Côte d’Ivoire : la CPI ferme son bureau sans avoir condamné aucun des anciens belligérants
Malgré la fermeture de son bureau en Côte d’Ivoire, la Cour pénale internationale (CPI) affirme continuer à enquêter sur les crimes commis depuis la guerre civile de 2002. Treize ans après le début de ses investigations, la justice internationale a annoncé, le 18 septembre, la fermeture de son antenne à Abidjan d’ici mi-2025, principalement pour des raisons budgétaires et d’un appui limité sur place. Toutefois, la CPI assure que cette décision ne freinera pas l’enquête en cours, notamment sur les crimes liés à la crise post-électorale de 2010-2011.
Le bilan de la CPI en Côte d’Ivoire reste très critiqué. Le procès de l’ancien président Laurent Gbagbo et de son ministre Charles Blé Goudé pour crimes contre l’humanité s’est soldé par un acquittement, et aucune poursuite n’a été engagée contre les forces pro-Ouattara. Toutefois, la CPI prévoit des avancées « tangibles » d’ici 2025, avec la possibilité d’ouvrir des poursuites contre des membres de l’ancienne rébellion, évitant ainsi les accusations d’une justice à sens unique.
Cette fermeture inquiète les associations de victimes, qui redoutent un sentiment d’abandon. Plus de 19 000 civils sont morts dans ce conflit, et selon Lacina Kanté, président de la Covici (Confédération des organisations des victimes des crises ivoiriennes), la CPI aurait dû maintenir sa présence pour dissuader de nouvelles violences à l’approche de la présidentielle de 2025.
Du côté du gouvernement, cette fermeture est perçue comme un signe de bonne santé des juridictions nationales. Cependant, seules quelques personnes ont été condamnées pour crimes contre l’humanité, et beaucoup d’anciens responsables militaires bénéficient de l’amnistie décrétée en 2018 au nom de la réconciliation nationale. La CPI s’en va donc sans avoir condamné aucun des principaux acteurs du conflit, laissant des milliers de victimes dans l’attente de justice.



