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Déchets toxiques/ Les victimes en attente de 5 milliards FCFA

19 Août 2006-19 Août 2021, cela fait exactement 15 ans que la multinationale Trafigura a déversé des déchets toxiques dans le district d’Abidjan. A la commémoration de la date anniversaire, Claude Gohourou, représentant les victimes fait des révélations et donne de bonnes nouvelles. Interview.

Quinze ans après le déversement des déchets toxiques à Abidjan, en tant que représentant des victimes, quel bilan faites-vous ?

La question de Probo Koala est une question à plusieurs volets. D’abord il y a la question humanitaire et la question écologique. C’est le lieu de saluer le chef de l’Etat, Alassane Ouattara pour ses efforts. Parce que le déversement a eu lieu en 2006 et le Président Alassane Ouattara a été élu en 2011 et il y a eu une poursuite de l’affaire. Au plan écologique et la prise en charge de l’aspect environnemental, nous avons constaté que le ministère de l’Environnement a dédié un département à l’effet d’étudier l’impact des déchets sur l’environnement. Je voudrais saluer ce geste. Deuxièmement, nous avons constaté qu’une mission onusienne à la demande du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, a rendu un rapport au chef du gouvernement en février 2018. Nous voulons saluer cette action, les efforts de l’Etat de ne pas délaisser les victimes et surtout ne pas négliger les effets des déchets sur notre environnement. Car ces déchets sont en réalité un poison pour nous. Nous voulons aussi faire cas des indemnisations qui ont eu lieu mais beaucoup reste à faire, parce que beaucoup de victimes ont été laissées pour compte. L’Etat a indemnisé 100 mille victimes et après Leigh Day a pris en compte 29 000 victimes. Comprenez qu’avec tout le district d’Abidjan qui a été touché, il nous reste beaucoup de choses à faire. Nous parlons aujourd’hui avec beaucoup de fierté, la question de l’indemnisation. Sur le plan international, une des actions qui très avancée est l’action civile et pénale au tribunal fédéral de Genève. L’autre aspect sombre de la question, c’est Trafigura qui peine à reconnaitre le tort causé aux Ivoiriens. Nous sommes plus que déterminés à poursuivre ce combat.

Trafigura avait déjà dédommagé l’État, quel est le sens d’une autre réparation ?

L’État c’est une entité, c’est une victime après les victimes ont le droit de revendiquer réparation. L’une n’empêche pas l’autre. Vous voyez qu’en 2018 le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, a reçu un rapport de l’Onu, c’est-à-dire que les déchets sont toujours dans nos sols. Nos eaux sont polluées et aujourd’hui aucun Ivoirien ne détient un rapport complet du contenu de ces déchets. Nous souhaitons qu’il y ait un rapport public. Il y a des malformations des nouveaux nés, des aliments toxiques qui proviennent des sites contaminés se retrouvent sur les marchés et cela peut avoir un effet sur la santé des populations. Jusque-là toutes ces questions sont trop floues. Les rapports sont gardés dans des tiroirs, alors que la santé humaine est au-dessus de tout.
Qu’est ce qui s’est passé en 2010 avec Trafigura et le cabinet Leigh Day ?

Un des derniers points, c’est de rassurer les Ivoiriens, parce qu’en 2010, il y a eu une situation et je me suis levé pour dire non. Il s’agit du protocole d’accord entre Trafigura et le cabinet Leigh Day, qui jusqu’à présent reste confidentiel. Cela est très grave pour la Côte d’Ivoire. Car des avocats anglais ont signé des accords au nom des victimes ivoiriennes et ils l’ont gardé secret entre eux et Trafigura. On a jamais connu le contenu de cet accord, qui a permis de débloquer les 22 milliards F CFA. Il faut que Trafigura et le cabinet Leigh Day rende cet accord public. Nous avons gagné notre procès, Trafigura doit publier non seulement ce protocole d’accord mais elle doit payer 5 milliards F CFA aux victimes. C’est une grande victoire que nous avons obtenu et je l’ai fait pour les Ivoiriens. C’est pourquoi, je souhaite qu’on relève le débat sur les déchets toxiques sur le niveau de contamination de la nappe phréatique. Il faut également que l’Etat puisse accompagner les vraies associations de victimes. Nous appelons les victimes à la vigilance dans les quartiers. Sans la preuve d’une action internationale, il faut refuser de s’associer à une telle association, c’est de l’arnaque. Il y a certaines personnes qui utilisent notre nom pour soutirer de l’argent aux victimes. Il faut faire attention.

Quinze ans après, est-ce qu’il y a de l’espoir pour les victimes ?

Je voudrais faire remarquer que les victimes peuvent s’attendre à l’objet principal de leur action, qui est l’indemnisation. Aujourd’hui plus de 75 000 victimes sont en possession de leurs certificats médicaux, elles ont apporté la preuve de leur contamination, les avocats leur ont demandé de produire des relevés d’identité bancaire, de produire tous les documents qui vont dans le sens d’une indemnisation. Vous allez bientôt avoir une actualité très fraiche de Genève en faveur des victimes. En ce moment, les victimes sont en train de signer à Vridi l’acte de l’aide d’assistance juridique. Logiquement chaque victime devrait constituer son dossier autour de 213 000 F CFA, mais elles sont en phase de bénéficier d’une aide d’assistance juridique dans le processus en cours. Nous l’avons fait dans leur intérêt parce que nos victimes sont des personnes indigentes. Dans la requête des avocats, chaque victime devrait avoir 30 mille F suisse, autour de 18 millions de F CFA. C’est une question de temps, les semaines à venir, concernant les victimes, nous aurons l’exclusivité sur le dédommagement à venir. Début septembre, les premières victimes vont recevoir leur carte bancaire pour le paiement.

AKE

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