06122026Headline:

L’Allemagne maintient les refoulements aux frontières malgré une décision judiciaire


Un tribunal administratif allemand a retoqué, ce lundi 2 juin, le renvoi à la frontière de trois Somaliens qui tentaient de rejoindre l’Allemagne depuis la Pologne, portant un coup dur à la politique migratoire du gouvernement du nouveau chancelier Friedrich Merz. Le ministre de l’Intérieur conteste.
« Il n’y a aucune raison (…) de modifier notre pratique. Cette décision est un cas isolé. Nous poursuivrons les refoulements » : le très conservateur ministre de l’Intérieur allemand, Alexander Dobrindt, a catégoriquement exclu, lundi dans la soirée, de modifier sa politique de refoulement des migrants, contestée par un tribunal administratif de Berlin quelques heures plus tôt. Il s’agit « d’envoyer un signal clair », a argumenté le ministre de l’Intérieur, indiquant que 2 850 migrants avaient été refoulés aux frontières depuis le 8 mai. Le pays ne peut pas gérer « le nombre élevé » de demandeurs d’asile, a-t-il estimé.

Le tribunal administratif de Berlin, saisi par trois Somaliens récemment refoulés à la frontière polonaise, s’était pourtant montré très clair dans un jugement en référé rendu un peu plus tôt. Il a qualifié d’« illégales » les pratiques du gouvernement. Les juges ont estimé que les demandeurs d’asile devaient être d’abord accueillis dans un centre en vertu de la procédure européenne dite de Dublin, afin pour l’Allemagne d’examiner s’ils sont passés au préalable par d’autres pays de l’UE, et de déterminer quel État membre est responsable de la demande d’asile. Le tribunal a aussi jugé que les arguments avancés par le gouvernement, invoquant une situation d'”urgence”, n’étaient pas suffisants.

Mais l’Allemagne n’a pas non plus à tolérer l’immigration illégale, ont estimé ces mêmes juges, renvoyant le dossier à un accord entre Berlin et ses voisins. En l’occurrence, un accord avec la Pologne, qui vient d’élire un président ultra-conservateur, Karol Nawrocki, opposé à l’immigration.

Les refoulements aux frontières visent la plupart des demandeurs d’asile, à l’exception de certaines catégories de population considérées comme particulièrement « vulnérables ». Le nouveau gouvernement a mis en place cette politique sitôt arrivé en fonction début mai, dans l’espoir affiché de ralentir la progression de l’extrême droite dans le pays et du sentiment anti-migrants dans l’opinion. Le chancelier a voulu ainsi tenir une de ses principales promesses de campagne électorale, visant à réduire nettement l’immigration dans le pays, après plusieurs agressions mortelles ayant impliqué des étrangers.

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