05212022Headline:

Au Liban, l’étau judiciaire se resserre autour de Riad Salamé, le gouverneur de la banque centrale

Raja Salamé, le frère cadet du grand argentier libanais, a été arrêté et inculpé pour complicité d’actes d’enrichissement illicite. Il est soupçonné de l’avoir aidé à détourner de l’argent de la banque centrale pour se constituer un luxueux patrimoine immobilier à Paris.

Au Liban, l’affaire Salamé, du nom du gouverneur de la banque centrale (BDL), Riad Salamé, soupçonné de détournement de fonds, vient de connaître un rebondissement inattendu. Jeudi 17 mars, son frère cadet, Raja Salamé, a été arrêté pour « complicité d’actes d’enrichissement illicite » et « blanchiment d’argent » dans le cadre de l’acquisition par l’entourage de Riad Salamé de biens immobiliers à Paris, a appris Le Monde.

A l’issue d’un interrogatoire au palais de justice de Baabda, la juge Ghada Aoun, procureure générale près la cour d’appel du Mont-Liban, a inculpé l’homme d’affaires libanais, âgé de 61 ans. Il a été placé en détention et son dossier confié à un juge d’instruction. Le gouverneur de la BDL devrait être convoqué à son tour lundi par la juge Aoun, précise une source judiciaire.

Raja Salamé est un personnage central de l’affaire tentaculaire dans laquelle son frère Riad est mis en cause. A 71 ans, l’indéboulonnable gouverneur de la BDL, en poste depuis 1993, est considéré par les Libanais comme l’un des principaux responsables de la faillite de l’Etat. Ses « ingénieries financières » ont permis de dissimuler l’insolvabilité de l’Etat, tout en offrant aux banques et à leurs actionnaires de juteux profits jusqu’à ce que le système s’effondre. A la tête d’un patrimoine estimé à plusieurs centaines de millions d’euros, Riad Salamé fait l’objet d’enquêtes au Liban et dans cinq pays européens, dont la France et la Suisse, pour soupçons de « détournement de fonds » et de « blanchiment d’argent ».

L’enquête suisse a notamment révélé l’existence d’un contrat de courtage entre la BDL et la société Forry Associates LTD, détenue par Raja Salamé. Les magistrats helvètes soupçonnent que cet arrangement ait permis de détourner plus de 330 millions de dollars de commissions sur la vente de titres financiers de la BDL entre 2002 et 2015. A la suite d’une demande d’entraide judiciaire émanant de la Suisse, une enquête a été ouverte au Liban et confiée au procureur adjoint à la Cour de cassation, le juge Jean Tannous.

La juge Ghada Aoun a, de son côté, ouvert une enquête, constituée de plusieurs volets, à la suite d’une plainte déposée par le collectif d’avocats Le Peuple veut la réforme du système, qui accuse notamment le gouverneur de la BDL de « détournement de fonds, enrichissement illicite et blanchiment d’argent ». Elle a prononcé, en janvier, une interdiction de voyager et un gel des avoirs à l’encontre de M. Salamé.

L’un des volets de son enquête porte sur les biens immobiliers détenus par son entourage à Paris. Ce patrimoine est déjà au cœur de l’information judiciaire ouverte, en juillet 2021, par la justice française contre « X pour des chefs de blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs ». En octobre, des perquisitions avaient été menées dans le centre de secours de la BDL, installé dans des locaux sis au 66, avenue des Champs-Elysées. Selon des documents dévoilés par le quotidien libanais L’Orient-Le Jour (OLJ), la BDL a signé un contrat de prestations de services – de plus de 37 000 euros mensuels – en septembre 2010 pour ces locaux avec la société Eciffice, dirigée par Anna Kosakova, une Ukrainienne avec laquelle Riad Salamé a eu une fille hors mariage.

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