
Sans marabouter, la Banque mondiale y croit « sans limite » et se dit volontiers à donner un coup de pousse aux jeunes pépinières de la croissance africaine. Environ 145 millions de jeunes adolescentes existent en Afrique. Et la Côte d’Ivoire fait partie des pays à taux modéré de scolarisation avec 78 sur 100 selon l’indice « les femmes, l’entreprise et le droit » contre 57 sur 100 en moyenne en Afrique (WBL, 2024). 32 % des filles utilisent internet et 64% possèdent un smartphone.
Autonomisation des adolescentes pour un développement inclusif
Précarité, discrimination et violences sociales, sont des réalités communes pour ces jeunes filles. Comment changer la donne ? Marie-Chantal Uwanyiligira (Directrice de division Banque Mondiale), s’investi à cette tche de bonne mère de famille qui compare sa progéniture à ces millions de jeunes adolescentes à travers la Côte d’Ivoire et l’Afrique toute entière.
La Banque mondiale croit en un autre monde où la jeune fille s’émancipe, se construit et se perfectionne. C’est par le lancement du rapport intitulé : « parcours vers la prospérité pour les adolescentes en Afrique », l’instution financière et ses partenaires comme le CGC et population Council se sont mis d’abord pour armer autrement le défi.
Investir dans les filles, investir dans l’avenir
Réunis à Abidjan autour de la publication du rapport « Parcours vers la prospérité pour les adolescentes en Afrique », la Banque mondiale, en collaboration avec le Population Council et le Center for Global Development, a placé les adolescentes africaines au cœur du débat sur le développement. Avec 145 millions de jeunes filles âgées de 10 à 19 ans sur le continent, les intervenants ont rappelé qu’il s’agit d’un enjeu stimulant, autant économique que social.
Selon les chiffres dévoilés, 40 % des adolescentes de 15 à 19 ans en Afrique sont déscolarisées, mariées ou déjà mères. En Côte d’Ivoire, la situation fait cas de 27 % des filles âgées de 16 à 18 ans sont déjà engagées dans une activité économique et une sur quatre a connu une grossesse précoce.
Seules 25 % sont encore scolarisées dans le secondaire. Face à ces constats, le rapport défend l’idée qu’investir dans les adolescentes, c’est miser sur un rendement social et économique durable. Chaque dollar investi pourrait générer jusqu’à 10 dollars de bénéfice à long terme, et permettre à l’Afrique de libérer jusqu’à 2 400 milliards de dollars de potentiel d’ici quinze ans.
Des réalités et des parcours diversifiés
Le rapport s’articule sur la diversité des trajectoires. Cinq profils d’adolescentes émergent selon leur situation familiale, géographique ou économique. Par exemple, les jeunes filles vivant dans les zones rurales ou issues de ménages pauvres sont beaucoup plus exposées aux risques de déscolarisation, de mariage précoce ou de maternité précoce.
Dans les régions comme l’Ouest, le Nord-Ouest ou le Zanzan, jusqu’à 60 % des adolescentes sont considérées comme vulnérables. Les inégalités entre filles et garçons restent criantes : en Afrique, seulement 39 % des filles de 15 à 19 ans sont scolarisées, non mariées et sans enfant, contre 70 % des garçons.
À travers les témoignages, le rapport prend une tournure plus humaine. Marie-Chantal Uwanyiligira, responsable régionale pour la Banque mondiale, évoque le contraste entre sa fille diplômée aux États-Unis et Rosemonde, une jeune Ivoirienne tombée enceinte à 16 ans, qui a pu réintégrer le système scolaire grâce à un programme de soutien. « Derrière les chiffres, il y a des visages », rappelle-t-elle.
La Côte d’Ivoire mobilisée pour l’autonomisation
La Côte d’Ivoire met en œuvre plusieurs initiatives. Sur le terrain, des programmes comme Fille d’aujourd’hui, femme de demain ou Une fille qui apprend, une femme qui gagne visent à favoriser la formation professionnelle et l’inclusion économique. Le gouvernement encourage également la création de collèges de proximité et d’internats pour limiter les abandons scolaires, tout en facilitant l’accès à l’information sur la santé reproductive et à la contraception gratuite. Des exemples concrets témoignent des avancées : Ange, jeune pâtissière à Yopougon, ou les couturières formées par Moïse Mossi, sont devenues économiquement indépendantes grâce à des parcours de formation adaptés.
Dans son intervention, la ministre ivoirienne de la Femme a annoncé le lancement prochain d’un « plan d’accélération national » pour amplifier l’impact des politiques existantes. L’accent sera mis sur trois axes prioritaires notamment maintenir les filles à l’école via des incitations comme les cantines et les bourses, créer des opportunités économiques pour les jeunes déscolarisées, et renforcer l’application des lois contre les mariages précoces.
Six leviers pour transformer le potentiel en réalité
Le rapport identifie six pistes d’action pour favoriser l’épanouissement des adolescentes : renforcer l’accès à la santé et à l’éducation, multiplier les opportunités économiques, cibler les plus vulnérables, adopter une approche globale (tenant compte des disparités régionales et sociales), améliorer les données disponibles, et encourager la coordination entre les différents acteurs (États, ONG, partenaires techniques et financiers).
Il ne suffit plus de constater les inégalités, il faut agir de manière concertée et durable. Comme le souligne une citation reprise lors de la présentation, « il faut tout un village pour émanciper une adolescente ». À travers ce rapport, la Banque mondiale invite les décideurs africains à faire de cette génération une priorité pour bâtir une société plus équitable et plus résiliente.


