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L’Inde n’ organisera pas la COP 33 en 2028

Pour COP 33, l’Inde renonce à accueillir la conférence climat. New Delhi jette l’éponge pour 2028. C’est le ministère indien des Affaires étrangères qui a officialisé le retrait. La décision d’autant plus inattendue que c’est le Premier ministre Narendra Modi en personne qui avait porté la candidature de son pays, avec le soutien actif des BRICS, pour décrocher l’organisation de ce rendez-vous planétaire.

Pour mémoire, les COP sur le climat obéissent à une règle de rotation géographique stricte, définie par les blocs régionaux des Nations unies. La planification officielle est aujourd’hui confirmée jusqu’en 2027 : la Turquie accueillera la COP31 à Antalya en 2026 (après un compromis avec l’Australie, qui présidera les négociations aux côtés du Pacifique), tandis que l’Éthiopie a été désignée pour la COP32 à Addis-Abeba en 2027, marquant le retour de la conférence sur le sol africain après plusieurs années d’absence. L’Inde, qui avait manifesté son intention pour 2028, semblait donc bien placée pour obtenir la suivante, dans le cadre du tour revenant à la région Asie-Pacifique.

Ce retrait, aussi soudain que surprenant, n’a pour l’instant été assorti d’aucune explication officielle. Le communiqué du ministère des Affaires étrangères s’est contenté d’acter la décision, sans développer les motifs. Un silence qui ne manque pas d’alimenter les interrogations, d’autant que la communauté internationale s’apprête à vivre, tous les cinq ans, un temps fort du dispositif de l’accord de Paris : le « bilan mondial » (global stocktake). Ce mécanisme, prévu tous les cinq ans, a pour fonction d’examiner ce qui a été accompli, ce qui reste à faire, et d’ajuster les trajectoires afin de tenir l’objectif, maintenir le réchauffement bien en dessous de deux degrés, et si possible à 1,5°C. Le premier bilan mondial, en 2023 à Dubaï, avait ainsi abouti à une mention inédite appelant à une transition hors des énergies fossiles, premières responsables de l’élévation des températures.

Les raisons d’un désistement : L’ombre du charbon et des atermoiements
Si les autorités indiennes se gardent bien de s’expliquer, plusieurs indices permettent d’éclairer les arrière-pensées de New Delhi. La position de l’Inde sur la scène climatique internationale est en effet paradoxale. D’un côté, le pays déploie à un rythme très soutenu les énergies renouvelables, solaire en tête, à l’instar de son grand voisin chinois. Les capacités installées ne cessent de croître, et New Delhi affiche volontiers ces avancées dans ses communications officielles. De l’autre côté, la dépendance au charbon reste écrasante. L’Inde est le deuxième consommateur mondial de cette énergie fossile, après la Chine, et ses centrales thermiques continuent de fournir l’essentiel de l’électricité du pays. Toute discussion un peu ferme sur la sortie du charbon, qui sera inévitablement au menu de la COP33, place donc le gouvernement indien dans une position délicate. Le Premier ministre indien a snobé les deux dernières éditions de la COP celle de 2024 et celle de 2025, préférant se faire représenter par des membres de son gouvernement. Une absence remarquée, alors que les dirigeants des grandes puissances étaient, eux, présents pour peser sur les négociations.

L’Inde, avec sa population de 1,4 milliard d’habitants et ses besoins énergétiques colossaux, est une pièce maîtresse de l’équation climatique.
New Delhi a publié avec plus d’un an de retard son nouveau plan climat (la contribution déterminée au niveau national, ou CDN), document pourtant obligatoire dans le cadre de l’accord de Paris. Ce retard, couplé à une version finale jugée peu ambitieuse par les observateurs, a déjà suscité des critiques de la part des pays les plus vulnérables aux changements climatiques. Dans ce contexte, accueillir une COP, et donc présider les débats pendant deux semaines, aurait exposé l’Inde à une pression accrue. Le pays aurait dû non seulement organiser la logistique, mais aussi arbitrer des négociations où son propre modèle de développement, fondé sur une énergie encore très carbonée, aurait été scruté à la loupe. Se désister apparaît ainsi comme une manière d’éviter une mise en relief potentiellement gênante, tout en conservant la main sur son calendrier de transition.

La Corée du Sud en pole position pour la rotation
Le retrait indien ouvre immédiatement une brèche. Selon les informations disponibles, la Corée du Sud est désormais citée comme le principal pays ayant exprimé un intérêt pour accueillir la COP33 en 2028. Séoul dispose d’atouts certains : une capacité d’organisation éprouvée, une économie avancée, et une volonté affichée de jouer un rôle de pont entre les pays développés et les émergents. La candidature sud-coréenne recueillera-t-il un large consensus au sein du groupe Asie-Pacifique, et si d’autres prétendants ne viendront pas brouiller les cartes. La rotation géographique prévoit que les COP alternent entre les différents blocs : Afrique, Asie-Pacifique, Europe de l’Est, Amérique latine et Caraïbes, et Europe occidentale et autres. Après l’Éthiopie en 2027, le tour revient normalement à l’Asie-Pacifique pour 2028. Si la Corée du Sud était retenue, elle ouvrirait une séquence asiatique qui pourrait se prolonger jusqu’en 2030 ou 2031, avant de passer à un autre bloc. Les décisions se prennent par consensus lors des conférences annuelles, et des ajustements de dernière minute sont toujours possibles.

Quelques pays ont déjà fait connaître leur intérêt pour les éditions ultérieures, sans que les candidatures soient officiellement déposées. Les noms de l’Indonésie, du Vietnam ou encore de la Thaïlande circulent dans les couloirs diplomatiques. Le bon timing se situe vers Séoul, qui dispose d’une occasion inespérée de se positionner sur la scène climatique internationale. Le retrait indien envoie toutefois un signal préoccupant. Il intervient à un moment où la lutte contre le réchauffement a besoin de l’engagement de toutes les grandes puissances, y compris des pays émergents dont les émissions continuent de croître. L’Inde, avec sa population de 1,4 milliard d’habitants et ses besoins énergétiques colossaux, est une pièce maîtresse de l’équation climatique. Sa décision de ne pas accueillir la COP33 peut être interprétée comme un recul, ou du moins comme une volonté de ne pas exposer ses contradictions au grand jour. Certains observateurs y voient aussi la conséquence d’un essoufflement du multilatéralisme climatique. Après la COP28 de Dubaï (2023) et la COP30 de Belém (2025), l’enthousiasme retombe. Les pays peinent à traduire en actes concrets les promesses des sommets précédents. Les fonds pour les pertes et préjudices tardent à se remplir, les transferts de technologie restent limités, et les engagements de réduction des émissions sont encore loin d’être à la hauteur de l’urgence.

Dans ce contexte, l’Inde choisit la prudence. Mais cette prudence a un coût : celui de l’image. New Delhi, qui aspire à un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies et à une reconnaissance de son statut de grande puissance, aurait pu utiliser la COP33 comme une vitrine. En y renonçant, elle donne l’impression de reculer devant ses responsabilités. Reste à espérer que la Corée du Sud, si elle est choisie, saura relever le défi avec plus d’enthousiasme. Et que l’Inde, malgré ce retrait, continuera d’investir dans les renouvelables et de réduire sa dépendance au charbon. Car c’est sur le terrain des faits, et non sur celui de l’organisation de conférences, que se jugera sa véritable ambition climatique. En attendant, les diplomates du monde entier se demandent déjà quelle sera la prochaine capitale à accueillir la grande messe verte de 2028. Réponse probablement dans les mois à venir.

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