07252021Headline:

Retour sur la vie de Simone Ehivet une femme dont le parcours inspire respect

Retour sur la vie d’une femme hors du commun dont le parcours inspire le respect. Car il y a plus que du Winnie Mandela, dans l’itinéraire obstinément militant de cette fille de gendarme, née le 20 juin 1949. Elle est la deuxième fille d’une famille multi recomposée de dix-huit enfants, très tôt tutrice de ses cadets et très tôt politisée, au sein de la Jeunesse estudiantine catholique tout d’abord, puis dans le cadre des mouvements en faveur de l’ivoirisation des programmes d’enseignement.
À 17 ans, élève au lycée classique d’Abid­jan, Simone mène sa première grève et subit sa première interpellation policière. Elle ne s’arrêtera plus.
Étudiante en fac de lettres modernes, (elle ira jusqu’au doctorat de 3ème cycle, empochant au passage une licence de linguistique africaine), celle qui se choisira bientôt le pseudonyme de Dominique est recrutée en 1972 par l’enseignant marxiste Zadi Zaourou, au sein de la cellule Lumumba, groupe d’études révolutionnaires clandestin.
Entre deux tractages de La Feuille du militant, Simone Ehivet fait la connaissance, chez Zaourou, d’un certain Laurent Gbagbo, alias Petit Frère, alias Santia.
Au sein de cette organisation qui n’a pas encore de nom, Gbagbo est déjà un mythe. Entre eux, ce n’est pas le coup de foudre mais la camaraderie. Ils ne vivront ensemble que plus tard.
Début 1982, le noyau de ce qui allait constituer le Front populaire ivoirien (FPI) est formé : outre Gbagbo, y figurent notamment Aboudramane Sangaré, Émile Boga Doudou, Pascal Kokora, Pierre Kipré et bien sûr Simone Ehivet, qui ne manque aucune réunion. Mais la police d’Houphouët, aux aguets, traque ce petit monde subversif. La même année, Laurent Gbagbo quitte clandestinement la Côte d’Ivoire pour la France, via le Burkina. Son exil durera près de six ans…
Simone est seule, avec sur les bras les jumelles du jeune couple, âgées d’à peine 8 mois. Elle est surveillée, harcelée par la police, qui veut savoir où et comment s’est enfui le père de ses enfants, puis l’étau se desserre autour de la maison du quartier de la Riviera. Avec Aboudramane Sangaré, elle maintient en vie ce qui reste du noyau militant, mais ce sont des années de galère, souvent de précarité, avec la triple casquette d’épouse et mère de famille, cheffe intérimaire du FPI clandestin, cheffe intérimaire du SYNARES.
Car, c’est qu’entre temps il y a eu la grève des enseignants du supérieur en 1982. Et le SYNARES, leur syndicat accusé par Houphouët Boigny et le PDCI-RDA d’avoir ourdi un «complot des enseignants Bête contre le régime», est abandonné par Pierre Kipré , son Secrétaire général. Simone Ehivet Gbagbo est choisie par ses camarades du SYNARES pour diriger le syndicat assurant ainsi l’intérim du défaillant SG.
Laurent Gbagbo rentre d’exil en septembre 1988 et Simone Ehivet est évidemment partie prenante du congrès constitutif du FPI, qui se tient en novembre dans la discrète villa d’un sympathisant, au coeur de la palmeraie de Dabou. Jusqu’à l’instauration du multipartisme, en avril 1990, tous deux sont régulièrement interpellés par la Direction de la surveillance du territoire (DST).
Le 19 janvier 1989, Laurent Gbagbo épouse Simone Ehivet dans une salle de la mairie de Cocody. Elle est rayonnante : c’est le plus beau jour de sa vie.
Mais, la vie continue d’être dure, sur fond d’affrontements de rue entre un FPI légalisé mais de plus en plus pugnace et l’appareil répressif de l’Houphouëtisme incarné par le Premier ministre, Alassane Ouattara, et le chef de l’armée, le général Robert Gueï.
Arrêtée une première fois fin 1990 puis rapidement relâchée, Simone Gbagbo est de nouveau en tête de manifestation le 18 février 1992, aux côtés de Laurent Gbagbo et des principaux dirigeants du parti, pour protester contre le « nettoyage » musclé de la résidence universitaire de Yopougon. Très vite, la marche dégénère. Séparée de son mari, Simone se réfugie dans un immeuble de bureaux où des gendarmes la débusquent. Emmenée au camp Gallieni, elle est rouée de coups par les gradés, puis livrée aux soldats qui hurlent : « C’est de la viande ! Tuez-la ! » , « J’ai été avilie », dira-t-elle plus tard. Simone est transportée inanimée au CHU de Yopougon où elle restera dix-huit jours avant d’être transférée directement à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). Gbagbo est détenu avec les hommes, elle est au quartier Kremlin réservé aux femmes. Ils y demeureront près de six mois, le temps d’être jugés pour tentative de subversion, condamnés puis graciés par Houphouët…
Élue députée d’Abobo en 1995 dans des circonstances houleuses, après que son QG de campagne a été, en sa présence, copieusement arrosé de gaz lacrymogène par la police, puis vice-présidente de l’Assemblée, Simone Gbagbo est seule chez elle quand survient le coup d’État du général Gueï, le 24 décembre 1999.
Elle aura porté jusqu’à l’accession à la magistrature suprême de Laurent Gbagbo en 2000 le combat pour la justice sociale, l’égalité et la démocratie.
On reconnaît sur la photo feu Aboudramane Sangaré aux côtés de Simone Gbagbo.

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