Mme Pohann recommande des temps de respect… et conseille l’Amour 1+1=3
Deux personnes qui s’aiment finissent par se marier. Mais, souvent, la vie de couple ne leur réussit pas. L’Amour se flétrit comme la fleur, en l’espace d’un matin, et la séparation est là. Comment entretenir l’Amour dans le couple pour éviter qu’il ne se désagrège ? Comment choisir son compagnon ?… Sont autant de questions auxquelles répond la psychopédagogue, Pohann Berthe.
La fête de l’Amour a été célébrée, le 14 février 2015. Est-elle importante pour un couple ?
L’Amour est un besoin vital non matériel qui gouverne les relations interpersonnelles. Qu’il soit parental, amical, filial, conjugal …, il est à la fois le moteur d’une bonne estime de soi, et une « nourriture affective » qui se trouve à la source du lien social. L’ Amour, c’est accepter l’autre tel qu’il est, et non tel qu’on voudrait qu’il soit. Une fête pour magnifier l’Amour sous ses diverses formes, ne peut pas être vu comme une obligation. Mais une prise de conscience de l’importance de ce sentiment et émotion sociale qui est difficile à offrir. Il est un dopant contre les conflits.
Que convient-il donc de faire pour vivre pleinement ce ”dopant” dans un couple, et éviter le divorce ?
A partir du moment où l’Amour naît, vit et meurt, il faut une grande capacité relationnelle. Il faut le respect de soi et de l’autre, de la considération et de la communication vraie dans le couple. Surtout, quelques compatibilités au niveau de la vie pratique, sexuelle. Quel type d’amour je propose ? : un amour de manque, de besoin, de dépendance ou de don de soi… Pour que l’amour soit pleinement vécu dans le couple, on doit accepter l’autre dans sa différence et ses paradoxes. Mais il y aura toujours des personnalités difficiles, des manipulateurs, et des pervers qui joueront avec les sentiments des autres, qui se lient difficilement ou pas du tout. On n’y peut rien. Il faut une maturité affective pour combler sa solitude en l’absence de l’autre.
Pensez-vous que c’est parce que ces seuls ingrédients ne sont pas respectés que 50 % des couples divorcent, aujourd’hui ?
Il n’y a pas de recettes miracles. On est dans le domaine de l’humain qui est un sujet qui agit et non un objet inerte. Il vient dans le couple avec son histoire personnelle : éducation, modèles parentaux mais aussi ses expériences faites de blessures…50 % des couples divorcent mais 50 autres pour cent ne divorcent pas. Il faut le souligner. Posez la question de savoir pourquoi vous êtes-vous mariés ? Dieu dit. : Pour être respecté… il y a toujours l’un qui veut que le couple soit pour la satisfaction de son rêve.
Comment le savoir avant de passer devant le maire ?
Il faut se délier de toutes ses blessures pour s’allier équilibré dans la nouvelle relation. Quitter la phase de la passion aveugle, chercher le sens que chacun accorde à l’Amour : sens en tant que signification, sens en tant qu’orientation., avant de se marier, prendre conscience de l’importance de la vie à deux et voir le couple dans la durée. Au lieu de penser ”Moi” à chaque difficulté, je pense au couple. Il faut savoir que le couple n’est pas, il devient constamment. Comprendre que le couple n’est pas une machine à combler nos manques, nos besoins et surtout nos insatisfactions personnelles.
” Il faut respecter ces quatre temps…”
Il faut respecter ces quatre temps : le temps de la découverte, le temps de la connaissance, le temps de la confrontation, et le temps de l’ancrage. Pendant cette période, il faut voir si on a des compatibilités concernant la vie pratique, à travers des discussions sous forme de sujet à traiter.
Ne dit-on pas que l’Amour rend aveugle ? En cherchant à traiter ces sujets avant de faire son choix, ne risque-t-on pas de perdre quelqu’un (e) qu’on aime ?
Non, vous avez vu les quatre temps dans la question précédente. Si je pense à la durée du couple, je rentre lucide et non aveugle. Après la passion, on descend dans le sentiment amoureux plus apaisé, comme on entre dans l’urgence dans une relation, comme en sortira. Le couple est le produit de nos deux territoires, toi et moi avec notre passé pour construire le 3ème territoire : nous.
Aujourd’hui, malheureusement, les stéréotypes, les biais de confirmation concernant le mariage, perdurent. On voit le folklore de la cérémonie. On oublie qu’ il s’agit de se lier intimement et sexuellement à l’autre. Cela veut dire qu’il faut un socle sur lequel on s’appuie.
Comment peut-on alors savoir au départ que quelqu’un a caché son vrai visage ?
Cela est difficile parce qu’ à cette période, les effets hormonaux qui nous submergent comme une drogue douce, ne nous font voir que la lumière. Et on justifie même l’ombre qu’on nous montre. Il y a beaucoup de manipulateurs (trices) en amour, qui feront montre d’excès en tout. Exemple, un « harcèlement » téléphonique qu’on prend pour de l’amour. Le diable est dans les détails, dit-on. C’est dans la relation que vous découvrez le vrai visage.
Vous semblez ignorer le fait que des parents aussi font le choix du conjoint sans l’avis du concerné, et qu’ils le lui imposent ?
Moi je n’ignore pas cela mais je parlais du partenaire qu’on a choisi soi-même. Il y a deux possibilités. Soit cette personne a déjà aimé au départ et choisi ses précédents partenaires. Il devient difficile de ne pas vivre la passion du début, et surtout, assouvir un besoin sexuel et non faire l’amour. Soit on est dans un milieu socio- culturel où le choix est fait par les parents et on s’accommode sans sentiment amoureux. Rien n’est figé, mais, quelle est la représentation que vous avez de l’intervention familiale dans un domaine si intime de votre sexualité? L’Amour n’est pas une contrainte mais c’est le choix dans la liberté.
Mais un Amour sans l’avis des parents, peut-il survivre au temps ?
Dans l’amour conjugal, nous sommes dans une intimité relationnelle et sexuelle. J’insiste là-dessus. Est-ce que la famille prend en compte cette dimension. L’idéal serait pour une harmonie , qu’on se marie avec la bénédiction de tous. Mais l’Amour est du domaine de l’irrationnel. Il y a des amours de ce type qui ont survécu. C’est une question de force ou de faiblesse mentale, de personnalité, d’encrage familial, culturel ou d’environnemental. Une famille est certes éternelle mais il faut qu’elle comprenne qu’on est dans l’intimité. Exemple : si vous vivez avec ou dans la famille, cela peut être un frein.
Au point de tuer les rapports avec les parents ?
Si, mais est- ce que les parents prennent en compte le besoin et l’intérêt de leur enfant ? Il faut qu’ils aient conscience qu’il est certes leur enfant né d’eux mais il n’est plus un enfant. C’est pour cela qu’ils lui donnent une femme. Ce n’est pas eux qui feront l’amour à sa place. S’il est responsable d’une femme, qu’il le soit dans le choix. Tout dépend du milieu socio culturel et des modèles de son environnement. Comment peut-on transformer en drame familial, l’Amour de deux Être. Beaucoup de couples sont morts, non pas par désamour mais par désapprobation parentale de la relation. Amour parental et amour conjugal, dilemme !
Est-ce qu’à force de fréquenter une personne, l’Amour ne peut pas naître ?
L’homme est fait d’émotions, de sentiments. Rien n’est figé en lui. Par rapport à la qualité de la personne, on peut aimer quelque chose en elle. Mais si on a imposé cette personne, cela peut être difficile. Aujourd’hui, on parle d’aimer, ce qui veut dire choix libre. Autrefois, on imposait mais est-ce que l’amour naissait ou on restait dans la relation pour plusieurs raisons autres que le sentiment amoureux ? Le corps se corrompt aux habitudes des personnes. Grâce à une proximité physique, on éprouve de l’amour. Mais ce qui me gêne, c’est quand il y a eu contrainte de vie au début.
C’est quoi le véritable Amour donc?
Ce qui est sûr, la dépendance est une maladie. On peut avoir besoin de l’autre mais pas de manière fusionnelle, c’est pathologique.
”Le véritable Amour, ce sont les moments de distance et de proximité”
On peut aimer sans être dans la dépendance de l’autre. C’est handicapant. Il y en a pour qui, une séparation est vécue comme une amputation alors que ce qui est important, c’est de pouvoir combler sa solitude. Le véritable Amour, ce sont les moments de distance et de proximité. Si l’on n’est pas capable de se passer l’un de l’autre, ça devient étouffant à un moment donné. Tout excès nuit, et puis, la qualité relationnelle est importante pour le peu de temps que le couple passe ensemble. Moi, je suis contre le fait qu’il y ait une télévision dans la chambre, par exemple. La télé viole l’intimité du couple. Au moment où l’un a besoin de l’autre pour parler, l’autre est concentré sur une émission.
Que faire alors?
On est différent et on doit s’aimer dans la différence. Je ne suis pas toi, tu n’es pas moi. Mais nous avons décidé d’être nous, un nous dans lequel chacun respecte la part d’intimité de l’autre qui est différente de la part d’intimité commune. On est commun pour certaines choses mais libre pour d’autres. Et c’est tout cela qui va faire l’autonomie. Il faut chercher l’épanouissement du couple. Chaque fois qu’il y a une crise, je cherche comment sortir mon couple du problème. Je ne cherche pas comment me sortir du problème. Il faut dire que le couple doit aller de l’avant, permettre à l’autre de s’épanouir, dans le respect, la complémentarité, et surtout, dans la compréhension de l’autre.
Les psychologues résument-ils l’Amour par 1+1= 1 ?
Pas du tout. 1+1=1 est un amour qui phagocyte l’autre, de dépendance, fusionnel. Si l’un arrive à mourir, le dépendant est désemparé. Je préconise 1+1= 3, c’est-à-dire, toi, moi et la relation. Il s’agit de comment on vit la relation. C’est souvent la relation qui est malade, mais pas l’Amour. Quand il y a un problème, on se dit que c’est la relation, et qu’elle a besoin d’être entretenue comme on entretient notre corps. Chaque fois qu’il y a une crise, on doit se poser la question de savoir, ”qu’est-ce que je sens, qu’est-ce que je me dis et qu’est ce que je fais ?”
Sur quoi ne peut-on pas, par exemple, s’entendre ?
Il y a les problèmes d’éducation des enfants, de budget familial, de sexualité…il n’ y a pas de sujets sur lesquels le couple ne peut pas s’entendre. On doit s’enrichir de nos différences, s’il y en a, communiquer en écoutant et respectant le point de vue pour arriver à un compromis, mais après des discussions. Chacun vient avec ses modèles et ses expériences. Il faut convaincre et non contraindre l’autre en lui imposant nos opinions.
Y-a-t-il un modèle type de couple ?
Chaque couple est unique parce que les personnes qui le composent sont particulières comme les empreintes digitales. Il faut discuter du type de couple qu’on veut. Qui fait quoi en tenant compte des qualités et compétences de chacun ? On discute du modèle de maison, de voiture, qu’on veut. Mais concernant le type d’amour , je préconise un amour de don de soi (donner et recevoir), qui ne nourrit pas les affamés mais les rend beaux. Où chacun demande à l’autre s’il se sent aimé de lui ; éltruisme sentimental, et non ”est-ce que tu m’aimes ?” égoïsme sentimental. Où on s’écoute, on partage des moments privilégiés, des gestes attentionnés, le respect, les projets, la communication, le soutien…
Peut-on copier la façon de faire d’un couple pour l’adapter au sien ?
L’Amour, chacun doit l’inventer pour soi. Est-ce que ce couple est vrai, est- ce que sa copie est réaliste et réalisable ? C’est le véritable problème des couples, c’est-à-dire, vouloir faire comme … Et si l’autre n’est pas disposé à cela? Cela entraîne des frustrations, des malentendus. Il faut être vrai, soi-même, dans la relation. La reproduction n’est pas création. Or c’est cela le propre de l’Amour. On peut apprécier un comportement chez un couple et y apporter sa touche personnelle et l’adapter au sien en évitant de dire ”faisons comme tel couple”.
Quelle est la place des enfants dans l’amour du couple?
La place de l’enfant dans l’amour du couple sera fonction de la perception ou la conception personnelle, familiale, sociale, religieuse, culturelle, que chacun aura. Les stéréotypes tels que «on se marie pour faire des enfants », « si tu n’as pas d’enfants, ton existence n a pas de signification», perdurent et conditionnent la vie sentimentale de plusieurs couples. Vous comprendrez l’importance des enfants dans l’amour du couple au point que sa survie en dépend parfois. Des ultimatums sont émis, des drames familiaux vécus. La place de l’enfant dans ces couples est prioritaire voire primordiale à l’amour du couple. Je préconise qu’on fasse des examens médicaux avant tout mariage pour connaître leur (la femme et l’homme) compatibilité ou autre. Cependant, d’autres s’accommodent d’un amour sans enfant. Il faut discuter de cela avant une union pour comprendre la représentation psychologique et sociale de l’enfant chez chacun, en fonction de l’importance de l’ enfant dans sa vie. Le couple conjugal (époux et épouse) et le couple parental (père et mère), les enfants nés d’eux, occupent tout leur amour, au point qu’ ils oublient la primauté du couple conjugal qu’ ils constituent et dont la flamme ne doit pas s’ éteindre avec la venue des enfants. Les enfants ont besoin de parents qui continuent de s’aimer, tout en les aimant.Voilà le véritable challenge que le couple conjugal doit relever. Leur épanouissement et harmonie favorisera un climat de sécurité affective pour leur enfant. Ils ont une place mais pas toute la place. On doit être un couple conjugal qui s’aime et qui sait aimer ses enfants.
Interview réalisée par Dominique FADEGNON
linfodrome.com



