À la suite de la panne d’éclairage qui a plongé l’aéroport international Félix‑Houphouët‑Boigny dans le noir, une confusion s’est installée sur les responsabilités réelles de chacun des acteurs en présence. Or, si AERIA, société concessionnaire de droit ivoirien, gère et exploite la plateforme aéroportuaire au titre d’un contrat de service public avec l’État, la maîtrise des systèmes de balisage lumineux et de navigation, ainsi que la sécurité de la circulation des aéronefs, relèvent directement de l’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA), organisme public international chargé de ces missions dans plusieurs États africains, dont la Côte d’Ivoire. Cette distinction est essentielle pour comprendre que l’incident met d’abord en cause la chaîne technique et la communication de l’ASECNA, qui facture les services de navigation et d’éclairage à chaque atterrissage, plutôt que la gestion quotidienne des terminaux et des infrastructures commerciales assurée par AERIA.
Un incident qui met en cause l’ASECNA
Dimanche 5 avril 2026, une panne d’électricité a brièvement affecté l’aéroport international Félix‑Houphouët‑Boigny d’Abidjan, perturbant le fonctionnement normal des installations dans l’un des principaux hubs aériens d’Afrique de l’Ouest. Au cœur de cet incident, un acteur clé reste jusqu’ici silencieux.
l’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA), responsable de la gestion des aides à la navigation et de l’éclairage des pistes dans l’espace aérien régional.
Créée en 1959 et basée à Dakar, l’ASECNA est un organisme public international qui assure la sécurité de la navigation aérienne dans 19 États membres (18 pays africains et la France), sur une superficie d’environ 16,1 millions de km² répartie en six régions d’information en vol. Elle est directement en charge, entre autres, des systèmes lumineux qui guident atterrissages et décollages dans les aéroports placés sous sa responsabilité, dont Abidjan.
L’aéroport international Félix Houphouët Boigny d’Abidjan, exploité par Egis, leader en matière de décarbonation en Afrique
Un gestionnaire d’aéroport injustement mis en cause
Dans le cas de l’incident survenu à l’aéroport FHB, tout indique que la panne ayant affecté l’éclairage de la piste relève de la chaîne technique placée sous la responsabilité opérationnelle de l’ASECNA. L’exploitant de l’aéroport, qui assure la gestion des terminaux, des services aux passagers et de nombreuses infrastructures au sol, n’est en revanche pas le maître d’œuvre des installations de navigation aérienne et des aides lumineuses qui garantissent la sécurité des mouvements d’avions.
En d’autres termes, si la fourniture d’électricité en amont dépend du réseau national, la continuité effective du service sur les systèmes critiques de guidage et d’éclairage relève des procédures, de la redondance et de la maintenance mises en place par l’ASECNA. Mettre en cause indistinctement « l’aéroport » entretient une confusion qui dilue les responsabilités et empêche d’interroger le bon acteur.
Une agence qui facture… mais ne parle pas
L’un des points qui choquent les professionnels comme les usagers est le contraste entre la capacité de l’ASECNA à facturer rigoureusement chaque atterrissage et chaque service de navigation, et son absence de communication publique après un incident touchant l’éclairage de piste. À chaque mouvement d’avion, des redevances sont perçues au titre de la navigation aérienne, dont une part est précisément justifiée par la disponibilité et la fiabilité des installations lumineuses.
Dans ces conditions, le silence de l’ASECNA après une panne d’une telle sensibilité interroge. Ni bulletin technique détaillé, ni communiqué circonstancié expliquant l’origine de l’incident, les dispositifs de secours, la durée exacte de la perturbation et les mesures correctives engagées n’ont été rendus publics à ce stade. Cette absence de transparence fragilise la confiance des compagnies, des équipages et des passagers dans un dispositif censé être régi par une culture de la sécurité et de la prévention des risques.
Un enjeu de sécurité et de gouvernance
L’éclairage de piste ne constitue pas un simple confort visuel, mais un élément central de la sécurité aérienne, notamment en phase d’atterrissage et de décollage de nuit ou par visibilité réduite. Qu’une panne survienne peut relever d’un aléa technique ; qu’elle ne soit pas accompagnée d’une communication claire, structurée et assumée par l’autorité responsable est, en revanche, un problème de gouvernance.
Dans un environnement où l’aéroport d’Abidjan aspire au statut de hub régional de référence, il est légitime d’exiger de l’ASECNA le même niveau d’explication et de reddition de comptes que celui attendu de toute autorité de l’aviation civile moderne. Cela implique non seulement de préciser le rôle réel de chaque acteur réseau électrique national, exploitant de l’aéroport, ASECNA mais aussi d’assumer publiquement, le cas échéant, les failles de sa propre chaîne de responsabilité.
Pour une clarification urgente des responsabilités
L’incident du 5 avril doit donc servir de déclencheur à une clarification nette des responsabilités entre les différents intervenants autour de l’aéroport FHB. L’exploitant de la plateforme ne peut être tenu pour responsable de défaillances sur des équipements dont la conception, la gestion et la surveillance relèvent d’une agence technique internationale dotée de moyens, d’un mandat précis et de ressources financières issues des redevances de navigation.
En refusant de se retrancher derrière le flou et en interpellant directement l’ASECNA sur son absence de communication, il devient possible de replacer le débat là où il doit être sur la sécurité des vols, la fiabilité des aides à la navigation et l’obligation de transparence qui incombe à toute structure qui encaisse, au nom de la sécurité, des redevances à chaque atterrissage.




