En France, le procès de s’est ouvert lundi 24 février à Vannes. Cet ancien chirurgien est accusé de viols et d’agressions sexuelles sur 300 patients, en majorité mineurs, dans plusieurs hôpitaux de l’Hexagone, où il a exercé entre 1989 et 2014. La première journée a été marquée par les premiers mots de l’accusé qui assure vouloir “assumer sa responsabilité” et par un vif échange concernant le conseil de l’ordre des médecins qui a fait le choix de se porter partie civile
La salle du tribunal est encore vide. L’audience n’a pas commencé. Mais devant l’entrée du modeste tribunal de Vannes, lundi 24 février, la société civile fait entendre sa voix.
Une manifestation vient de débuter et l’une des pancartes retient l’attention. Il y est écrit : « médecins violeurs et agresseurs, ordre des médecins complice ». Ce sont des professionnels de santé, pour beaucoup retraités, qui font entendre leurs voix. Ils sont vent debout contre une décision du conseil de l’ordre des médecins : se porter partie civile aux côtés des victimes de Joël Le Scouarnec. Parmi les manifestants, Patrick Wirner, ancien urgentiste, qui ne décolère pas : « Il est inadmissible que l’une des parties institutionnelles puisse siéger au côté des parties civiles alors qu’il a certainement une responsabilité volontaire ou pas dans le fait que Le Scouarnec est passé sous les radars », développe l’ancien médecin.
Une colère qui fait écho à une lettre ouverte, signée par 58 médecins, il y a quelques jours, qui estiment « illégitime et indigne », le choix de l’ordre des médecins. Au fond de lui, Patrick Wirner, espère que « certaines parties civiles vont contester le fait que l’ordre puisse siéger ».
À 13h01 précise, l’audience s’ouvre. Elle débute justement par l’appel des parties civiles. Le premier à se présenter à la barre est Didier Robin. « Monsieur Le Scouarnec a gravement déconsidéré notre profession », ose le secrétaire départemental de l’ordre des médecins du Morbihan, en guise de justification. Il s’attire immédiatement les foudres des avocats de plusieurs associations de la protection de l’enfance, qui dénoncent l’inaction de l’institution pour arrêter les agissements pédocriminels de Joël Le Scouarnec, après une première condamnation en 2005. « Cette constitution de partie civile est indécente », clame l’un d’eux. Ce qui devait être une première journée classique devient un avant-goût des débats à venir sur la responsabilité des autorités médicales.
Auditions de la famille de l’ex-chirurgien
Avant les autorités sanitaires, hospitalières et médicales, dont les premières pourraient ne pas être entendues avant le mois d’avril, la famille de Joël Le Scouarnec doit d’abord s’exprimer. Les trois fils de l’ancien chirurgien doivent être entendus comme témoins à la barre ce mardi 25 février. Ce devrait aussi être le cas de son ex-épouse, Marie-France Le Scouarnec. Son audition est particulièrement attendue, car plusieurs victimes et avocats de parties civiles estiment qu’elle était au courant des agissements pédocriminels de son mari. En 1996, elle se serait ainsi confiée à sa sœur, soupçonnant son mari d’avoir une attirance pour les petites filles.
La même année, Joël Le Scouarnec, semble-t-il convaincu, écrivait : « elle sait que je suis pédophile ». Pris de panique, il avait détruit deux carnets dans lesquels il consignait ses crimes. Marie-France Le Scouarnec, elle, a toujours nié, répétant cette même phrase depuis le début de l’instruction : « Je n’étais au courant de rien ».



