Présenté comme le « moteur du désenclavement du Grand Nord ivoirien », l’axe Odienné–Boundiali, long de plus de 130 kilomètres et bitumé entre 2016 et 2019, montre aujourd’hui de graves signes de dégradation.
Dans le district du Denguélé, chauffeurs, transporteurs et populations locales alertent les autorités sur l’état préoccupant de cette voie stratégique, moins de dix ans après sa réalisation, au moment où le trafic et les enjeux économiques s’intensifient.
Selon les experts, un bitume de qualité, correctement exécuté et entretenu, peut durer entre 20 et 30 ans, voire jusqu’à 50 ans. Pourtant, l’axe reliant Odienné à Boundiali se détériore à un rythme inquiétant. Selon le confrère AIP, cette situation suscite incompréhension et colère chez les usagers quotidiens de la route.
Une route stratégique en perte de vitesse
Sur le terrain, la réalité est sans appel. Entre nids-de-poule, crevasses profondes et affaissements localisés, la chaussée oblige les conducteurs à ralentir brutalement ou à effectuer des manœuvres risquées. Une situation d’autant plus préoccupante que cette route assure la liaison entre plusieurs pôles économiques du Nord et facilite le transport des personnes et des marchandises.
« La chaleur extrême combinée aux chocs répétés dans les trous use rapidement nos pneus. Les éclatements sont devenus fréquents », explique Hervé Kouadio
M. Bamba, chauffeur professionnel sur l’axe Odienné–Ouangolodougou via Boundiali, témoigne de la dégradation accélérée. « La route est aujourd’hui dans un état avancé de détérioration, comme si elle datait de plusieurs décennies. Même sans tout reprendre, certaines sections doivent être réhabilitées d’urgence pour notre sécurité », confie-t-il, visiblement inquiet.
Les travaux, réalisés par SOROUBAT CI sous la supervision du cabinet ACE Alpha Consulting Expertise, avaient pourtant duré près de trois ans. À l’époque, les populations espéraient une infrastructure durable et adaptée aux réalités climatiques de la région.
Sécurité menacée et appel aux autorités
Au-delà de l’inconfort, c’est la sécurité routière qui est directement en jeu. Les nombreux creux forcent les usagers à des écarts dangereux, augmentant les risques de collisions frontales et de sorties de route, notamment sur des tronçons étroits ou à visibilité réduite.
« La chaleur extrême combinée aux chocs répétés dans les trous use rapidement nos pneus. Les éclatements sont devenus fréquents », explique Hervé Kouadio, transporteur régulier sur la ligne. Une situation qui alourdit les charges des professionnels du transport et fragilise l’économie locale.
Selon des sources proches du dossier, la réception définitive des travaux n’aurait pas encore été effectuée, soulevant des interrogations sur la conformité de l’ouvrage et l’activation de la garantie décennale. Face à l’urgence, les populations du Denguélé interpellent l’AGEROUTE et les autorités compétentes, réclamant un audit technique indépendant et des réparations rapides, avant que les prochaines saisons pluvieuses ne rendent l’axe totalement impraticable.



