A partir de ce 1er mai 2026, la Chine applique une politique de droits de douane nuls sur les importations en provenance de 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. La mesure est du prisme d’une ouverture élargie du marché chinois soumis aux aléas d’un commerce international de repli dans plusieurs régions du monde.
L’entrée en vigueur de la disposition chinoise a été inaugurée par l’arrivée d’une cargaison de pommes en provenance d’Afrique du Sud au port de Shenzhen, symbole de lancement effectif du nouveau dispositif. Pékin se positionne comme une grande économie accordant un accès tarifaire préférentiel sans contrepartie directe aux pays africains partenaires. Cette orientation prolonge une dynamique engagée depuis décembre 2024, lorsque la Chine avait déjà supprimé les droits de douane pour les pays africains classés parmi les moins avancés. Désormais, l’extension de cette mesure à d’autres États du continent vise à élargir le champ des échanges commerciaux.
La Chine fait économisée l’Afrique
Les autorités chinoises s’appuient sur les effets attendus de cette politique, notamment en termes de réduction des coûts d’accès au marché, de diversification des exportations africaines et d’amélioration de leur compétitivité. Selon le ministère chinois du Commerce, cette mesure pourrait favoriser la montée en gamme des produits africains et soutenir les petites et moyennes entreprises car elle se montre efficace et moins coûteuse aux africains. Du côté africain, l’initiative a été saluée par Union africaine. Son président de Commission, Mahmoud Ali Youssouf, y voit une démarche opportune dans un contexte de vulnérabilité économique mondiale. Les chiffres récents témoignent d’une intensification des échanges. En 2025, le commerce entre la Chine et l’Afrique a atteint 348 milliards de dollars, avec une progression notable des importations chinoises en provenance du continent. La tendance s’est poursuivie au premier trimestre 2026, confirmant une dynamique commerciale soutenue. Sur le terrain, certains secteurs commencent déjà à tirer parti de cet accès élargi. Au Bénin, des producteurs d’ananas observent une amélioration de leurs débouchés, tandis qu’au Kenya, les exportations d’avocats vers la Chine ont connu une croissance significative ces dernières années. Des évolutions similaires sont observées au Rwanda avec les cultures de piment destinées à l’export.
Avec plus de 2,8 milliards d’habitants cumulés, la Chine et l’Afrique représentent un espace économique d’envergure. L’évolution des relations commerciales entre les deux partenaires continuera d’être observée de près,
Ces exemples promettent une transformation progressive des chaînes d’approvisionnement, avec une intégration accrue de certains produits africains sur le marché chinois. Dans certains cas, des partenariats industriels se développent, comme au Congo autour de la production de plantes médicinales, associant savoir-faire local et technologies chinoises. Néanmoins, plusieurs analystes invitent à relativiser l’impact économique de la mesure. Selon certains experts, une large part des produits africains exportés vers la Chine bénéficiait déjà de conditions tarifaires avantageuses, notamment dans le cadre des accords internationaux ou de dispositifs préférentiels existants. Ainsi, les principaux produits exportés tels le pétrole, les minerais ou les matières premières, étaient souvent peu taxés. Dans ce contexte, la suppression officielle des droits de douane ne modifie pas fondamentalement les flux commerciaux existants. Les gains potentiels se concentreraient davantage sur certains produits agricoles ou transformés, dont la présence sur le marché chinois reste encore limitée. Par ailleurs, d’autres obstacles s’incrustent, notamment en matière de normes sanitaires ou de contraintes administratives. Ces facteurs peuvent limiter l’accès effectif des produits africains au marché chinois, même en l’absence de barrières tarifaires. Sur le plan macroéconomique, les bénéfices attendus restent modestes au regard du déséquilibre commercial entre les deux partenaires. Le déficit commercial africain vis-à-vis de la Chine demeure élevé, ce qui alimente les interrogations sur la capacité de cette mesure à rééquilibrer durablement les échanges.
Faire allégeance aux économies des pays du Sud
Cette politique est également dans une stratégie d’influence. Dans un environnement international où certaines grandes économies renforcent leurs barrières commerciales, la Chine adopte une posture d’ouverture qui contribue à renforcer son image auprès des pays du Sud. Le président Xi Jinping a, à plusieurs reprises, attesté sa volonté aigue pour un développement partagé et d’une coopération renforcée avec l’Afrique. Cette approche élargit les relations Sud-Sud, visant à consolider les partenariats économiques et politiques. En soi, cette initiative répondrait également à des considérations stratégiques, notamment la sécurisation des approvisionnements en ressources naturelles nécessaires à l’économie chinoise. Elle permet par ailleurs à Pékin de se distinguer d’autres partenaires internationaux du continent, en proposant un cadre de coopération perçu comme plus souple. La suppression des droits de douane ouvre des perspectives nouvelles pour les économies africaines, en particulier dans les secteurs agricoles et agro-industriels. Elle peut contribuer à encourager la transformation locale et à renforcer la participation du continent aux chaînes de valeur mondiales. Toutefois, pour que ces opportunités se concrétisent pleinement, plusieurs conditions apparaissent nécessaires. L’amélioration des capacités de production, le respect des normes internationales et le développement des infrastructures logistiques figurent parmi les facteurs déterminants. Dans ce contexte, l’articulation avec des initiatives régionales comme la Zone de libre-échange continentale africaine pourrait jouer un rôle structurant, en facilitant l’intégration économique du continent.
Avec plus de 2,8 milliards d’habitants cumulés, la Chine et l’Afrique représentent un espace économique d’envergure. L’évolution des relations commerciales entre les deux partenaires continuera d’être observée de près, tant pour ses implications économiques que pour ses effets sur les équilibres internationaux. La politique de tarif zéro, bien qu’encore sujette à débat quant à son impact réel, illustre une volonté de renforcer les échanges dans un cadre élargi. Elle témoigne également des transformations en cours dans les relations économiques mondiales, où les initiatives bilatérales prennent une place croissante. À moyen terme, l’enjeu résidera dans la capacité des acteurs africains à tirer parti de cet accès élargi, tout en consolidant leurs propres bases industrielles, équation qui conditionnera l’évolution de ce partenariat dans les années à venir.



