Présent au Salon international du livre d’Abidjan (SILA 2026°, le chirurgien-écrivain ivoirien Jérémie Chifolo Yéo propose un nouveau modèle de gouvernance fondé sur une « présidence tournante » régionale pour assurer la paix définitive en Côte d’Ivoire.
Marqué par les horreurs de la guerre qu’il a vécue, au front, en tant que chirurgien humanitaire, Chifolo Yéo propose un modèle politique inspiré du système suisse, en attribuant le pouvoir par cycle de quatre ans aux différentes régions du pays.
Le chirurgien-écrivain Jérémie Chifolo Yéo propose une « présidence tournante » pour la Côte d’Ivoire Présent au Salon international du livre d’Abidjan (SILA) 2026, le Dr Jérémie Chifolo Yéo n’est pas venu présenter que des récits de médecine.
Chirurgien, urgentiste et spécialiste en santé publique, Jérémie Chifolo Yéo est devenu écrivain « par accident ». C’est le choc des crises ivoiriennes qui a poussé cet homme de l’art à prendre la plume pour témoigner.
De l’hôpital de Ferkessédougou (Nord ivoirien) en 2002, déserté par le personnel expatrié, aux zones de conflit d’Abobo et de Duékoué en 2011, il a soigné là où l’État et les rebelles avaient échoué à fournir des soins.
A travers ses trois ouvrages, « Médecin chez les rebelles ivoiriens », « Les quatre murs de l’hôpital » et « Le commando invisible et les atrocités de Duékoué », Chifolo Yéo retrace 25 ans de carrière passés au chevet d’une population meurtrie.
« J’ai vu des horreurs. Il s’est imposé à moi un devoir de vérité pour les générations futures », confie-t-il. Pour lui, la Côte d’Ivoire vit une « crise larvée » dont elle peine à sortir à cause des appétits de pouvoir des différentes « communautés ».
Partant du constat que chaque groupe accédant au pouvoir tente de s’y éterniser, l’écrivain-médecin propose un remède radical : la présidence tournante régionale. S’inspirant du modèle de gouvernance helvétique, il suggère que le quinquennat soit ramené à un mandat de quatre ans.
Le pouvoir circulerait successivement entre les grandes régions du pays (Nord, Centre, Est, Ouest et Sud).
« Chaque région choisit son candidat selon sa culture. Après quatre ans, on passe à la région suivante par tirage au sort pour définir l’ordre initial », explique-t-il.
Pour Jérémie Chifolo Yéo, ce schéma permettrait de briser le cycle des violences politico-militaires en assurant à chaque Ivoirien, quelle que soit son origine, que son tour viendra. En réduisant la durée du mandat et en garantissant l’alternance géographique, il espère voir s’installer un climat de sérénité durable.
Dans les allées des stands du Parc des expositions d’Abidjan, cette proposition atypique d’un homme qui a recousu les plaies de la guerre ne laisse personne indifférent. Reste à savoir si les acteurs politiques sauront prêter l’oreille au diagnostic de ce « médecin de la nation ».



