Le Partenariat multi-acteurs de l’aquaculture en Côte d’Ivoire (PM2ACI) a officiellement lancé, ce mercredi 29 avril 2026, à Yamoussoukro, une plateforme numérique commerciale dédiée à la filière tilapia. Un outil stratégique pour moderniser le secteur et réduire la dépendance du pays aux importations.
La capitale politique ivoirienne a accueilli les Journées promotionnelles de la pisciculture, marquées par une innovation majeure : la création d’une « Marketplace », conçue par le PM2ACI, en collaboration avec le ministère ivoirien des Ressources animales et halieutiques.
Cette nouvelle plateforme numérique vise à structurer un marché encore largement informel. Celle-ci ne se contente pas de mettre en relation acheteurs et vendeurs, elle permet également de recruter du personnel et de proposer des services spécialisés.
Pour Augustin Millan, président du PM2ACI, l’enjeu est de taille : « L’élevage du tilapia représente une opportunité stratégique pour bâtir une filière forte, compétitive et durable, capable de créer des emplois pour les jeunes et les femmes. »
L’initiative a reçu les félicitations de la FAO, via son programme FISH4ACP. Foungnigué Djiré, administratrice nationale du programme FISH4ACP, a souligné que cet outil facilitera concrètement le commerce des produits aquacoles, une avancée saluée par les producteurs sur le terrain.
À Guiglo (Ouest) comme à Ferkessédougou (Nord), les acteurs voient en cette plateforme numérique une solution aux difficultés d’écoulement et un moyen de partager les coûts, notamment celui de l’aliment, principal défi de la rentabilité.
L’urgence de cette transformation est dictée par les chiffres. Selon le Dr Kaba Ibrahim, conseiller technique au ministère des Ressources animales et halieutiques, la Côte d’Ivoire ne produit que 12 % de ses besoins annuels en poisson, estimés à 736 000 tonnes.
Ce déficit abyssal en ressources halieutiques oblige l’Etat de Côte d’Ivoire à importer 646 000 tonnes de poissons, entraînant une fuite de devises de 520 milliards de FCFA chaque année, selon des données officielles.
Face à ce constat, l’État ivoirien affiche des ambitions claires sous l’impulsion du programme FISH4ACP, financé par l’Union européenne et le BMZ allemand : atteindre une production de 150 000 tonnes de poissons d’ici 2030 et viser la souveraineté alimentaire totale à l’horizon 2031.
En connectant producteurs, fournisseurs et institutions, la « Marketplace » s’impose comme le bras technologique de cette politique de reconquête du marché national. Les acteurs de la filière sont accompagnés par la FAO dans l’exécution de cette initiative.
Présentée lors de l’ouverture des Journées promotionnelles, elle permet aux acteurs de la filière aquacole du tilapia d’acheter, de vendre, de recruter et de proposer des services. Ses objectifs : structurer la filière en organisant et formalisant les échanges commerciaux, ensuite de connecter l’écosystème en reliant producteurs, fournisseurs, acheteurs et institutions.
Elle a également pour objectif d’accélérer la transformation digitale des pratiques commerciales et de contribuer à l’autosuffisance alimentaire, tout en contribuant au renforcement de la sécurité alimentaire nationale.
Plusieurs participants se sont félicités de cette initiative. « Mon père est pisciculteur à Guiglo avec 12 étangs. Il fait face au coût élevé des aliments et à des difficultés d’écoulement. Grâce aux informations reçues, notamment sur la plateforme numérique, nous pourrons mieux orienter son activité. » a témoigné Gisèle Glodé Grâce.
Ouattara Kaweli, pisciculteur et maire de Ferkessédougou pour sa part s’est voulu précis. « Il est important pour nous de nous retrouver entre pisciculteurs, de partager nos difficultés et de trouver des solutions ensemble. Le coût des aliments reste le principal défi, mais la pisciculture demeure rentable si elle est pratiquée avec sérieux. »
FISH4ACP est une initiative portée par l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP), financée par l’Union européenne (UE) et le ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement (BMZ).
Mis en œuvre par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ce programme contribue à stimuler la production de poissons et à atteindre l’objectif du gouvernement ivoirien : la souveraineté alimentaire d’ici 2031.



