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RCI: Le gouvernement Mambé II a franchi le cap des 100 jours d’exercice, la Diplomatie, le Commerce et l’Agriculture

Le nouveau gouvernement Mambé II a été annoncé le 23 janvier 2026, à la suite de la reconduction de Robert Beugré Mambé au poste de Premier Ministre par le président Alassane Ouattara. Cette nouvelle équipe gouvernementale est composé d’une trentaine de membres dont 31 ministres et des ministres délégués.

Une innovation majeure est la création d’un poste de Vice-Premier ministre, chargé de la Défense, confié à Téné Birahima Ouattara. Nombre de ministres issue du précédent gouvernement ont conservé leur poste comme le général Vagondo Diomandé, Anne Ouloto, Adama Coulibaly et d’autres été redéployé comme Kaba Nialé, Kalil Konaté, Bruno Koné, etc. Ce 04 mai 2026, jour pour jour, Linfodrome a choisi de faire un bilan survolé de l’équipe Mambé II pour ses 100 premiers jours. Trois départements ont été pris en compte dont la Diplomatie, le Commerce et l’Agriculture.

Les 100 premiers jours de Kaba Nialé à la tête de la diplomatie ivoirienne
Le gouvernement Mambé II a pris ses quartiers le 23 janvier 2026, après la reconduction de Robert Beugré Mambé au poste de Premier ministre par le président Alassane Ouattara. Parmi les ajustements les plus scrutés, un changement de stature aec Mme Kaba Nialé, jusque-là ministre de l’Économie et du Plan, qui hérite des Affaires étrangères, élevée au rang de ministre d’État. Cent jours plus tard, la nouvelle cheffe de la diplomatie ivoirienne trace sa route entre continuité et adaptation. Longtemps considérée comme l’une des technocrates les plus solides du gouvernement, Kaba Nialé n’est guère novice en matière de politique publique. Pendant dix ans, elle a piloté le ministère de l’Économie, du Plan et du Développement, gagnant une réputation de rigueur et de discrétion. La voici désormais propulsée sur la scène internationale, succédant à Kacou Léon Adom et à Kandia Camara. Le président Ouattara poursuit ainsi sa politique de féminisation des postes régaliens, tout en misant sur une fidèle de trente ans.

Le dossier le plus épineux demeure toutefois les relations avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), Mali, Burkina Faso, Niger, en froid avec la CEDEAO. Kaba Nialé hérite d’une situation dégradée, où la confiance est rare et les accusations croisées fréquentes.
Son passage de la finance à la diplomatie n’a rien d’une conversion abrupte. Kaba Nialé s’appuie sur sa maîtrise des dossiers économiques pour orienter l’action extérieure de la Côte d’Ivoire vers l’attraction des investissements et la consolidation des partenariats bilatéraux et multilatéraux. Son credo est de faire du rayonnement diplomatique un levier du développement. Cette approche lui a d’ailleurs valu, dès le 27 avril 2026 à l’Assemblée nationale française, le prix de Meilleur Ministre Africain de l’année, décerné lors de la Conférence internationale Croissance PEACE. Distinction symbolique ou reflet d’une action déjà visible, ce prix consacre la stratégie de « diplomatie économique » que Kaba Nialé entend incarner. Dans son allocution, elle a dédié cette récompense au gouvernement ivoirien, aux femmes et aux jeunes du continent, ainsi qu’au président Alassane Ouattara. Il s’agit de montrer que la Côte d’Ivoire, pôle de stabilité en Afrique de l’Ouest, est prête à jouer un rôle central dans les échanges intra-africains.

 

Depuis sa nomination, elle a reçu plusieurs délégations internationales (notamment d’Africa50 en avril 2026) et participé à des sommets. Le 16 mars, elle s’est rendue à Conakry comme envoyée spéciale du président ivoirien pour un sommet tripartite entre la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria, avec pour mission d’apaiser les tensions frontalières. Une illustration de son investissement dans la diplomatie préventive. Le dossier le plus épineux demeure toutefois les relations avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), Mali, Burkina Faso, Niger, en froid avec la CEDEAO. Kaba Nialé hérite d’une situation dégradée, où la confiance est rare et les accusations croisées fréquentes. Sa feuille de route, exposée en privé à ses équipes, privilégie le dialogue discret, la médiation technique et le maintien de canaux humanitaires. Rien d’ostentatoire, mais une obstination silencieuse à ne pas rompre tout lien. À l’interne, elle veille à la protection des Ivoiriens de la diaspora et à l’optimisation de l’action publique au sein de son département. Cent jours après sa prise de fonction, le pari de la technocrate devenue diplomate semble tenir avec un rodage minutieux.

Kalil Konaté, cent jours pour formaliser et industrialiser
Le gouvernement Mambé II, annoncé le 23 janvier 2026, a vu l’arrivée de Kalil Konaté au ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, en remplacement de Souleymane Diarrassouba. Cent jours après sa prise de fonction, l’ancien ministre de la Transition numérique affiche déjà une feuille de route dense, articulée autour de la formalisation, de l’attractivité industrielle et du soutien aux petites entreprises. Dès son entrée en fonction, Kalil Konaté a orienté ses premières structurelles. Près de 80 % des acteurs économiques évoluent dans l’informel, les infrastructures commerciales vieillissent, les zones industrielles manquent d’envergure et la contribution des PME au PIB reste insuffisante. Pour y remédier, il a lancé la délivrance de la carte du commerçant et de la carte de l’artisan, opération qui a déjà permis de recenser plus de 1,3 million d’acteurs dans plusieurs villes. Cette mesure vise à mieux organiser le secteur, à intégrer les travailleurs informels dans l’économie nationale et à faciliter l’accès à la protection sociale. Côté industriel, le ministre a engagé une stratégie d’expansion avec l’extension de la zone industrielle d’Akoupé-Zeudji PK24, portée à 1 000 hectares. Parallèlement, une taskforce a été mise en place pour réduire les freins administratifs et fonciers qui allongent les délais d’installation des entreprises. L’objectif est de stimuler l’investissement privé et de faire de l’industrialisation un moteur de croissance. L’artisanat, qui représente près de 20 % du PIB, n’est pas en reste. Kalil Konaté prévoit une modernisation par la structuration en clusters, la digitalisation, le renforcement du label « Made in Côte d’Ivoire » et une coopération accrue avec la Chambre des métiers. L’ambition est de transformer ce secteur d’économie de subsistance en véritable levier compétitif.

Conscient de la pression sur le pouvoir d’achat, le ministre a inscrit la lutte contre la vie chère parmi ses priorités. Le chantier comprend la modernisation des marchés, la construction de trois marchés régionaux de gros, la réduction des pertes post-récoltes et la promotion de la transformation locale de produits stratégiques, afin de réduire la dépendance aux importations.
Les PME occupent une place centrale dans la nouvelle gouvernance. Une réforme du cadre légal est engagée, le guichet unique GUDE PME est modernisé, et des financements sont mobilisés via les programmes Choose Africa 2 et YEIB. Surtout, la création prochaine d’un fonds de développement de 100 milliards de francs CFA est envisagée. Un Programme de Tutorat et de Construction de Champions Nationaux a également été lancé pour sélectionner et accompagner les entreprises les plus prometteuses vers une stature régionale et internationale. Conscient de la pression sur le pouvoir d’achat, le ministre a inscrit la lutte contre la vie chère parmi ses priorités. Le chantier comprend la modernisation des marchés, la construction de trois marchés régionaux de gros, la réduction des pertes post-récoltes et la promotion de la transformation locale de produits stratégiques, afin de réduire la dépendance aux importations. Sur le plan international, sa participation à la 14e Conférence ministérielle de l’OMC a permis à la Côte d’Ivoire de défendre ses intérêts commerciaux et de renforcer sa visibilité diplomatique, notamment dans le secteur du commerce et de l’artisanat africain. En cent jours, Kalil Konaté a posé les fondations d’une réforme systémique celle de la formalisation des acteurs, l’industrialisation accélérée, le soutien ciblé aux PME, la modernisation de l’artisanat et la protection du pouvoir d’achat. Ces premières mesures dessinent une vision globale de faire de l’économie ivoirienne un espace plus résilient, compétitif et inclusif, en phase avec les ambitions du Plan national de développement 2026-2030.

Bruno Koné, cent jours pour stabiliser l’agriculture et le cacao
Le gouvernement Mambé II, annoncé le 23 janvier 2026, a opéré quelques mouvements inattendus. Parmi eux, le passage de Bruno Nabagné Koné du ministère de la Construction et du Logement à celui de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières. Il succède à Kobenan Adjoumani, appelé à d’autres fonctions. Cent jours plus tard, quel bilan pour l’homme qui a hérité d’un département en pleine tourmente cacaoyère ? Dès sa prise de fonction, Bruno Koné a dû plonger dans un dossier brûlant celle de la chute vertigineuse des prix du cacao, passés de 2 800 à 1 200 FCFA le kilogramme entre fin 2025 et le premier semestre 2026. Ce retournement de marché, expliqué par une demande internationale atone et un coût de la vie élevé dans les pays consommateurs, a mis sous pression les producteurs ivoiriens. Le ministre a rapidement organisé ses premières sorties, notamment à Yamoussoukro lors des Journées nationales du producteur du Coton et de l’Anacarde (JNPCA). Il s’est également rendu dans plusieurs zones cacaoyères pour écouter les coopératives et les planteurs. Invité le 30 avril 2026 sur RFI, Bruno Koné a défendu le mécanisme du prix minimum garanti. Il a rappelé que les planteurs ivoiriens perçoivent entre 60 % et 70 % du prix CAF, avec un bord-champ fixé à 1 200 FCFA/kg pour la campagne intermédiaire 2025-2026. Mais une fois le cacao transformé en chocolat et vendu en Europe, la part du producteur chute à 5-7 % du prix final, un déséquilibre structurel que le ministre entend dénoncer dans les instances internationales. La gestion des excédents. Environ 100 000 tonnes de cacao issues de la grande campagne précédente sont restées invendues en raison de prix jugés trop élevés par les acheteurs.

L’État ivoirien a alors mobilisé près de 291 milliards de francs CFA pour racheter ces stocks via le Conseil Café-Cacao, afin de protéger les revenus des producteurs. Une opération coûteuse mais assumée par le ministre, qui y voit un rempart contre l’effondrement du secteur.
Parallèlement, Bruno Koné porte des projets de loi visant à moderniser la gouvernance foncière (SIFOR-CI) et à structurer des filières stratégiques comme le karité et l’anacarde. Il s’appuie sur les acteurs techniques (ANADER, CNRA) pour stimuler les productions vivrières et réduire la dépendance du pays aux importations. Le nouveau ministre n’a pas négligé la dimension diplomatique. Il a conduit une forte délégation au Salon international de l’agriculture de Paris (SIA), puis s’est rendu au Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM) à Meknès. Ces déplacements visent à promouvoir l’agriculture ivoirienne, à renforcer les coopérations internationales et à attirer des investissements pour un secteur plus durable. En interne, Bruno Koné multiplie les visites de terrain auprès des producteurs locaux, sur les chantiers d’infrastructures agricoles, et dans les structures sous tutelle comme l’ANADER. Il a également tenu des séances de travail avec le CNRA et rencontré les délégations de l’OIA Café Cacao, en collaboration avec le Conseil Café Cacao, pour chercher une issue à la crise. Cent jours après son arrivée, Bruno Nabagné Koné n’a pas résolu toutes les difficultés de l’agriculture ivoirienne. Mais, il a imprimé sa méthode d’écouter le terrain, de défendre les producteurs, de moderniser les outils. Un début de mandat sous pression, mais qui affiche la volonté de transformer l’agriculture en levier de souveraineté alimentaire et de stabilité des revenus ruraux. Les prochains mois diront si les réformes engagées portent leurs fruits face aux aléas du marché mondial.

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