Marcel Niat Njifenji, ancien président du Sénat camerounais, est décédé ce samedi matin à Yaoundé, plongeant le pays dans l’émoi et ravivant le débat sur la succession au sommet de l’État
Un baron du régime Biya s’éteint
Selon plusieurs médias locaux, l’ex-président du Sénat est mort ce samedi 11 avril 2026 à Yaoundé, où il était suivi depuis plusieurs mois pour des ennuis de santé récurrents. La nouvelle, d’abord relayée par des chaînes privées et des plateformes en ligne, a rapidement envahi les réseaux sociaux, confirmant la disparition d’une des figures les plus influentes du système politique camerounais.
Né en 1934 à Bangangté, dans la région de l’Ouest, Marcel Niat Njifenji était un fidèle compagnon de route du président Paul Biya, dont il aura accompagné et consolidé le pouvoir durant plusieurs décennies. Ingénieur de formation, passé par la haute administration et la direction de grandes entreprises publiques, il incarnait ce profil de technocrate devenu pilier du régime.
Un parcours au sommet de l’État
Avant d’accéder à la présidence du Sénat, Niat Njifenji a occupé plusieurs fonctions stratégiques, ministre, député, maire, administrateur de sociétés publiques et acteur du monde agricole. Sa carrière illustre la confiance dont il jouissait au sein du premier cercle du pouvoir, où il était considéré comme un relais sûr et loyal du chef de l’État.
En 2013, il prend la tête de la toute nouvelle Chambre haute, instituée par la Constitution mais demeurée longtemps en sommeil, devenant ainsi la deuxième personnalité de l’État dans l’ordre protocolaire. Réélu à plusieurs reprises malgré un état de santé de plus en plus fragile, il était resté en poste jusqu’en mars 2026, date à laquelle le sénateur Aboubakary Abdoulaye lui a officiellement succédé au perchoir.
Santé fragile, rumeurs et retrait progressif
Depuis plusieurs années, la santé de Marcel Niat Njifenji alimentait rumeurs et spéculations, notamment lors de ses évacuations sanitaires en France et de ses longues périodes d’absence de la scène publique. Déjà, entre 2018 et 2025, de fausses annonces de décès avaient circulé, régulièrement démenties par sa famille et par les autorités, au point de faire de lui une figure fantomatique du pouvoir.
À 91 ans, il apparaissait de plus en plus affaibli lors de ses rares sorties officielles, peinant à se déplacer mais tenant à réaffirmer sa présence pour contrer les rumeurs sur son état. Sa dernière grande apparition remontait à 2025, lorsqu’il présidait une session du Sénat en appelant à la préservation de l’unité nationale et à la lutte contre les discours de haine sur les réseaux sociaux.
Un vide politique et institutionnel
Son décès intervient dans un contexte de recomposition des institutions camerounaises, marqué par le renouvellement récent des présidences de l’Assemblée nationale et du Sénat. Si le fauteuil qu’il occupait a déjà un nouveau titulaire, la disparition de cet homme-clé du dispositif politique de Yaoundé rebat les cartes des équilibres internes au sein du parti au pouvoir et du sérail présidentiel.
Au-delà de l’émotion suscitée par la mort d’un vétéran de la scène publique, la disparition de Marcel Niat Njifenji interroge sur la transition générationnelle au sommet de l’État, dans un pays où de nombreuses institutions restent dominées par des responsables nonagénaires. Les hommages officiels et le programme des obsèques devraient être annoncés dans les prochaines heures, alors que la classe politique et l’opinion attendent une parole forte sur l’avenir de la gouvernance camerounaise.



