Depuis la fin du mandat de Michel Aoun en octobre 2022, le Liban est sans président. En conséquence, le président du Parlement libanais, Nabih Berry, a fixé jeudi au 9 janvier 2025 une nouvelle séance pour l’élection d’un président de la République. En effet, le Liban traverse une période de turbulences politiques et économiques sans précédent, exacerbée par l’absence d’un président depuis plus de 02 ans.
Cette vacance présidentielle, combinée à une crise économique dévastatrice, a plongé le pays dans un chaos institutionnel qui menace la stabilité régionale. Au début d’une session parlementaire législative, qui s’est ouverte par une minute de silence pour les morts de la guerre entre le Hezbollah et Israël, M. Nabih Berry a déclaré : « Je m’étais juré que dès l’arrêt du cessez-le-feu, je fixerai la date d’une session pour élire un président de la République, j’annonce donc une session le 9 janvier ». Le cessez-le-feu est entré en vigueur dans la nuit de mardi à mercredi à 4 heures.
Une élection aux enjeux majeurs
Le Parlement Libanais est actuellement réuni pour voter, notamment sur la prorogation du mandat des chefs des organismes sécuritaires libanais, dont le commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun. Le Liban est sans président depuis la fin du mandat de Michel Aoun, le 31 octobre 2022. Pourtant, des événements récents, tels que l’affaiblissement du Hezbollah suite à des frappes israéliennes ciblées, ont ouvert une fenêtre d’opportunité pour les puissances internationales. , notamment les États-Unis et la France, de pousser à l’élection d’un président non aligné avec la milice chiite.
Ce blocage résultant d’une incapacité des différents blocs politiques à s’entendre sur un candidat de consensus. Le Hezbollah, qui exerce une influence considérable sur la scène politique libanaise, a longtemps bloqué l’élection de tout candidat ne partageant pas ses vues ou n’étant pas aligné avec ses alliés, notamment Suleiman Frangieh, chef du mouvement maronite Al-Marada. Le soutien du Hezbollah à Frangieh a cristallisé les divisions, rendant impossible tout consensus entre les factions chrétiennes, sunnites et druzes. Le blocage présidentiel s’inscrivait dans un contexte plus large de paralysie institutionnelle.
Ce vide au sommet de l’État paralyse également les efforts de réformes urgentes, laissant le pays dans un état de délit. L’affaiblissement du Hezbollah : Une opportunité pour Washington depuis des décennies, le Hezbollah a exercé un pouvoir considérable au Liban, à la fois comme force militaire et comme acteur politique. Soutenu par l’Iran, le Hezbollah a longtemps retenu d’une supériorité militaire dans la région, en particulier après sa montée en puissance lors de la guerre de 2006 contre Israël. Toutefois, ces dernières semaines, la situation a radicalement changé. Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, ainsi que plusieurs hauts commandants, ont été tués dans des frappes israéliennes, portant un coup d’État pendant l’organisation.
La mainmise des États-Unis
L’administration Biden voit l’affaiblissement du Hezbollah comme une ouverture pour promouvoir l’élection d’un président qui ne serait pas sous l’influence directe de la milice chiite. Washington soutient en particulier la candidature du général Joseph Aoun, commandant des forces armées libanaises. Ce dernier bénéficie également du soutien de la France et est perçu comme un candidat susceptible de ramener un équilibre dans la scène politique libanaise tout en maintenant de bonnes relations avec les puissances occidentales.
Les efforts pour parvenir à une solution diplomatique au Liban ne datent pas d’hier. Depuis la fin du mandat de Michel Aoun, des pays comme la France, les États-Unis, l’Arabie saoudite et le Qatar ont tenté de jouer les médiateurs entre les différents partis politiques libanais pour sortir de l’impasse présidentielle. Toutefois, ces efforts ont été systématiquement bloqués par le Hezbollah, qui a imposé un veto sur tout candidat ne respectant pas ses lignes directrices. Dans ce contexte, l’affaiblissement du Hezbollah pourrait débloquer la situation.
Notons que la Maison Blanche avait réorienté ses priorités, déclarant l’élection d’un président libanais en tête de l’agenda, devant même la recherche d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah. Cela montre à quel point les États-Unis considèrent l’élection présidentielle comme une clé pour stabiliser le Liban et limiter l’influence iranienne dans la région. Cette position a été réaffirmée lors de récentes discussions entre des responsables libanais et américains. Le conseiller à la sécurité nationale d’Israël, Amos Hochstein, aurait même indiqué au Premier ministre libanais sortant, Najib Mikati, que le plan diplomatique des États-Unis pour le Liban, proposé en juin dernier, était désormais caduc en raison des changements sur le terrain.
Le rôle de Nabih Berri et des alliances locales
Dans ce contexte, le président du Parlement libanais, Nabih Berri, joue un rôle crucial. Dirigeant du mouvement Amal et allié de longue date du Hezbollah, Berri a historiquement fait bloc avec la milice chiite dans ses efforts pour conserver une influence prépondérante au Liban. Cependant, face aux développements récents, Berri a pris une position plus nuancée. Il a intensifié les consultations avec les principaux dirigeants politiques, dont le Premier ministre Mikati, pour explorer des solutions qui permettrontient de sortir de l’impasse. Malgré cela, Nabih Berri reste attaché à la nécessité de respecter les équilibres confessionnels du système politique libanais.
Ce dernier, fondé sur un pacte de partage du pouvoir entre chrétiens, sunnites et chiites, attribue la présidence à un chrétien maronite. Toute tentative de contourner cet accord pourrait engendrer de nouvelles tensions. Pourtant, la montée des pressions internationales, combinée à l’affaiblissement du Hezbollah, pourrait forcer Berri à reconsidérer sa position s’il souhaite préserver la stabilité du pays.
Le général Joseph Aoun est vu comme une figure capable de réformer le système politique tout en étant acceptable par un grand parti de l’establishment libanais. En cas de succès, cela pourrait ouvrir la voie à une nouvelle ère de réformes économiques et politiques indispensables au relèvement du Liban. Cependant, le chemin vers cette élection reste semé d’embûches, avec des factions locales toujours prêtes à défendre leurs intérêts coûte que coûte.



