L’effervescence gagne le domaine des loisirs en Côte d’Ivoire. D’un côté, une offre qui se multiplie, portée par des entrepreneurs jeunes et inventifs avec des espaces de loisirs qui pilullent au jour le jour. De l’autre, une demande croissante de la part des familles, désireuses d’offrir à leurs enfants des vacances à la fois ludiques et porteuses de sens.
Cette vitalité apparente est en déphasage avec celle d’un secteur longtemps resté en marge des réglementations, où l’improvisation a parfois tenu lieu de méthode. Les incidents survenus par le passé, il est devenu urgent pour le ministère du Tourisme et des Loisirs (MinTour) de passer de l’enthousiasme brut à l’organisation réfléchie et légale du secteur. Le séminaire dédié à la réglementation des loisirs en Côte d’Ivoire a réuni des gestionnaires de centres aérés, de centres de vacances et de loisirs éducatifs, de colonies de vacances, ainsi que des responsables de parcs ou espaces de loisirs et d’attractions. Les propriétaires ou gérants d’établissements de loisirs avec ou sans hébergement ont également pris part aux travaux de clarifier le cadre juridique applicable à ces structures et d’harmoniser les pratiques sur l’ensemble du territoire national.
Un département qui dope les acteurs
C’est précisément pour répondre à cette exigence que la Direction des Parcs de Loisirs, d’Attractions et des Jeux Numériques (DPLAJEN) organise, les 17 et 18 avril 2026 à la Piscine d’État d’Abidjan, un séminaire de formation et de renforcement des capacités. Plus de 200 cents promoteurs, animateurs et organisateurs de loisirs y prennent part. La direction générale des Loisirs (DGL) veut offrir les outils nécessaires pour évoluer dans un environnement désormais balisé par des textes en vigueur. Pour la DGL, Isabelle Anoh, « Un secteur des loisirs performant ne peut se construire sans des acteurs formés, des structures organisées et un cadre réglementaire respecté. »
Des témoignages qui en disent long sur les attentes du terrain
Parmi les participants, Madina Diallo, fondatrice et conceptrice du programme éducatif Nexora Academy, s’impose comme une actrice engagée dans la structuration du secteur des camps de vacances en Côte d’Ivoire. Forte de plusieurs années d’expérience dans la conception et l’organisation de programmes éducatifs pour la jeunesse, elle développe des camps innovants à destination des enfants et adolescents, en collaboration avec des institutions telles que les forces armées, la gendarmerie et les eaux et forêts. À travers une approche intégrée alliant discipline, éducation civique, protection de l’environnement et initiation à la gestion financière, elle contribue à former une jeunesse responsable et consciente des enjeux de demain. Pour Madina Diallo, le potentiel du secteur est considérable : « Les besoins sont réels et en constante croissance. Il est essentiel de structurer l’offre afin de garantir qualité, sécurité et impact éducatif. » Sa participation à cet atelier traduit une volonté claire : renforcer ses connaissances des dispositifs institutionnels et s’inscrire pleinement dans le cadre réglementaire. « Anticiper, comprendre et maitriser les règles est indispensable pour bâtir des initiatives solides et durables », souligne-t-elle. Elle salue par ailleurs l’initiative du ministère du Tourisme, qu’elle considère comme une étape clé pour professionnaliser le secteur : « Ce type de cadre permet d’harmoniser les pratiques, de sécuriser les activités et de favoriser l’émergence d’acteurs sérieux et structurés. » Convaincue du rôle fondamental des environnements éducatifs de qualité, elle rappelle enfin que « les enfants ont besoin de cadres sains, structurés et inspirants pour grandir, s’épanouir et développer pleinement leur potentiel. »
Les enfants doivent être occupés dans un milieu propre et sain, pour ne pas dériver vers la drogue ou les mauvaises fréquentations
Celui de Marie-Christine, technicienne en tourisme hôtellerie qui observe le secteur depuis 2016. Elle n’a pas encore sauté le pas, mais elle prend des notes, se déplace, s’imprègne. Pour cette observatrice, « Les espaces touristiques s’accroissent, le nombre de visiteurs augmente, et les activités dédiées aux enfants se multiplient pendant les congés scolaires. » Sa crainte, partagée par beaucoup, est de se lancer sans filet. C’est pourquoi elle attend de ce séminaire les autorisations nécessaires pour démarrer concrètement ses ateliers de peinture, poterie et musique d’ici la fin de l’année 2026. « Les enfants doivent être occupés dans un milieu propre et sain, pour ne pas dériver vers la drogue ou les mauvaises fréquentations », explique-t-elle. Sarah Dakouri, pâtissière et restauratrice de son état, a choisi, elle, de diversifier ses activités vers les loisirs. Présente pour la quatrième fois à ce type de formation, elle connaît les exigences du métier : organisation de colonies en France, encadrement d’adolescents et de seniors, gestion d’un petit groupe de cinq employés. Son secret est d’ « Aimer les enfants, les considérer comme ses petits frères, ni comme un parent strict ni comme un copain trop laxiste. » Pour elle, la communication est devenue la clé d’un métier en pleine mutation. « Il faut bouger, aller à la rencontre des clients, soigner son visuel. On ne peut plus rester derrière son comptoir. »
Il faut aimer les enfants, les considérer comme ses petits frères, ni comme un parent strict ni comme un copain trop laxiste
L’État ivoirien pose les jalons d’une régulation exigeante
Derrière ces parcours individuels s’imprime une volonté collective portée par le ministère du Tourisme et des Loisirs. Keita Mamadou, directeur de la DPLAJEN, confirme l’ambition du ministre Siandou Fofana de faire du tourisme et des loisirs le troisième pilier de l’économie ivoirienne, avec une contribution au PIB visée de 2,5 %. Un objectif qui repose sur une dynamique double. D’une part, l’organisation de séjours de loisirs en Côte d’Ivoire pour développer le tourisme domestique ; et d’autre part, l’expansion à l’international, notamment en Afrique et en Europe. Pour accompagner ces mouvements, le ministère met à disposition des promoteurs des informations précises sur les réglementations des pays de destination, et insiste sur la nécessité de disposer d’équipes pédagogiques qualifiées. Sur le plan juridique, le cadre existe, mais il reste méconnu. M. Diané Abdoulaye, directeur des Affaires juridiques et du contentieux, a présenté les textes fondateurs : décret portant création de la Direction générale des loisirs, décret relatif à la réglementation des activités de loisirs, arrêté fixant les conditions d’obtention d’une autorisation, d’un agrément ou d’une licence. Une circulaire ministérielle impose en outre aux établissements d’hébergement de solliciter une autorisation spécifique pour toute activité de loisirs complémentaire. « De nombreux hôtels proposent des activités sans cette autorisation, se contentant de leur agrément d’ouverture. C’est une méconnaissance qu’il faut corriger », a-t-il souligné.
Une feuille de route pour faire des loisirs un secteur d’excellence
Isabelle Anoh a placé la professionnalisation au cœur de la stratégie « Sublime Côte d’Ivoire ». Selon elle, la réglementation est un levier pour protéger les usagers, valoriser les opérateurs sérieux et bâtir un écosystème de confiance. Dès le mois de mai 2026, une liste officielle des structures autorisées à organiser des colonies de vacances sera publiée. Les acteurs concernés sont invités à se rapprocher du ministère pour se mettre en conformité. Les défis, pourtant, ne manquent pas. La question des assurances (voyage et responsabilité), des moyens logistiques, du choix des sites à visiter ou encore du transport reste posée. Les directeurs régionaux du tourisme et les représentants à l’étranger ont été mobilisés pour accompagner les opérateurs sur ces points sensibles. Au terme de cette journée, un sentiment domine : les loisirs ivoiriens sont à un carrefour. La voie de l’amateurisme tend à se refermer, tandis que s’ouvre celle d’une industrie créative, porteuse d’emplois et de cohésion sociale. Comme l’a résumé Madina Diallo : « L’avenir se construit aujourd’hui avec ceux qui modèlent les enfants, car ce sont les grandes personnes de demain. » Dans le secteur des loisirs, la formation est la clé de tout et en Côte d’Ivoire, on commence à peine à tourner la serrure.



