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Tensions à Madagascar: Mamy Ravatomanga et Christian Ntsay se sont enfuis à l’île Maurice

Les arroseurs arrosés par ironie du sort. L’homme d’affaires et l’ancien Premier ministre ont quitté le pays dans un contexte de fortes tensions sociales. Dans la nuit du samedi 12 octobre, un jet privé de la compagnie Trans Ocean Airways a atterri discrètement sur le tarmac de l’aéroport Sir-Seewoosagur-Ramgoolam, à l’île Maurice.

À son bord, deux passagers de marque : Mamy Ravatomanga, puissant homme d’affaires malgache, et Christian Ntsay, l’ancien Premier ministre. Leur départ accéléré de Madagascar survient alors que la colère populaire monte, réclamant des comptes sur la gestion du pays. Selon des sources proches du dossier, l’appareil a dû patienter en vol avant de recevoir son autorisation d’atterrissage. Officiellement, il s’agissait d’un atterrissage d’urgence. Mais dans les faits, tout laisse croire à une fuite organisée pour échapper à une situation politique devenue brûlante qui a occasionné l’exfiltration d’ Andry Rajoelina . Les deux hommes résideraient désormais dans des villas sécurisées, sous surveillance des autorités mauriciennes.

Un revirement surprenant
Cette fuite contraste singulièrement avec les déclarations récentes de Mamy Ravatomanga. Il y a quelques jours à peine, le magnat s’affichait sur plusieurs chaînes de télévision locales lors d’une émission spéciale. Pendant près de deux heures, il avait rejeté toutes les accusations portées contre lui, qualifiant les rumeurs de « calomnies ». Face aux journalistes, il s’était présenté comme un entrepreneur « propre », dont la réussite ne devait rien à des relations politiques.

Le séjour mauricien de Mamy Ravatomanga et de Christian Ntsay, s’il les met à l’abri dans l’immédiat, ne résoudra pas les profondes fractures qui traversent la Grande Île.
« La politique ne m’intéresse pas. Moi, je suis dans l’entrepreneuriat », avait-il assuré, niant toute influence sur le gouvernement. Il avait même lancé un défi public au colonel Patrick Rakotomamonjy, l’un de ses principaux accusateurs, l’invitant à le poursuivre en justice s’il avait des preuves. Or, dans un retournement de situation, c’est le colonel qui est rentré à Madagascar, bien décidé à témoigner. Et c’est Mamy Ravatomanga qui a choisi de partir.

Le contexte politique malgache inflammable
Le départ des deux personnages clés intervient dans un climat social extrêmement tendu. Depuis fin septembre, des manifestations secouent la capitale, Antananarivo. Initialement provoquées par des coupures répétées d’eau et d’électricité, les protestations de la « Génération Z » se sont rapidement transformées en un rejet plus grand du pouvoir en place. Le nom de Mamy Ravatomanga, présenté comme l’un des principaux financiers du président Andry Rajoelina, est devenu le symbole de ces élites accusées de confisquer les richesses du pays. Les manifestants réclament son jugement, ainsi que celui d’autres figures perçues comme proches du régime.

Le limogeage de Christian Ntsay le 29 septembre, après une longévité exceptionnelle au poste de Premier ministre depuis 2018, n’a pas suffi à calmer la rue. Au contraire, voir l’ancien chef du gouvernement partir aux côtés de l’homme d’affaires le plus contesté du pays n’a fait que renforcer le sentiment d’une collusion entre les milieux économiques et politiques. Pour de nombreux observateurs, cette fuite à l’étranger marque un tournant dans la crise malgache. Elle laisse derrière elle un pays en proie au doute, où la jeunesse exige plus de transparence et de redevabilité de la part de ses dirigeants. Le séjour mauricien de Mamy Ravatomanga et de Christian Ntsay, s’il les met à l’abri dans l’immédiat, ne résoudra pas les profondes fractures qui traversent la Grande Île.

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