C’est un immense soulagement pour les comptes publics argentins. La justice américaine a annulé, vendredi 27 mars, la condamnation de l’Argentine à verser 16,1 milliards de dollars d’indemnisation pour la nationalisation en 2012 de la compagnie pétrolière YPF. Une décision qualifiée de « plus grand succès juridique de l’histoire nationale » par le président argentin Javier Milei.
Le 8 septembre 2023, Loretta Preska, une juge du tribunal fédéral du district sud de Manhattan, avait condamné l’Argentine à payer des indemnités à des entreprises qui, selon la magistrate, avaient été lésées par la nationalisation du géant YPF.
Et c’est en tapant du poing sur son pupitre que Javier Milei s’est attribué le mérite de la décision de la Cour d’appel de New York. « Nous avons réussi à éviter que l’Argentine paye 18 milliards de dollars », assure-t-il. Le président ultralibéral argentin s’est également félicité de la nouvelle sur son compte X, écrivant : « “NOUS AVONS GAGNÉ LE PROCÈS YPF” La Cour vient de complètement annuler la condamnation contre l’Argentine : le meilleur scénario possible ».
L’Argentine économise donc de quoi payer les salaires de tous les fonctionnaires de l’État national pendant un an, précise notre correspondant à Buenos Aires, Théo Conscience. En première instance, le pays avait été condamné à payer non pas 18, mais 16,1 milliards de dollars d’indemnisation aux entreprises expropriées lors de la nationalisation de la compagnie pétrolière YPF en 2012. Elle avait été orchestrée à l’époque par ceux qui sont actuellement les deux principaux opposants à Javier Milei – le gouverneur de province de Buenos Aires Axel Kiciloff et l’ex-présidente Cristina Kirchner – que le président a critiqués avec virulence. « Comme je suis Milei, je vous le dis à la Milei : nous avons dû venir réparer les conneries de cet inutile, imbécile et incompétent de Kicillof pendant le second gouvernement de Cristina Kirchner la corrompue », a-t-il lancé.
Un dossier tentaculaire
Axel Kiciloff et Cristina Kirchner ont au contraire vu dans la décision de la justice américaine la confirmation que la nationalisation de la compagnie pétrolière, qui permet aujourd’hui à l’Argentine d’être indépendante énergétiquement, s’est faite dans les règles.
Le paiement aurait lourdement pesé sur les réserves du pays, qui s’élèvent à 43 milliards de dollars. L’ancien gouvernement avait exproprié le géant espagnol Repsol, qui avait été indemnisé deux ans plus tard à hauteur de cinq milliards de dollars. Mais ce ne fut pas le cas des actionnaires minoritaires tels que Petersen Energia et Eton Park Capital, qui détenaient ensemble 25,4% du capital d’YPF. En 2015, ils ont intenté une action en justice en affirmant que l’Argentine n’avait pas lancé d’offre publique d’achat (OPA), contrairement à ce que prévoyait la loi.
Le 30 juin 2025 aux États-Unis, la juge Preska avait ordonné à l’Argentine de céder 51% des actions d’YPF en règlement « partiel » du montant de plus de 16 milliards de dollars fixé dans le jugement de septembre 2023 au titre des dommages et intérêts à deux sociétés plaignantes, Petersen Energia et Eton Park Capital. L’ordonnance de juin, contre laquelle le président Milei avait aussitôt annoncé un appel à venir, était le dernier rebondissement en date dans ce dossier tentaculaire, portant sur les conditions de la nationalisation d’YPF.



