A 5 ans, elle était en classe de CP1 et vivait dans une maison familiale censée être un refuge naturel pour elle. Mais, c’est là, dans sa propre chambre, que son cauchemar a commencé. L’agresseur ? Un cousin germain, le neveu de son père, recueilli par ses parents dans l’espoir de le « redresser » va commettre à répétition l’irréparable.
Pendant 7 ans, jusqu’à ses 12 ans, l’enfant a subi des viols répétés, étouffée par les menaces et la terreur. Son témoignage, publié sur les réseaux sociaux, lève le voile sur un tabou africain qui continue de persécuter la jeune fille dans son enfance puis son adolescence. Les violences sexuelles commises au sein même de la famille élargie, sont protégées par l’omerta et trop souvent banalisées. (Témoignage glaçant d’un cas qui fâche et qui interpelle sur les violences continuellement faites aux femmes à travers le monde)
La peur comme seule complice
Les faits, racontés à la première personne par la victime aujourd’hui adulte, dessinent une emprise méthodique. Dès l’âge de 5 ans, les attouchements. À 6 ans, les choses s’aggravent. Le cousin, déjà adolescent ou jeune adulte, l’auteure précise qu’il avait la vingtaine même si l’administration scolaire le considérait encore comme mineur, s’introduisait discrètement dans sa chambre pendant sa sieste. Il lui fermait la bouche, abusait d’elle jusqu’à éjaculation, puis déposait sa semence sur sa cuisse avant de repartir. L’enfant apprit à redouter l’endormissement, la solitude dans la salle de bains, tout moment d’inattention des adultes. Pourquoi n’a-t-elle rien dit ? La réponse tient en deux mots : la peur. Son cousin la frappait constamment, l’insultait, la traitait de « moche ». Mais la menace la plus efficace visait son père.
« Si je parlais, il ferait du mal à mon père en envoyant ses amis l’attaquer sur le chemin du retour du travail », raconte-t-elle.
Et elle savait que son cousin exécutait toujours ses menaces, fréquentant des jeunes sans repères, fumeurs et drogués. Très attachée à son père, elle a choisi le silence. Elle n’a pas non plus alerté ses grands frères, par crainte qu’en tant qu’hommes, ils ne comprennent pas. Pendant toutes ces années, les viols étaient systématiquement accompagnés de coups et d’insultes. Un double péché. Parfois, le cousin se masturbait devant elle, l’obligeant à regarder jusqu’à éjaculation, puis lui imposait une fellation. « Malgré mes pleurs, il s’en foutait éperdument », écrit-elle.
L’école, autre théâtre du harcèlement
À l’entrée en sixième, la situation a empiré. Affectée dans le même collège que son agresseur, qui avait redoublé, elle le croisait quotidiennement. Il connaissait son emploi du temps et l’attendait après les cours dans un passage isolé, surgissant des touffes d’herbes pour la violer avant de repartir comme si de rien n’était. Mais l’école n’était pas seulement le lieu de ces agressions. C’était aussi celui du harcèlement scolaire. Des camarades de classe, nommément cités, la brutalisaient, tiraient sur sa chemise, la poussaient au sol et riaient à gorge déployée. Pour échapper à cette violence, elle préférait rentrer seule, attendant que l’école se vide. C’est précisément cette solitude que le cousin exploitait. Le calvaire a pris fin lorsque le cousin a échoué à passer en classe supérieure. Son père a décidé de le renvoyer au village. La jeune fille a alors connu un soulagement immense. Quelque temps plus tard, la famille apprenait son décès.
« Extérieurement, je faisais semblant de partager la tristesse générale. Mais au fond de moi, j’étais très heureuse. J’avais même prié pour cela et je trouvais que Dieu m’avait exaucée. »
Hélas, un autre garçon, neveu du frère adoptif de sa mère, également accueilli chez eux, lui a fait subir les mêmes viols pendant environ deux ans, jusqu’à son échec au BEPC. Elle avait 14 ans, lui était plus âgé. À 17 ans, un homme de 35 ans l’a encore violée dans des circonstances qu’elle dit trop traumatisantes pour être racontées immédiatement. Cherchant du réconfort, elle s’est tournée vers des pasteurs. La réponse de certains fut un nouveau coup de poignard : « C’est de ta faute, tu l’as cherché. » Heureusement, un pasteur, dont elle tait le nom, a pris le temps de l’écouter et l’a confiée à sa défunte épouse pour un suivi moral et psychologique. Ils ont même payé ses ordonnances et ses soins, car elle a traîné de grosses infections pendant trois ans.
Aujourd’hui encore, l’auteure porte des blessures profondes. « Je suis détruite de l’intérieur, même si cela ne se voit pas toujours », confie-t-elle.
Et elle dénonce, en conclusion, un commentaire lu la veille sous un article sur le viol, écrit par une mère de famille : « Si vous allez chez un homme célibataire, c’est que vous êtes prête pour un rapport sexuel ou que vous êtes sûres d’avoir des preuves de viol et le courage de porter plainte. » L’auteure, qui avait brièvement partagé son vécu en commentaire, s’est heurtée à une indifférence totale. « C’est quand même triste et dommage ! », s’exclame-t-elle. Elle rappelle que ces violences ne concernent pas que les femmes. Les hommes aussi en sont victimes. Et elle en appelle à la retenue, au silence lorsque les mots manquent de compassion. « Il fallait que ça sorte, je n’ai quasiment pas fermé les yeux cette nuit. » Son témoignage, douloureux et cru, est un rappel que derrière les statistiques et les tabous, il y a des vies brisées, des petites filles qui n’osent pas parler, et une société qui préfère souvent accuser la victime plutôt que de regarder la réalité en face.
Les données disponibles sur les violences sexuelles en Afrique subsaharienne sont inacceptables. Selon UNICEF, près de 79 millions de filles et de femmes auraient subi un viol ou une agression sexuelle avant l’âge de 18 ans. La situation varie fortement d’un pays à l’autre, avec des niveaux particulièrement élevés en Afrique du Sud, où viols et féminicides restent fréquents malgré la mise en place de centres d’accompagnement des victimes. Au Cameroun, environ une femme sur cinq est concernée, une tendance aggravée par les conflits internes. Dans certaines zones du Soudan, notamment au Darfour, les violences sexuelles sont utilisées comme moyen de pression dans les affrontements armés. La République centrafricaine n’est pas épargnée, avec des cas impliquant même des acteurs censés assurer la sécurité. Les mineurs figurent parmi les principales victimes, comme en Côte d’Ivoire. Les conséquences sanitaires restent lourdes, en raison de consultations tardives. Face à cette réalité, Union africaine a adopté en 2025 une convention visant à renforcer la lutte contre ces violences.
Trois ans après le début du conflit au Soudan, les violences sexuelles apparaissent comme une composante persistante de la guerre, touchant de manière disproportionnée les femmes et les filles. Dans une alerte récente, ONU Femmes fait état d’une aggravation continue de la situation, indiquant que le nombre de survivantes nécessitant une assistance a fortement progressé, avec un quasi-doublement en deux ans et une multiplication par quatre depuis le déclenchement du conflit. L’analyse repose sur les données recueillies auprès de 85 organisations féminines opérant sur le terrain, notamment dans les régions du Darfour et du Kordofan, où les affrontements restent intenses. Une large majorité des intervenantes humanitaires interrogées signalent une augmentation notable des violences sexuelles en 2025, suivie d’une nouvelle dégradation en 2026. Ces violences surviennent aussi bien dans les zones d’habitation que lors des déplacements, alors que les populations cherchent à accéder à des ressources de base.
Dans ce contexte, plus de 4,3 millions de femmes et de filles ont été déplacées, tandis que 17,1 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire.
L’accès aux services essentiels, tels que les soins médicaux, l’alimentation ou l’hébergement, demeure limité, en particulier dans les zones les plus exposées. Les restrictions d’accès et l’insécurité généralisée accentuent la vulnérabilité des populations. Les organisations dirigées par des femmes jouent un rôle central dans la réponse humanitaire. Elles assurent la distribution de nourriture, l’accompagnement psychosocial des survivantes et facilitent l’accès à l’aide dans des zones difficilement atteignables. Toutefois, ces structures font face à de nombreuses contraintes, notamment des difficultés de financement et des conditions de sécurité précaires. Une grande majorité d’entre elles signalent une baisse des ressources en 2025, tandis que leurs membres restent exposées à des menaces directes. Face à cette situation, ONU Femmes appelle à un renforcement des mesures de protection des civils, à une meilleure prise en charge des survivantes et à une implication accrue des femmes dans les processus de paix. L’organisation souligne également la nécessité d’assurer la responsabilité des auteurs de violences et de garantir un accès effectif à la justice.



