À l’issue d’un second tour très serré face au maire de Varsovie, Rafal Trzaskowski, l’historien nationaliste Karol Nawrocki a été élu à la tête du pays dimanche 1er juin.
Il débute tout juste en politique, mais les Polonais l’ont choisi pour être leur prochain président. Encore inconnu des Polonais jusqu’au début de cette campagne présidentielle, Karol Nawrocki a connu une ascension fulgurante jusqu’à la tête de l’État polonais en seulement quelques semaines. Pourtant, a priori, rien ne destinait ce docteur en histoire de 42 ans à accéder au palais présidentiel.
Issu d’un milieu populaire, il a dirigé l’Institut national de la mémoire pendant plus de trois ans. Mais durant la campagne, c’est surtout son passé sulfureux dans les cercles des hooligans des alentours de Gdansk, dont il est originaire, qui a fait couler beaucoup d’encre. Lorsque les médias ont révélé sa participation à une rixe entre gangs, alors même qu’il travaillait déjà à l’Institut national de la mémoire, le candidat n’a pas démenti l’information. Il a valorisé au contraire sa participation à ce type d’affrontements virils pour affirmer son image d’homme fort, capable de se battre pour le pays.
Toute sa campagne a été émaillée par d’autres scandales, comme celui de Jerzy, un homme âgé dont il aurait profité pour s’octroyer un logement social à moindre coût, ou celui du Grand Hotel de Gdansk où il aurait aidé les clients à se procurer des prostituées alors qu’il y travaillait comme agent de sécurité. Mais ces coups d’éclats ne semblent pas avoir démotivé ses soutiens, séduits par l’image d’un homme issu de la société civile, qui s’est battu avec les poings pour arriver jusqu’au sommet de l’État, par opposition aux politiciens de carrière.
Une élection qui condamne le gouvernement Tusk à l’inaction politique
Son côté hors du système politique a beaucoup plu au Polonais, et il n’a pas manqué de mettre en avant ses origines modestes dont il s’est extirpé pour accéder à la tête de l’État. Et pour comprendre ses inspirations politiques, il suffit de lire son slogan de campagne : « La Pologne d’abord, les Polonais d’abord. » La formule est, pour lui, un hommage à Donald Trump, à qui il voue une admiration assumée. Au cours de sa campagne, il s’est aussi affiché aux côtés du candidat nationaliste roumain George Simion, appuyant ainsi son aversion pour les élites européennes traditionnelles.
Son arrivée à la tête de l’État sonne comme une revanche pour le parti national-conservateur du PiS, dont le ténor, Jaroslaw Kaczynski, a pris la parole pour le féliciter au QG présidentiel à l’annonce des résultats. En 2023, l’arrivée au pouvoir de Donald Tusk met fin à huit ans de gouvernement PiS, dont le dernier rempart s’est alors matérialisé en la personne du président Andrzej Duda. Détenteur d’un droit de veto qui constitue l’une des seules prérogatives individuelles du chef de l’État, il peut mettre un coup d’arrêt à n’importe quelle manœuvre du gouvernement.
L’arrivée de Karol Nawrocki à la tête de l’État devrait donc déboucher sur une continuité de l’obstruction systématique à toute loi visant la libéralisation du pays, promise par Donald Tusk lors de son élection. Et le mandat de Karol Nawrocki devrait courir jusqu’en 2030, condamnant ainsi le gouvernement Tusk à l’inaction politique jusqu’aux nouvelles élections législatives. De quoi laisser un goût amer à tous les défenseurs des droits des minorités, du droit à l’avortement ou de l’indépendance de la justice, qui s’étaient mobilisés pour élire le Premier ministre sur ces promesses de libéralisation.
Un fervent défenseur d’une Europe des nations
Sur la scène internationale enfin, le nouveau président n’a jamais fait mystère de son scepticisme face à l’intégration européenne. Fervent défenseur d’une Europe des nations, qui préserverait la souveraineté des États, il a érigé Bruxelles en épouvantail au cours de sa campagne. Fermement opposé au Pacte vert et au Pacte migratoire européen, les mesures communautaires ne trouvent pas grâce à ses yeux.
Sur la question migratoire, le futur président se veut aussi intransigeant. Si la thématique a monopolisé le débat durant la campagne, lui souhaite mettre en place des contrôles à la frontière allemande, englué par la paranoïa selon laquelle les forces de police de Berlin repousseraient leurs migrants de façon illégale vers la frontière polonaise.
Sur les questions de défense et de sécurité, le futur président a le regard rivé sur son partenaire outre-Atlantique et ne semble intéressé que par une collaboration avec les États-Unis de Donald Trump. Il s’oppose également à l’accession de l’Ukraine à l’Otan tant que Kiev n’aura pas reconnu sa responsabilité dans le massacre de Volhynie – un différend mémoriel lié au massacre de milliers de Polonais par des nationalistes ukrainiens durant la Seconde Guerre mondiale. La querelle autour de l’exhumation des corps empoisonne les relations entre les deux pays voisins depuis bientôt un siècle, et a constitué un argument du camp nationaliste pour cesser d’aider l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie.
Quant à la question des 900 000 réfugiés ukrainiens en Pologne, il n’hésite pas à les traiter d’ingrats, et souhaite suspendre leurs droits aux allocations qui, selon lui, devraient être réservées aux Polonais. Comme un écho direct à son slogan de campagne.



