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Israël annonce un vaste plan d’investissement pour renforcer son industrie nationale d’armement sur 10 ans

Israël a décidé d’engager des moyens financiers colossaux pour renforcer son industrie d’armement. Le Premier ministre a annoncé, mercredi 24 décembre 2025, que l’État hébreu consacrerait 350 milliards de shekels, soit près de 95 milliards de dollars, sur une période de 10 ans afin de développer une industrie nationale capable de répondre à ses besoins militaires sans dépendre excessivement de partenaires étrangers.

Cette annonce de Benjamin Netanyahu s’introduit pour faire fronts multiples depuis l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023. Elle renferme aussi les enseignements tirés par l’armée israélienne de deux années de combats intensifs et de tensions diplomatiques croissantes autour des livraisons d’armes.

Réduire la dépendance aux partenaires étrangers
Benjamin Netanyahu a fait cette déclaration lors d’une cérémonie de remise de diplômes à des pilotes de l’armée de l’air israélienne. Entouré du ministre de la Défense et du ministre des Finances, il a expliqué avoir validé cette enveloppe budgétaire afin de garantir à Israël une plus grande autonomie dans la production de munitions et d’équipements militaires. « Nous avons approuvé une enveloppe de 350 milliards de shekels pour la prochaine décennie afin de bâtir une industrie israélienne indépendante dans le domaine des munitions », a-t-il déclaré. Pour le chef du gouvernement, cette orientation répond à une nécessité stratégique née des réalités du terrain et des contraintes imposées par l’environnement international.

Israël demeure le premier bénéficiaire de l’aide militaire américaine et s’approvisionne également auprès de plusieurs pays européens. Toutefois, depuis le début de la guerre à Gaza, plusieurs partenaires, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne, ont introduit des restrictions sur certaines ventes d’armes à destination de l’État hébreu. Benjamin Netanyahu n’a pas caché son agacement face à ces limitations. « Nous voulons réduire notre dépendance à l’égard de tous les acteurs, même nos amis », a-t-il affirmé. Selon lui, la capacité à produire localement des armements essentiels constitue une assurance face aux aléas diplomatiques et aux changements de position des alliés. Dans le même temps, le Premier ministre a souligné que l’industrie israélienne de défense restait attractive sur le marché international. « De nombreux pays, dont l’Allemagne, veulent nous acheter de plus en plus de systèmes », a-t-il assuré, laissant entendre que cette montée en puissance industrielle pourrait également soutenir les exportations.

La supériorité aérienne comme pilier sécuritaire
Au cœur du discours de Benjamin Netanyahu figurait la question de la supériorité aérienne. « La supériorité aérienne d’Israël au Moyen-Orient est la pierre angulaire de notre sécurité nationale », a-t-il insisté, en rendant hommage aux pilotes de l’armée de l’air et à la qualité des appareils dont ils disposent. Dans une allusion à peine voilée à la Turquie, le Premier ministre a évoqué la question des avions de chasse F-35. Il a affirmé qu’Israël « empêcherait quiconque de recevoir ces instruments », une déclaration interprétée comme un message adressé à Ankara, qui cherche depuis plusieurs années à retrouver l’accès à ce programme américain. Sous le premier mandat de Donald Trump, la Turquie, pourtant membre de l’Otan, avait été exclue du programme F-35 après l’achat par Ankara du système russe de défense antiaérienne S-400. Depuis, les autorités turques multiplient les démarches pour renforcer leurs capacités aériennes et combler leur retard face à certains rivaux régionaux, dont Israël.

Des tensions ouvertes avec la Turquie et plusieurs fronts ouverts notamment Gaza, Hezbollah et Iran
La Turquie figure parmi les critiques les plus virulentes de la politique israélienne. Le président Recep Tayyip Erdogan accuse régulièrement Israël de crimes graves dans la bande de Gaza et affiche un soutien politique au Hamas. Ces positions ont contribué à détériorer des relations déjà fragiles entre les deux pays. Dans ce contexte, les déclarations de Benjamin Netanyahu sur les F-35 s’inscrivent dans un climat de rivalité stratégique, où la question de l’équilibre militaire régional reste centrale. Le Premier ministre israélien est également revenu sur la situation sécuritaire immédiate. Il a promis qu’Israël « réagirait en conséquence » aux violations du cessez-le-feu à Gaza par le Hamas, évoquant notamment l’incident de Rafah, où un officier de Tsahal a été blessé par une explosion. Selon Benjamin Netanyahu, ni le Hamas ni le Hezbollah libanais n’ont l’intention de déposer les armes. « Nous nous occupons également de cela », a-t-il déclaré au sujet du mouvement chiite libanais, ajoutant qu’Israël avait encore « des comptes à régler » avec les Houthis du Yémen et avec la République islamique d’Iran.

Malgré ce ton ferme, le chef du gouvernement a rappelé que « l’élargissement du cercle de la paix » demeurait une priorité. Il a également assuré vouloir ramener en Israël le corps du dernier otage décédé encore retenu à Gaza, le sergent-chef Ran Gvili. Depuis octobre 2023, Israël fait face à une situation sécuritaire dégradée sur plusieurs théâtres. Dès le 8 octobre, le Hezbollah a ouvert un second front au nord du pays, multipliant les attaques quasi quotidiennes. En septembre 2024, l’armée israélienne est entrée au Liban afin de permettre le retour de près de 60 000 habitants déplacés par ces tirs. Cette confrontation ouverte, qui a duré deux mois, s’est achevée par un accord de cessez-le-feu entré en vigueur le 27 novembre 2024. Parallèlement, une guerre de douze jours a opposé Israël à l’Iran en juin, à la suite du lancement de l’opération israélienne « Rising Lion ».

Israël affirme avoir visé des dirigeants des Gardiens de la révolution, des scientifiques nucléaires, des sites d’enrichissement d’uranium et des installations liées au programme balistique iranien. Selon les autorités israéliennes, ces frappes visaient à empêcher Téhéran de se rapprocher de la fabrication de l’arme nucléaire. L’Iran a riposté en lançant plus de 500 missiles balistiques et environ 1 100 drones vers Israël. Si la majorité de ces projectiles ont été interceptés, plusieurs ont atteint des zones habitées. Les autorités sanitaires israéliennes font état de 32 morts et de plus de 3 000 blessés. Les frappes ont également causé d’importants dégâts matériels. Au moins 36 missiles ont touché des zones peuplées, endommageant plus de 2 300 habitations dans 240 bâtiments et privant plus de 13 000 personnes de leur logement. Des infrastructures stratégiques, dont une centrale électrique dans le sud du pays, une raffinerie à Haïfa et l’Institut Weizmann, ont été affectées.

Un effort budgétaire considérable
Sur le plan financier, l’effort consenti par Israël est sans précédent. Selon les chiffres du Congrès américain, Washington a accordé au moins 3,3 milliards de dollars d’aide militaire à Israël en 2025. En 2026, le budget de la défense devrait représenter 16 % des dépenses publiques, soit environ 35 milliards de dollars. Le plan annoncé par Benjamin Netanyahu s’inscrit dans cette dynamique de renforcement militaire, avec une volonté affichée de maîtriser davantage les chaînes de production. Pour les autorités israéliennes, il s’agit d’une réponse aux contraintes actuelles et aux incertitudes stratégiques d’une région toujours instable.

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