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Depuis sa cellule à Pretoria – Kemi Seba relate son arrestation et accuse Talon

Depuis sa cellule à Pretoria, le militant panafricaniste Kemi Seba a adressé une longue lettre à ses soutiens, dénonçant ce qu’il présente comme une machination ourdie par les services secrets français, béninois et sud-africains.

Arrêté le 13 avril 2026 alors qu’il tentait de quitter l’Afrique du Sud avec son fils Khonsou, l’activiste béninois donne sa version des faits, rejette les accusations d’intention d’attentats en Europe et dévoile les coulisses d’une tentative d’exfiltration avortée. L’homme, qui se dit « docteur honoris causa pour son combat pour la cause noire », n’a perdu ni sa verve ni sa clarté d’analyse. En près de 27 ans de lutte, dit-il, il n’a jamais été confronté à un tel acharnement.

Une arrestation aux allures d’embuscade
Tout commence en mars 2026. Informé qu’Interpol l’a localisé en Afrique du Sud, Kemi Seba sait qu’il ne peut plus sortir du pays par les voies légales. Son visa a expiré. Il est sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par le Bénin le 12 décembre 2025, qu’il qualifie de « seule convocation réellement lancée par la dictature de Patrice Talon ». Il veut rejoindre le Niger, voire la RDC, où l’asile lui a été proposé. Il contacte alors des partenaires. Après plusieurs impasses, il se tourne vers l’intellectuel russe Alexandre Douguine, avec lequel il entretient une correspondance philosophique. Douguine lui promet une aide. Le 10 avril, un certain Remi, pseudonyme d’un agent russe, le contacte pour organiser une exfiltration vers la Russie, puis le Niger, via le Zimbabwe. Le plan se met en place. Deux frères zoulous, proches de Julius Malema, sont recrutés pour assurer la première partie du transfert. Le 12 avril, Kemi Seba, son fils et les deux Zoulous passent une nuit dans un hôtel proche de Pretoria. Le lendemain, rendez-vous sur le parking d’un centre commercial, où les attendent deux jeunes Blancs âgés, présentés comme d’autres agents russes. Kemi Seba les trouve « froids » mais ne s’en formalise pas. Quelques minutes plus tard, des véhicules surgissent. Des hommes cagoulés descendent, prennent les bagages et les font monter à bord. Kemi Seba croit d’abord qu’il s’agit de l’équipe chargée de les faire passer la frontière. Il réalise son erreur en arrivant dans un bâtiment inconnu. Deux Blancs quinquagénaires les accueillent, membres des services secrets sud-africains. L’opération était en réalité une souricière.

Mandats d’arrêt rétroactifs et calomnies stratégiques
Kemi Seba passe en revue ce qu’il estime être un arsenal de mensonges. D’abord, l’accusation grotesque selon laquelle il préparerait des attentats en Europe. « Moi, qui depuis des années réunis des foules énormes sans aucune violence », s’indigne-t-il. Il rappelle sa formation en philosophie auprès du professeur Grégoire Biyogo, promoteur de la non-violence et de l’ubuntu, et son refus constant de la violence en politique. Ensuite, la question des mandats d’arrêt. Selon lui, le premier mandat, celui du 12 décembre 2025, était lié à son soutien verbal au coup d’État du 7 décembre au Bénin. Un soutien qu’il ne nie pas : « Nous avons été des millions au Bénin à applaudir ce coup d’État », affirme-t-il, tout en refusant l’idée d’une implication personnelle dans l’organisation. Devant la faiblesse juridique de ce mandat, les autorités béninoises auraient alors rédigé à la hâte un second mandat d’arrêt international, rétroactif, daté de juin 2025, pour blanchiment de capitaux. « Personne n’en avait entendu parler à l’époque. Si ce mandat existait déjà, je n’aurais pas pu voyager sans être arrêté », argue-t-il. Pour le militant, cette accumulation d’accusations vise un seul but : le faire taire. « Que personne ne soit stupide en croyant que cela soit lié au coup d’État. L’affaire du coup d’État n’est qu’un prétexte pour faire taire toute forme d’opposition. »

Russes, Boers et services secrets : une opération mystérieuse
L’un des points les plus troublants du récit concerne les deux jeunes Blancs qui devaient initialement les escorter. Il s’avère qu’ils ne sont pas russes, mais des nationalistes boers sud-africains, surveillés de longue date par les services secrets locaux en raison de leurs activités politiques. Les deux Zoulous, eux, ont réussi à s’enfuir. « Comment les Russes, si stratèges d’ordinaire, peuvent-ils engager, pour m’escorter discrètement, deux nationalistes boers surveillés ? », s’interroge Kemi Seba. Il dit ne pas comprendre la stratégie des homologues de Douguine sur cette opération. Il apprendra plus tard, lors du procès du 29 avril, que l’un d’eux, François Van der Merwe, aurait déclaré à la police que Kemi Seba projetait des attentats en Europe. Van der Merwe a nié ces propos en face, les attribuant à un coup monté des services secrets. Derrière tout cela, Kemi Seba voit la main de la France.

Personne n’en avait entendu parler à l’époque. Si ce mandat existait déjà, je n’aurais pas pu voyager sans être arrêté
« Jamais au XXIe siècle une voix anticolonialiste africaine n’a fait l’objet d’autant de persécutions et d’une aussi grande machination incluant trois États à minima : la France et ses services secrets aux commandes, son animal de compagnie qu’est le gouvernement béninois, et certains membres blancs des services secrets sud-africains. » Il rend hommage à son fils Khonsou, arrêté avec lui, à ses autres enfants, à ses parents âgés placés en résidence surveillée au Bénin. Et conclut avec une certitude : « Ils ne savent pas qu’en voulant nous noyer ils nous ont appris l’apnée. Cette étape, loin de nous enterrer, va plus que jamais nous élever. » L’avenir dira si la détention sud-africaine de Kemi Seba se transformera en tribune internationale ou si elle précédera une extradition vers le Bénin. En attendant, l’activiste reste droit, persuadé que le temps joue pour lui. Et que, comme il l’écrit: « Bénin libre, monde noir libre, Afrique libre ou la mort, nous vaincrons. »

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