04212026Headline:

Moyen-Orient : Le cessez-le-feu sur le fil, la ligne jaune au Liban, les pourparlers qui balancent

Les États-Unis ont affiché leur optimisme quant à la poursuite des discussions de paix avec l’Iran au Pakistan, mais les obstacles restent nombreux à l’approche de l’expiration du cessez-le-feu. Selon une source pakistanaise impliquée dans les tractations, un nouvel élan pourrait aboutir à une reprise des pourparlers dès mercredi, avec une possibilité que Donald Trump y participe en personne ou par visioconférence si un accord venait à être signé.

Sur le front des marchés, le prix du pétrole a reculé et les actions ont rebondi mardi en Asie, portées par l’espoir d’une avancée diplomatique. Le Brent a cédé 0,6 % à 94,94 dollars le baril, après un bond de 6 % la veille. Le ministère iranien des Affaires étrangères a condamné Washington pour l’interception d’un navire commercial iranien, le Touska, exigeant la libération immédiate du bateau et de son équipage. Téhéran a prévenu qu’il utiliserait « toutes ses capacités » pour défendre ses intérêts et que les États-Unis assumeraient « l’entière responsabilité de toute escalade supplémentaire ».

Le jeu du chat et de la souris
Le président américain, de son côté, veut un accord qui empêche une nouvelle flambée des prix pétroliers et des chocs boursiers, tout en maintenant sa ligne rouge : l’Iran ne doit pas obtenir l’arme nucléaire. « Ils vont négocier, et espérons qu’ils concluront un accord équitable, mais ils n’auront pas d’arme nucléaire », a répété Trump. Le vice-président JD Vance se rendra au Pakistan mardi pour participer aux discussions, selon des sources américaines. Pendant ce temps, le blocus américain des ports iraniens se poursuit, et l’Iran a alterné levée et rétablissement de son propre blocus du détroit d’Ormuz, par où transite habituellement un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial. Le médiateur pakistanais pousse Washington à mettre fin à son blocus. La tension ne faiblit pas. Trump a averti dimanche que les États-Unis détruiraient « tous les ponts et centrales électriques » d’Iran si Téhéran rejetait ses conditions. L’Iran a répliqué qu’en représailles, il frapperait des centrales électriques et des usines de dessalement dans les voisins arabes du Golfe.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a affirmé que les États-Unis étaient « sur le point d’un accord », grâce au « succès de l’opération militaire et au style de négociation dur » du président. Mais elle a ajouté que si l’accord échouait, Trump disposait d’« autres options ». Le cessez-le-feu de deux semaines expire mercredi à 20 heures (heure de l’Est), soit minuit GMT. La Chine, principal acheteur de pétrole iranien, a exprimé sa « préoccupation » face à l’interception du navire Touska. L’Iran a dénoncé les violations américaines comme un obstacle majeur, accusant Trump de vouloir « transformer la table des négociations en table de soumission ». Parallèlement, au Liban, les hostilités ont cessé depuis le 16 avril, mais la situation reste explosive. Israël a annoncé son intention de désarmer le Hezbollah par une combinaison de moyens « militaires et diplomatiques », selon le ministre de la Défense, Israël Katz. Une nouvelle zone d’occupation est en train de se dessiner.

Liban : la « ligne jaune » israélienne dessine une occupation rampante
En dépit de la trêve, l’armée israélienne poursuit les démolitions dans le sud du Liban afin d’y établir une zone tampon de 5 à 10 kilomètres de profondeur, délimitée par une « ligne jaune » récemment dévoilée. Les soldats ont pour ordre de rendre cette zone inhabitable, afin d’empêcher le retour des déplacés, une pratique que certains observateurs qualifient de crime de guerre. Dans le village de Kfarchouba, perché sur une colline à la frontière, le maire Kassem Kaderi observe les localités voisines réduites en cendres. « À l’œil nu, on peut voir que c’est complètement détruit », confie-t-il. Son village a déjà été envahi cinq fois par Israël. Cette fois, avec 350 de ses administrés, il a choisi de rester. « Si on quitte le village, il sera complètement rasé », dit-il. Plus au sud, la localité de Rmeich est encerclée par l’armée israélienne. Le prêtre Nagib Amil exprime l’angoisse des habitants :

« Nous avons peur. On ne sait pas où nous allons être à l’avenir, peut-être avec le Liban, peut-être avec Israël. »
Si les grandes puissances n’interviennent pas, prévient le maire, « les villageois vont porter les armes et se défendre eux-mêmes ». Un droit à la lutte armée contre une puissance coloniale que garantit la résolution 3070 de l’Assemblée générale des Nations unies. Une nouvelle série de négociations entre le Liban et Israël doit se tenir jeudi 23 avril aux États-Unis, sous l’égide de Washington. La délégation libanaise sera menée par Simon Karam, ancien ambassadeur aux États-Unis. En attendant, les marchés européens restent prudents. Paris, Londres, Francfort évoluent en ordre dispersé, suspendus à l’issue des pourparlers américano-iraniens. L’horloge tourne. Dans quelques heures, la trêve expirera. Et avec elle, peut-être, les dernières illusions d’une paix fragile.

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