04302026Headline:

Face à des attaques de drones iraniens dans la région, l’Ukraine propose un échange de services

Le président ukrainien est en tournée dans les pays du Golfe depuis jeudi 26 mars. Volodymyr Zelensky y promeut une expertise chèrement acquise : celle de la défense contre les drones. Alors que les frappes aériennes russes se poursuivent quotidiennement, Kiev a développé des technologies et des stratégies pour contrer les essaims de drones.

Un savoir-faire que les monarchies du Golfe, régulièrement menacées par des drones d’origine iranienne, sont prêtes à acheter. En échange, l’Ukraine espère obtenir des livraisons de diesel et un soutien diplomatique.

Une routine meurtrière devenue expertise
Mardi 24 mars, près de 550 drones Shahed-136 – rebaptisés Geran-2 par les Russes – se sont abattus sur le territoire ukrainien en l’espace de neuf heures. La nuit précédente, 392 autres avaient été tirés depuis la Russie. En quatre ans de guerre, ces salves répétées sont devenues la routine morbide de Kiev. Mais cette menace permanente a aussi permis aux forces ukrainiennes de développer des moyens de défense efficaces. L’Ukraine se targue aujourd’hui de posséder la meilleure défense anti-drone au monde. Confrontés quotidiennement aux engins iraniens, les ingénieurs et militaires ukrainiens ont conçu des drones intercepteurs spécialisés, comme le « Jedi Shahed Hunter », capable d’atteindre 350 km/h et 6 km d’altitude. Ces systèmes permettent de contrer les attaques en essaim avec une efficacité redoutable. Alors que les pluies de drones continuaient de noircir le ciel de son pays, Volodymyr Zelensky a annoncé le 17 mars, depuis Londres, avoir envoyé 201 experts aux Émirats arabes unis, au Qatar et en Arabie saoudite. « Nous ne voulons pas que cette campagne de terreur du régime iranien contre ses voisins aboutisse », a-t-il prévenu, ajoutant que 34 autres experts étaient « prêts à être déployés » dans la région. Cette déclaration annonçait les accords de coopération signés en fin de semaine entre Kiev et les capitales du Golfe. Si les textes n’ont pas été rendus publics, leurs conclusions semblent similaires. « Une coopération sur dix ans » dans les domaines de la défense et des technologies, a informé samedi 28 mars Volodymyr Zelensky depuis Doha.

« Nous nous sommes engagés dans la construction d’usines dans les pays, avec des chaînes de production en Ukraine et dans ces pays. »
L’objectif est que l’Ukraine aide ces pays « à développer tous les composants nécessaires de la défense aérienne qui leur font actuellement défaut » pour « contrer les Shaheds et autres drones », a précisé un haut responsable ukrainien à l’AFP. Dans un message posté sur X, le chef d’État ukrainien a détaillé : l’accord comprend des « drones, des systèmes de guerre électronique et, surtout, un système de défense complet ». « Nous ne disposons peut-être pas d’un nombre suffisant de Patriots, mais nous disposons d’un système capable d’intégrer n’importe quelle ligne ou couche de défense. » L’argument financier est décisif. Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite disposent de missiles sol-air Patriots, de fabrication américaine, dont le coût unitaire atteint 4,1 millions de dollars. En comparaison, la production d’un drone Shahed coûte entre 6 000 et 50 000 dollars selon les estimations. Une asymétrie intenable à long terme. La solution ukrainienne, beaucoup moins coûteuse, permettrait aux pays du Golfe de protéger leur espace aérien sans se ruiner.

Du diesel en échange du savoir-faire
Cet échange de bons procédés n’est pas désintéressé. Kiev pointe que ces pays « disposent de capacités qui présentent un intérêt pour l’Ukraine ». Alors que le pays a vécu l’un de ses pires hivers en raison de la destruction de ses infrastructures énergétiques, les besoins en carburant sont criants. Un communiqué de Kiev précise que Volodymyr Zelensky et le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salman, « ont abordé l’évolution des marchés des carburants et les possibilités de coopération ». Sur X, le président ukrainien a mentionné la signature d’un accord d’un an sur les approvisionnements en diesel depuis le Moyen-Orient. L’Ukraine, qui a vu ses raffineries bombardées à plusieurs reprises, dépend désormais largement des importations de carburant. Les pays du Golfe, producteurs majeurs de pétrole et de diesel, sont des fournisseurs naturels. En échange de son expertise anti-drone, Kiev obtient une source d’approvisionnement stable pour sa logistique militaire et civile. La coopération pourrait avoir des retombées industrielles durables. La construction d’usines de production de drones et de systèmes de défense dans les pays du Golfe, avec des chaînes partagées entre l’Ukraine et les monarchies arabes, ouvrirait de nouvelles perspectives. Pour Kiev, c’est l’opportunité de créer des débouchés pour son industrie de défense, qui a démontré sa capacité d’innovation en temps de guerre.

Pour les pays du Golfe, c’est la possibilité de réduire leur dépendance aux fournisseurs occidentaux et de se doter d’une industrie locale de défense. Les Émirats arabes unis, le Qatar et l’Arabie saoudite sont régulièrement la cible de tirs de drones et de missiles en provenance du Yémen ou d’autres zones de conflit. La menace iranienne, directe ou par procuration, est une préoccupation constante. L’expertise ukrainienne, éprouvée sur le terrain contre exactement les mêmes drones Shahed, est donc particulièrement précieuse. Cette initiative ukrainienne dans le Golfe intervient dans un contexte géopolitique tendu. Les pays de la région entretiennent des relations complexes avec la Russie, partenaire de l’OPEP+, et avec l’Iran, voisin problématique. Ils n’ont pas rejoint les sanctions occidentales contre Moscou et cherchent à maintenir un équilibre. L’arrivée de Zelensky et la signature d’accords de défense avec Kiev ne remet pas en cause cette politique, mais elle montre que les monarchies du Golfe diversifient leurs partenariats. L’Ukraine, de son côté, ne cache pas que les drones qui la frappent sont d’origine iranienne. En aidant les pays du Golfe à se protéger de ces mêmes engins, Kiev envoie un message politique : la menace iranienne est commune, et la coopération ukrainienne peut y répondre efficacement.

Une expertise reconnue
Les 228 experts ukrainiens déployés ou prêts à l’être dans la région vont désormais travailler aux côtés des forces locales. Ils formeront les équipes, partageront les retours d’expérience et contribueront à adapter les solutions ukrainiennes aux spécificités du Golfe. Ce transfert de compétences, couplé à la construction d’usines sur place, pourrait faire de l’Ukraine un acteur majeur de la défense anti-drone au Moyen-Orient. Pour Volodymyr Zelensky, cette tournée est aussi l’occasion de rappeler que son pays, en guerre depuis quatre ans, n’est pas seulement un demandeur d’aide. L’Ukraine a des choses à offrir : une expertise unique, une industrie innovante et une capacité à s’adapter. Les accords signés cette semaine avec les Émirats, le Qatar et l’Arabie saoudite en sont la preuve.

 

What Next?

Recent Articles