants ont appelé à la mise en œuvre de stratégies nationales et régionales de substitution aux importations, notamment dans le domaine alimentaire. La sécurisation des approvisionnements et la réduction de la facture extérieure sont perçues comme des priorités dans un contexte de tensions sur les marchés internationaux.
Un calendrier de suivi précis
Le sommet s’est achevé par des instructions adressées à la Commission de la Cemac et à la BEAC. Les deux institutions devront présenter, avant les réunions de printemps prévues en avril 2026, un rapport d’étape détaillé. Ce document devra inclure des indicateurs mesurables et des calendriers précis, afin d’évaluer l’état d’avancement des décisions prises à Brazzaville. Cette exigence de suivi traduit la volonté des chefs d’État d’éviter que les engagements ne restent au stade des déclarations. À travers ce sommet, les dirigeants de la Cemac ont cherché à afficher une position commune face aux défis économiques actuels. La défense de la monnaie, la consolidation des finances publiques et la protection du pouvoir d’achat apparaissent comme des priorités partagées, dans une sous-région encore exposée aux chocs extérieurs. Pour les populations d’Afrique centrale, les attentes restent fortes, alors que le coût de la vie demeure une préoccupation quotidienne.



