Danser le tango pour lutter contre la maladie de Parkinson. En Argentine, un atelier innovant utilise cette danse caractéristique du Rio de la Plata comme thérapie de réhabilitation. Face aux raideurs et aux tremblements provoqués par cette maladie dégénérative, le tango aide à travailler l’équilibre, la motricité et la coordination.
A Buenos Aires, dans un quartier de la capitale argentine, au signal de leur professeur de tango, une quinzaine de patients, ou plutôt de danseurs, balancent leur jambe d’avant en arrière.
Les sessions de thérapie « Tango et Parkinson » commencent par un échauffement méticuleux. On prend le temps de réveiller chaque muscle engourdi, on déverrouille une par une les articulations capricieuses. Une fois les corps relâchés, on se lève et choisit un partenaire pour esquisser les premiers pas de cette danse si particulière, tout en pause et en démarrage.
« Marcher, c’est déjà danser le tango », explique le professeur Manuco Firmani. Or les troubles de la marche sont l’un des principaux symptômes de la maladie de Parkinson. « On essaie de faire en sorte qu’ils marchent avec plus d’assurance, plus de fougue. On parle beaucoup d’intention, d’intention vers l’avant. Dans le tango, on danse avec une intention qui vient de la poitrine, du cœur. On s’élance de tout notre corps dans la direction que l’on choisit. »
Posée contre un mur, une canne avec un pommeau en forme de tête d’aigle regarde sa propriétaire danser. « Avec la maladie de Parkinson, le problème, c’est l’équilibre. Mais quand je danse, je me sens portée par la musique. » Silvia, 71 ans, a commencé les ateliers de tango thérapie il y a un an et demi. « Quand j’arrive à l’atelier, j’ai souvent des douleurs à la taille et des raideurs. Et quand je repars, je suis une personne différente. »
L’objectif de l’atelier est de transformer les pas de tango en outils qui aident à faire face à la maladie au quotidien. Jorge, 79 ans, vit avec la maladie de Parkinson depuis 2020.
« Quand on sort du cours, on sent qu’on a un meilleur équilibre, pour esquiver un nid-de-poule, monter sur le trottoir ou dans un bus. On a plus d’équilibre et plus d’assurance, car on vient de danser sur une seule jambe. »
Bénéfices cognitifs
Mais face à la maladie de Parkinson, le tango n’offre pas uniquement des bénéfices à court terme. « Il y a des études scientifiques qui montrent que le tango améliore des capacités cognitives perdues par les patients. » Le docteur Rodriguez-Quiroga est neurologue à l’hôpital Ramos Mejia, où le tango est utilisé comme thérapie de réhabilitation depuis 15 ans.
« À mesure que la maladie progresse, les patients perdent la capacité à faire plusieurs choses à la fois. Et le tango est typiquement une activité multitâche : il faut écouter la musique, comprendre le partenaire et lui proposer quelque chose, suivre le rythme sans bousculer ses voisins… Il y a beaucoup de tâches à réaliser en même temps. »
Le tango soulage les corps, mais aussi les esprits, selon Mirtha. « Pendant une heure et demie, on s’oublie », explique-t-elle. « Pouvoir danser, pouvoir chanter, pouvoir se libérer et faire ce qui nous plaît, c’est quelque chose de très sain. »
En plus des bénéfices cognitifs et moteurs, les ateliers de tango thérapie permettent également de lutter contre l’isolement et la dépression qui guette souvent les malades de Parkinson. Maria, 78 ans, ne manque jamais une séance. « Ici, il se crée une cohésion qui n’existe pas ailleurs. C’est peut-être lié au fait qu’on est tous dans la même situation. On est tous malades, mais danser nous fait du bien. Et on vit dans le présent. »
Avec ces ateliers, le tango devient bien plus qu’une danse : une façon de tenir tête à la maladie et de retrouver, pas après pas, un peu de liberté.




