04242026Headline:

Une entreprise américaine suspend ses activités en Côte d’Ivoire, ce que l’on sait

Cargill, géant américain du cacao, suspend pour la première fois ses activités en Côte d’Ivoire, invoquant la mauvaise qualité des fèves et des risques pour ses machines industrielles.

L’américain Cargill Inc. a interrompu pour la première fois ses activités de transformation de cacao en Côte d’Ivoire, invoquant la mauvaise qualité des fèves. Selon l’agence Bloomberg, les grains reçus contiennent des niveaux inhabituels de déchets, ce qui réduit le rendement et expose les machines industrielles à des pannes.

Cette suspension est sans précédent pour le géant américain depuis le lancement de ses opérations dans le pays, en dehors des arrêts liés aux entretiens techniques. Elle reflète l’ampleur des difficultés rencontrées cette année par la filière ivoirienne du cacao.

Transformation en baisse, ports en ralentissement, stocks à sec
D’après les données compilées par l’association des exportateurs GEPEX et relayées par Reuters, la transformation de fèves a reculé de 31,2 % en juillet 2025, pour s’établir à 39 301 tonnes, contre près de 57 000 tonnes à la même période l’an dernier. Entre octobre 2024 et fin juillet 2025, la mouture cumulée atteint 515 055 tonnes, soit une baisse de 4 % sur un an.

« La mouture de juillet a considérablement diminué cette année par rapport à l’année dernière, principalement en raison de la qualité des grains », a expliqué à Reuters le directeur d’une société internationale de broyage basée à San Pedro.
Les industriels dénoncent des fèves « médiocres », avec un taux d’acidité élevé et un manque de matière grasse, rendant leur transformation difficile et peu rentable.

La dégradation touche également la chaîne logistique. Entre le 1er avril et le 17 août 2025, les arrivages dans les ports d’Abidjan et de San Pedro ont atteint environ 350 000 tonnes, soit 30 % de moins qu’à la même période en 2024.

Ce recul des volumes complique l’approvisionnement des broyeurs, dont les stocks sont aujourd’hui épuisés. « Nous attendons le mois d’octobre pour avoir de bonnes fèves afin de reconstituer tous nos stocks et revenir au niveau de mouture habituel, soit un peu plus de 58 000 tonnes par mois », confie un autre industriel basé à Abidjan.

Des pertes économiques importantes
La Côte d’Ivoire, qui assure environ 40 % de la production mondiale de cacao, tire chaque année plus de 6 milliards de dollars de recettes d’exportations du secteur. La baisse de 30 % des arrivées dans les ports sur la période avril-août pourrait ainsi représenter une perte de près de 1,8 milliard de dollars en valeur exportée si la tendance se confirme jusqu’à la fin de la campagne.

Pour les producteurs, les conséquences sont immédiates. Une partie des fèves est rejetée pour non-conformité, entraînant une perte de revenus directs. Or, plus de 1 million de planteurs ivoiriens dépendent du cacao pour leur subsistance. Selon des économistes locaux, une chute prolongée de la qualité pourrait faire baisser de 10 à 15 % les revenus nets des ménages producteurs en 2025.

Du côté de l’État, les recettes fiscales issues des taxes à l’exportation et des prélèvements sur la filière sont également menacées. Ces prélèvements représentent environ 15 % des recettes fiscales totales du pays. Une contraction durable du volume exporté et transformé réduirait donc la marge de manœuvre budgétaire, au moment où Abidjan doit financer d’importants investissements publics.

Octobre en ligne de mire
Premier producteur mondial de cacao avec une capacité de broyage estimée à 750 000 tonnes par an, la Côte d’Ivoire rivalise avec les Pays-Bas. Cargill, aux côtés de Barry Callebaut et Olam, fait partie des principaux industriels présents dans le pays.

La suspension décidée par Cargill intervient dans un contexte de forte incertitude pour la campagne 2024-2025. Les regards sont désormais tournés vers la grande récolte d’octobre, considérée comme décisive pour stabiliser le marché. « Cela nous obligera à être agressifs dans nos achats dès le début de la saison », reconnaît un opérateur interrogé par Reuters.

Si la qualité des fèves s’améliore, Cargill pourrait reprendre ses activités dans son usine ivoirienne, dotée d’une capacité de 160 000 tonnes par an. Dans le cas contraire, les tensions sur la filière risquent de s’aggraver, avec des répercussions directes sur les producteurs, les exportateurs et l’économie nationale.

 

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