L’armée sud-coréenne a annoncé, ce dimanche, avoir détecté plusieurs tirs de missiles balistiques à courte portée en provenance de la région de Sinpo, sur la côte-est de la Corée du Nord. Les projectiles ont été lancés aux alentours de 6h10 heure locale (21h10 GMT samedi) en direction de la mer de l’Est, dénomination coréenne de la mer du Japon. Selon l’état-major interarmées de Séoul, les missiles ont parcouru environ 140 kilomètres avant de retomber en mer. Les services de renseignement sud-coréens et américains procèdent actuellement à une analyse détaillée de leurs caractéristiques techniques.
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Ce nouveau tir porte à 6 le nombre de tests balistiques connus effectués par Pyongyang depuis le début de l’année. Une cadence qui ne cesse de s’accélérer, alors même que les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies interdisent formellement à la Corée du Nord tout essai de missile balistique, en raison de sa trajectoire spatiale. Les missiles de croisière, qui restent dans l’atmosphère, échappent en revanche à cette interdiction. La présidence sud-coréenne a immédiatement convoqué une réunion d’urgence sur la sécurité. Dans un communiqué, l’état-major interarmées a prévenu que Séoul « riposterait de manière écrasante à toute provocation » venant de la péninsule.
Un calendrier d’essais qui s’intensifie
Depuis le début du mois d’avril, Pyongyang a multiplié les démonstrations de force. Les 6, 7 et 8 avril, l’agence de presse officielle KCNA avait déjà fait état de tests de plusieurs systèmes d’armes, dont des missiles balistiques. Le 14 avril, c’est un essai de missiles de croisière depuis un destroyer en mer Jaune qui a été rapporté, en présence cette fois du dirigeant Kim Jong Un en personne, une manière de signifier l’importance stratégique accordée à ces développements. Chaque essai est soigneusement calibré pour envoyer un message, tant à l’intention de Séoul que de Washington. La courte portée des missiles tirés ce dimanche, 140 kilomètres, les rend a priori incapables d’atteindre le territoire sud-coréen dans sa majeure partie, mais ils suffisent à tester la réaction des systèmes de défense adverses et à affiner la fiabilité des vecteurs. Pour les analystes, il s’agit moins d’une menace immédiate que d’une pression graduelle, destinée à rappeler que Pyongyang reste maître du tempo sur la péninsule. C’est l’évolution du volet nucléaire qui préoccupe le plus les observateurs. Mercredi dernier, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a évoqué une « augmentation très inquiétante » des capacités nord-coréennes.
Selon lui, Pyongyang disposerait désormais de « quelques dizaines d’ogives » nucléaires. Un chiffre difficile à vérifier indépendamment, mais qui traduit un consensus grandissant au sein des services de renseignement occidentaux. La Corée du Nord justifie son programme nucléaire et balistique comme une assurance-vie face aux « volontés d’invasion » qu’elle prête à la Corée du Sud et aux États-Unis. Une rhétorique rodée, mais qui prend une résonance particulière dans le contexte de tension actuel. Depuis l’arrivée au pouvoir du président sud-coréen Lee Jae-myung, de centre-gauche, Séoul a multiplié les gestes d’apaisement, y compris des regrets exprimés après une incursion de drones civils en territoire nord-coréen en janvier, geste initialement salué par Kim Yo-jong, la puissante sœur du dirigeant. Mais ces ouvertures sont restées lettre morte. En avril, un haut responsable nord-coréen a qualifié la Corée du Sud d’« État ennemi le plus hostile », refermant brutalement la porte à toute réconciliation rapide. L’accumulation des essais balistiques et l’avancée du programme nucléaire placent la communauté internationale face à un dilemme familier. Les sanctions onusiennes, déjà parmi les plus sévères au monde, n’ont pas empêché Pyongyang de progresser technologiquement.
La Chine et la Russie, toutes deux dotées d’un droit de veto au Conseil de sécurité, montrent peu d’enthousiasme pour un nouveau renforcement des mesures coercitives.
De son côté, l’administration américaine, absorbée par d’autres crises géopolitiques, peine à définir une ligne claire. Pour Séoul, l’urgence est double : répondre aux provocations sans précipiter une escalade militaire, tout en maintenant une pression diplomatique suffisante pour éviter que la Corée du Nord ne normalise son statut de puissance nucléaire de facto. Le président Lee Jae-myung, élu sur un programme de dialogue, voit sa marge de manœuvre se réduire à mesure que les missiles s’accumulent dans le ciel de la mer de l’Est. Ces tirs sont le prélude à un événement plus spectaculaire un septième essai nucléaire, longtemps évoqué, ou le test d’un missile balistique intercontinental à pleine portée. Les précédents historiques enseignent que les périodes de suractivité technique précèdent souvent des annonces politiques majeures. En attendant, la péninsule coréenne retient son souffle, habituée à vivre sur le fil du rasoir. Les grandes puissances, quant à elles, se contentent de condamnations de principe, impuissantes à briser l’engrenage. La dissuasion fonctionne, dit-on. Mais à quel prix ?



