04252026Headline:

Sécurité routière : en Côte d’Ivoire, la mauvaise vision des conducteurs, un risque encore sous-estimé

À Abidjan, Lapaire et l’Association des patrons d’entreprise de transport terrestre de Côte d’Ivoire (APETT-CI) sensibilisent chauffeurs et transporteurs sur l’importance de la santé oculaire, un facteur souvent négligé malgré son rôle crucial dans la prévention des accidents routiers.

Alors que la vitesse, l’alcool ou l’usage du téléphone au volant occupent régulièrement le débat public, un facteur reste largement négligé dans la prévention des accidents : la vue des conducteurs. À Abidjan, une séance de sensibilisation organisée le jeudi 13 novembre 2025 par l’Association des patrons d’entreprise de transport terrestre de Côte d’Ivoire (APETT-CI), en partenariat avec Lapaire, a mis en lumière un enjeu sanitaire souvent ignoré, mais pourtant déterminant pour la sécurité routière.

Réunis au siège de l’APETT-CI au Dokui, un quartier d’Abobo, commune au nord de la capitale économique, une trentaine de conducteurs professionnels ont bénéficié d’un dépistage visuel et d’une formation sur l’importance de la santé oculaire dans la conduite. Une initiative que les organisateurs justifient par la nécessité d’aborder un aspect sous-estimé des risques routiers.

90 % des décisions de conduite reposent sur la vision
« Il faut savoir qu’au niveau des accidents, il n’y a pas que l’alcoolisme ou la vitesse. La majorité des causes, ce sont aussi des problèmes visuels qui ne sont pas détectés », explique Lynda Yao, opticienne chez Lapaire et animatrice de la session.

Selon la représentante de cette entreprise de lunetterie, créée en 2018 face au manque d’accès aux soins oculaires en Afrique, une mauvaise vision peut compromettre la capacité d’un chauffeur à identifier un obstacle, à réagir rapidement ou même à lire les panneaux de signalisation.

« Une mauvaise vue peut empêcher le conducteur de voir l’obstacle, de vite réagir, de freiner ou de dévier. Certains sont même parfois éblouis par les phares d’autres véhicules. Nous avons voulu lancer un appel sur l’importance de la santé visuelle, parce que 90 % des décisions et des actions au volant dépendent de la vue. Une bonne vue est alors cruciale », insiste-t-elle.

Un enjeu de santé publique encore sous-estimé
En Côte d’Ivoire, les problèmes de vue les plus courants sont la cataracte, le glaucome et les erreurs de réfraction. La cataracte constitue la principale cause de cécité, tandis que le glaucome représente un problème majeur de santé publique, souvent asymptomatique à ses débuts. D’autres affections, telles que la rétinopathie diabétique, le rétinoblastome chez l’enfant ou encore certaines infections oculaires, touchent également de nombreux patients.

Malgré l’existence de programmes dédiés – dépistage, opérations de la cataracte, distribution de lunettes –, l’offre de soins demeure insuffisante, en particulier dans les zones à forte activité de transport où les conducteurs sont très exposés.

Selon les estimations nationales, la prévalence de la cécité est d’environ 1,5 %, tandis que celle de la cataracte atteint 0,8 %, soit près de 160 000 cas. Les troubles visuels touchent de manière disproportionnée les personnes âgées : la déficience visuelle concerne environ 20 % des individus âgés de 85 à 89 ans et jusqu’à 38 % après 90 ans. L’accès aux soins, le dépistage et la connaissance des maladies oculaires demeurent des défis majeurs, en particulier dans les zones rurales et au sein des professions à risque comme le transport.

Pour les responsables du secteur, la nécessité d’agir ne fait aucun doute. Camara Ladji, président de l’APETT-CI, rappelle l’importance de cet engagement : « Le troisième dimanche de novembre, chaque année, a lieu la Journée mondiale du souvenir des victimes des accidents de la route. C’est dans ce cadre que, comme acteurs du transport, nous avons jugé utile de faire venir les collaborateurs, les machinistes, pour qu’ils soient sensibilisés aux causes des accidents et qu’ils suivent les conseils des spécialistes. »

Pour lui, la vision reste l’outil principal du conducteur. « Pour le chauffeur, les yeux sont l’essence même de sa vie professionnelle. Conduire, c’est voir. Et il s’agit non seulement de sa propre vie, mais de celle de ceux qui sont dans le véhicule », souligne-t-il.

Il reconnaît toutefois que peu de données existent concernant l’état visuel réel des conducteurs : « Nous n’avons pas de statistiques, donc on ne peut pas raisonnablement le dire. Mais un chauffeur qui va et qui vient chaque jour, je suppose qu’il arrive à voir. Il y a un niveau de vision en dessous duquel vous ne pouvez pas respecter les consignes. »

Un appel à un dépistage plus systématique
La séance, organisée autour d’échanges pratiques, visait également à encourager les chauffeurs à consulter régulièrement. Plusieurs d’entre eux disent ne jamais avoir effectué de test visuel depuis leur entrée dans la profession.

Lapaire souhaite renforcer ces actions dans d’autres gares routières et auprès de nouvelles coopératives. « Nous voulons que chaque conducteur comprenne que protéger sa vue, c’est protéger des vies », précise Lynda Yao.

Du côté de l’APETT-CI, l’organisation annonce poursuivre la collaboration avec d’autres partenaires pour élargir les campagnes de prévention à d’autres thématiques essentielles pour les professionnels du transport.

What Next?

Recent Articles