À Yamoussoukro, la question de la qualité de l’eau potable prend une tournure de plus en plus préoccupante, sur fond de prolifération de l’orpaillage clandestin. La récente suspension des activités de l’usine de production d’eau de Zambakro illustre avec acuité les conséquences directes de ces pratiques illégales sur l’approvisionnement des populations.
En effet, une forte turbidité de l’eau brute, causée par les activités d’extraction aurifère en amont des cours d’eau, a contraint la SODECI à interrompre temporairement le traitement. Conformément à ses protocoles stricts, la société a privilégié la sécurité sanitaire en suspendant la production, dans l’attente de résultats d’analyses confirmant que les paramètres physico-chimiques sont de nouveau compatibles avec un traitement sans risque.
Des perturbations dans la distribution d’eau potable
Cette décision, bien que nécessaire, n’est pas sans conséquences pour les habitants des zones desservies par cette unité de production. Plusieurs quartiers et localités environnantes subissent déjà des perturbations dans la distribution d’eau potable, accentuant les difficultés quotidiennes des ménages et des activités économiques dépendantes de cette ressource essentielle.
Au-delà de cet incident ponctuel, la situation met en lumière un problème structurel plus vaste : la pression croissante exercée sur les ressources hydriques de la région. L’orpaillage clandestin, en plein essor dans certaines zones rurales, repose sur des méthodes particulièrement destructrices. Le remaniement intensif des sols, combiné à l’utilisation de substances chimiques souvent non contrôlées, entraîne une dégradation accélérée des cours d’eau.
Les eaux de ruissellement transportent d’importantes quantités de particules en suspension ainsi que des résidus polluants vers les points de captage
Avec l’installation progressive de la saison des pluies, les effets de ces pratiques s’intensifient. Les eaux de ruissellement transportent d’importantes quantités de particules en suspension ainsi que des résidus polluants vers les points de captage. Cette situation augmente considérablement la turbidité de l’eau brute et complique le processus de traitement, exigeant davantage de ressources techniques et financières pour garantir une qualité conforme aux normes sanitaires.
Face à cette crise, la SODECI se veut proactive. L’entreprise a mobilisé ses équipes techniques pour suivre de près l’évolution de la qualité de l’eau et rétablir la production dès que les conditions le permettront. Toutefois, cette réponse technique, bien qu’indispensable, reste insuffisante pour juguler durablement le problème.
Un enjeu environnemental et sécuritaire majeur
Car au cœur de cette problématique se trouve un enjeu environnemental et sécuritaire majeur. L’orpaillage clandestin, en plus de dégrader les écosystèmes aquatiques, fragilise l’ensemble du système d’approvisionnement en eau potable. Il expose les populations à des risques sanitaires accrus et met en péril la durabilité des ressources hydriques.
Dans ce contexte, une réponse globale s’impose. Elle nécessite une mobilisation conjointe des autorités publiques, des collectivités locales, des forces de sécurité et des communautés riveraines. Le renforcement de la lutte contre les activités illégales, la sensibilisation des populations et la mise en œuvre de politiques de gestion durable des ressources apparaissent comme des leviers essentiels.
L’incident de Zambakro sonne ainsi comme un signal d’alarme. Il rappelle l’urgence d’agir pour préserver la qualité de l’eau, ressource vitale, et garantir un accès durable à une eau potable sûre pour les populations de Yamoussoukro.



