À Grand-Bassam, le spectacle se répète avec une régularité glaçante. Après chaque week-end, des corps sans vie sont retrouvés étalés sur les plages de la cité balnéaire, transformant ce lieu de détente en un véritable cimetière à ciel ouvert.
Les jours passent, mais le constat demeure inchangé. Chaque fin de semaine, les plages de Bassam, à l’instar de celles d’autres villes côtières, font le plein de visiteurs. Entre amis, collègues, élèves, étudiants ou familles, tous viennent profiter du soleil et de la mer. Ce qui devait être un moment de partage, de joie et de communion vire malheureusement, pour beaucoup, au drame. Nombreux sont ceux qui ne rentreront jamais chez eux, happés par les courants marins. Derrière chaque noyade, ce sont des familles brisées, des sorties de détente transformées en scènes de désolation.
« Quand la mer retient encore des corps, elle devient très dangereuse. Nous, les pêcheurs, on ne peut même pas sortir pour aller pêcher », ajoute-t-il.
Si certains corps sont identifiés et récupérés par leurs proches, d’autres restent plusieurs jours sans être reconnus ni réclamés, abandonnés sur le sable. Pour les riverains, cette situation est devenue un triste quotidien. Pêcheur de profession, M. S. Kouadio confie s’être résigné face à l’ampleur du phénomène. « Vraiment, c’est devenu une habitude ici. Venez les lundis, mardis ou mercredis le long de la plage, vous verrez forcément au moins deux corps sans vie étendus sur le sable. Ce qui est bizarre, c’est que la mer peut emporter quelqu’un à Bassam et rejeter son corps sur les plages de Port-Bouët, à Abidjan », explique-t-il. Ces drames n’impactent pas seulement les familles endeuillées.
Les activités de pêche en subissent également les conséquences. Selon le pêcheur, la mer reste agitée tant qu’elle n’a pas « restitué » les corps. « Quand la mer retient encore des corps, elle devient très dangereuse. Nous, les pêcheurs, on ne peut même pas sortir pour aller pêcher », ajoute-t-il. Du côté des secours, le constat est tout aussi alarmant. Landry, sauveteur secouriste sur les plages de Bassam, pointe du doigt des comportements à risque. « Beaucoup de personnes entrent dans la mer sous l’effet de l’alcool ou de stupéfiants. Parfois, la marée est haute et les courants sont très forts. On leur demande de sortir de l’eau, mais ils n’écoutent pas. C’est ainsi qu’on assiste à des noyades et à des disparitions en mer . D’ailleurs , même le samedi 03 janvier 2026 huit personnes sont restées dans la mer et restes sans nouvelles», déplore-t-il.
La consommation excessive d’alcool apparaît ainsi comme l’un des principaux facteurs de ces décès répétés. Dès lors, une question s’impose : comment sont réellement gérées nos plages ? Et surtout, quelles mesures urgentes pour prévenir ces pertes en vies humaines ? Pour l’heure, ces interrogations restent sans réponse concrète. À Grand-Bassam, se rendre à la plage tôt le matin après un week-end, c’est trop souvent s’exposer à une scène macabre, face à un ou plusieurs corps sans vie, dans un décor dramatique devenu tristement familier.



