Dans cet entretien, Léa Diaté, Coordonnatrice du Secrétariat technique du Contrat de Désendettement et de Développement (C2D), par ailleurs conseillère spéciale du Premier Ministre, dresse le bilan de 13 ans de mise en œuvre du C2D, salue ce mécanisme qui a contribué à améliorer la vie de plusieurs milliers d’Ivoiriens.
Qu’est-ce que le Contrat de Désendettement et de Développement (C2D) ?
Le Contrat de Désendettement et de Développement (C2D) s’inscrit dans le cadre des initiatives internationales d’allègement de la dette, consécutives à l’atteinte par la Côte d’Ivoire du point d’achèvement de l’initiative en faveur des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE), le 26 juin 2012.
À ce titre, une partie significative de la dette extérieure du pays a été annulée par les créanciers multilatéraux et bilatéraux. En complément de ces efforts, certains partenaires, notamment la France, ont consenti un allègement additionnel sur les créances non couvertes par ces dispositifs.
Dans ce contexte, la France a procédé à l’annulation de 600 milliards de FCFA de créances d’aide publique au développement, tout en transformant les 1 900 milliards de FCFA restants en ressources destinées au financement de projets de développement. Ce mécanisme de conversion constitue le C2D.
Ainsi, le C2D permet de mobiliser les ressources issues de l’allègement de la dette au profit de projets structurants, alignés sur les priorités du Plan National de Développement (PND) de la Côte d’Ivoire.
Les secteurs de concentration retenus pour le C2D portent sur neuf (9) axes prioritaires, répartis sur le territoire national, que sont: (i) l’Education, la Formation et l’Emploi, (ii) la Santé , (iii) l’Agriculture, le Développement rural et la Biodiversité, (iv) le Développement urbain, la Décentralisation, l’Eau et l’Assainissement, (v) les Infrastructures de transport (vi), la Justice, (vii) la Sécurité, (viii) la Gouvernance financière, (ix) les Industries culturelles et créatives, ainsi qu’un fonds pour les Etudes et le pilotage du Programme et des appuis budgétaires à l’Etat.
Quel bilan après treize années de mise en œuvre ?
Les premières opérations du C2D ont été engagées en 2011, dans un contexte de sortie de crise sociopolitique marquée par une dégradation significative des infrastructures et des services publics. Le dispositif a ainsi contribué de manière déterminante aux efforts de reconstruction de l’État, de consolidation de la paix et de restauration de l’État de droit.
Dans le secteur de l’Education, des investissements importants ont permis la construction de 116 écoles primaires et de 132 collèges de proximité, favorisant la scolarisation de plus de 70 000 enfants, notamment en milieu rural. L’Enseignement Technique et Supérieur a également bénéficié d’importants travaux de réhabilitation et de modernisation, en particulier à l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny.
En matière d’Infrastructures, plus de 1000 kilomètres de routes ont été réhabilités, accompagnés de la construction de plusieurs ouvrages d’art, contribuant au désenclavement de nombreuses localités.
Le secteur Agricole a bénéficié d’appuis significatifs en faveur de la sécurité alimentaire, à travers notamment la réhabilitation de barrages et le développement de périmètres agricoles.
Dans le domaine de la Justice, le C2D a permis le renforcement de l’accès des populations aux services judiciaires, avec la construction d’infrastructures et la mise en place de cliniques juridiques.
Par ailleurs, plus de 100 établissements sanitaires de premier niveau ont été réhabilités sur l’ensemble du territoire.
Globalement, le C2D a contribué à l’amélioration des conditions de vie des populations dans l’ensemble des secteurs socio-économiques, conformément aux priorités définies par le Gouvernement.
Quelles sont les orientations et les perspectives du troisième C2D (C2D3) signé en 2021 ?
Le C2D comprend trois phases successives. Le premier (2012-2015) et le deuxième (2014-2020) ont été entièrement exécutés. Le troisième, signé le 27 octobre 2021, vise à consolider les acquis et à élargir l’impact des interventions.
Le C2D3 met un accent particulier sur le développement du capital humain et l’employabilité des jeunes, avec un objectif de plus de 80 000 bénéficiaires. Il prévoit également le renforcement des capacités du système de santé, notamment à travers la construction d’un nouvel Institut National de Formation des Agents de Santé (INFAS).
Deux nouveaux axes stratégiques ont été introduits : la Gouvernance financière, visant à renforcer les recettes intérieures de l’État, et le développement des Industries Culturelles et Créatives.
Par ailleurs, une innovation majeure réside dans l’introduction du Financement budgétaire programmatique, permettant une exécution directe par les administrations nationales, conformément aux procédures nationales.
Quels sont de façon concrète les impacts du C2D ?
Les résultats du C2D se traduisent par des impacts concrets sur les populations. Les infrastructures éducatives de proximité ont contribué à l’augmentation du taux de scolarisation, notamment des jeunes filles, et à la réduction du décrochage scolaire.
Dans l’enseignement supérieur, l’amélioration des conditions de formation a favorisé de meilleures performances académiques, y compris dans les concours internationaux.
En matière d’accès à l’eau potable, environ 1,5 million de personnes ont bénéficié de nouvelles infrastructures, notamment grâce à la construction d’unités de production et de distribution d’eau.
Ces réalisations témoignent de la contribution significative du C2D à la transformation socio-économique du pays.
Comment est structurée la coordination du C2D ?
Le dispositif institutionnel du C2D repose sur trois organes principaux :
Le Comité d’Orientation et de Suivi, présidé par le Premier Ministre ;
Le Comité Technique Bilatéral, présidé par le Directeur de Cabinet du Premier Ministre et chargé de la mise en œuvre des orientations définies par le COS-C2D ;
Le Secrétariat Technique du C2D, organe permanent de coordination nationale.
Ce dernier assure la supervision opérationnelle, l’harmonisation des procédures, la centralisation et la consolidation des informations relatives au C2D, la gestion administrative, budgétaire et financière, le suivi-évaluation des projets, ainsi que la reddition des comptes. Il veille également à la cohérence globale du programme et à la communication institutionnelle.
Le partenaire français est représenté dans le dispositif par l’Agence Française de Développement, opérateur d’appui technique de mise en œuvre du C2D pour le compte de l’Etat français.
Les Maîtres d’ouvrage (Ministères techniques, Ministères transversaux, Etablissements publics ou Sociétés d’Etat) sont chargés de la bonne exécution des projets et programmes sur le terrain, par le biais des Unités de Coordination de Projets (UCP) et des Cellules de Suivi de Projets (CSP) du C2D.
Votre mot de fin
Le C2D constitue un instrument majeur de la coopération entre la Côte d’Ivoire et la France, ayant permis d’accélérer la mise en œuvre du Plan National de Développement.
Au regard des acquis enregistrés, les enjeux futurs portent sur la pérennisation des infrastructures réalisées, la durabilité des actions engagées et la capitalisation des résultats obtenus.
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Avec un volume global de 1902 milliards de FCFA mobilisés, le C2D a eu un impact significatif sur les conditions de vie des populations et a contribué de manière substantielle à la transformation économique et sociale de la Côte d’Ivoire.
Enfin, il convient de souligner que la mise en œuvre du C2D a bénéficié d’un engagement constant au plus haut niveau des autorités ivoiriennes et françaises, garantissant ainsi l’efficacité et la cohérence de ce mécanisme de coopération.



