Le parquet européen a annoncé, le mardi 8 juillet 2025, l’ouverture d’une enquête visant le Rassemblement national (RN), parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella, ainsi que plusieurs de leurs alliés d’extrême droite à Bruxelles.
Cette procédure fait suite à des soupçons d’irrégularités financières portant sur plus de 4,3 millions d’euros, dépensés entre 2019 et 2024 par l’ex-groupe Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen.
Le RN dans de beaux draps
Selon les premiers éléments révélés par la presse, le rapport de la direction des affaires financières du Parlement européen met en lumière des dépenses jugées irrégulières par les inspecteurs de l’institution. Si le RN n’occupait ni la présidence ni le secrétariat général du groupe ID à l’époque la coalition étant alors dominée par la Ligue du Nord italienne, une part importante des fonds aurait bénéficié à deux sociétés proches de Marine Le Pen :
e-Politic, dirigée par Frédéric Chatillon, ancien conseiller de la présidente du RN, et Unanime, entreprise liée à son épouse, Sighild Blanc. L’agence e-Politic aurait ainsi perçu 1,7 million d’euros, à l’issue d’un appel d’offres qualifié de « purement formel » et entaché de « graves problèmes de conformité ».
De leur côté, les prestations d’impression confiées à Unanime auraient généré plus de 1,4 million d’euros, avec une marge estimée à 260 000 euros, les travaux ayant été sous-traités à moindre coût. Les inspecteurs européens estiment que l’ensemble de ces dépenses ne respecte pas les règles en vigueur pour l’utilisation des crédits publics européens.
Le RN dénonce une opération de harcèlement
Face à ces révélations, le Rassemblement national a rapidement réagi. Jordan Bardella, président du parti, a dénoncé lors d’une conférence de presse « une nouvelle opération de harcèlement de la part de l’administration du Parlement européen ». Marine Le Pen, quant à elle, a déclaré ne pas avoir eu connaissance du dossier, évoquant de possibles « désaccords administratifs » avec l’institution européenne.
Ce n’est pas la première fois que le parti d’extrême droite se retrouve confronté à la justice sur la gestion de fonds européens. Marine Le Pen a déjà été condamnée en France dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires européens. Cette condamnation, prononcée en mars dernier, la rend inéligible à toute élection jusqu’à l’examen de son appel, prévu à l’été 2026.
Le parquet européen, un acteur clé dans la lutte contre la fraude
Créé en juin 2021 et basé à Luxembourg, le parquet européen dispose de compétences judiciaires propres pour enquêter, poursuivre et traduire en justice les auteurs d’infractions portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union européenne. Il travaille en étroite collaboration avec les autorités nationales, ainsi qu’avec d’autres instances comme l’Olaf, Eurojust ou Europol.
Dans cette affaire, il ne s’agit pas des fonds destinés à la rémunération des assistants parlementaires, mais des crédits annuels alloués aux groupes politiques du Parlement européen la fameuse « ligne budgétaire 400 ». Ces fonds sont strictement encadrés : ils doivent être utilisés pour le fonctionnement du groupe ou des actions directement liées à l’activité politique européenne, et non pour des prestations externes douteuses.
Le Rassemblement national retient son souffle
Marine Le Pen a minimisé la portée de cette nouvelle enquête, estimant qu’il s’agit d’une « guerre de tranchées » menée par le Parlement européen contre ses opposants politiques. La responsable du RN, déjà fragilisée par sa condamnation dans l’affaire des assistants parlementaires, voit ainsi son parti une nouvelle fois plongé dans la tourmente judiciaire.
Pour l’heure, le parquet européen reste discret sur les suites de l’enquête, invoquant la nécessité de préserver la confidentialité des investigations. Mais cette nouvelle procédure vient rappeler la vigilance accrue des institutions européennes sur la gestion des fonds publics, alors que le RN et ses alliés entendent peser davantage sur la scène politique continentale.



