Le numérique s’impose comme moteur structurant de l’intégration africaine, au cœur des échanges du GITEX Africa Morocco 2026, où responsables institutionnels et décideurs ont détaillé les leviers déjà engagés et les perspectives économiques associées.
La prise de parole de Wamkele Mene, secrétaire général de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), à la 4e édition du GITEX Africa Marocco, a posé d’emblée les fondations d’un marché en structuration.
«La ZLECAf établit un marché de 1,4 milliard de personnes avec un PIB combiné de 3 400 milliards de dollars», a-t-il rappelé, soulignant l’ancrage désormais opérationnel du digital dans l’intégration économique du continent.
Cette dynamique s’appuie sur l’adoption, en février 2025 par l’Union africaine, du protocole sur le commerce numérique, présenté comme «le premier du genre au monde», destiné à harmoniser les cadres réglementaires et fluidifier les échanges.
Le prolongement de cette architecture passe par des instruments concrets. Interopérabilité des paiements, infrastructures numériques publiques et implication du secteur privé constituent les principaux leviers évoqués pour réduire la fragmentation des marchés africains. À travers ces mécanismes, la ZLECAf cherche à transformer un potentiel théorique en flux économiques mesurables, en facilitant notamment les transactions transfrontalières et l’intégration des services numériques.
L’analyse économique avancée par Wamkele Mene s’appuie également sur des projections structurantes. Citant la Société financière internationale (IFC), il indique que «l’économie numérique africaine pourrait atteindre 721 milliards de dollars à l’horizon 2050». Cette trajectoire repose sur des dynamiques déjà observées, notamment l’essor de la fintech et l’augmentation de la connectivité mobile.
Le déficit en infrastructures reste toutefois significatif: l’Afrique représente «moins de 2% de la capacité mondiale de data centers», avec un besoin estimé à plus de «700 data centers» d’ici 2035 pour soutenir la croissance des usages.
Ce cadre continental trouve un point d’application tangible au Maroc, mis en avant comme plateforme régionale. Wamkele Mene a salué les avancées du Royaume en matière de digitalisation et de création d’emplois, en particulier pour les jeunes, estimant que ces progrès contribuent à concrétiser les objectifs de la ZLECAf. Le GITEX apparaît ainsi comme un espace de convergence entre politiques nationales et ambitions africaines, où les solutions numériques passent à une phase de déploiement.
En écho, l’ambassadeur du Cameroun au Maroc, Mouhamadou Youssifou, a introduit une dimension stratégique supplémentaire en insistant sur la souveraineté numérique.
«La souveraineté numérique n’est plus une option», a-t-il affirmé, en s’appuyant sur des indicateurs tels que les «plus de 500 millions de comptes actifs de mobile money» et un taux de pénétration des smartphones estimé à 60%. Ces données traduisent une adoption rapide des technologies numériques sur le continent.
La projection avancée par les institutions financières renforce cette lecture. L’économie numérique africaine pourrait atteindre «2 900 milliards de dollars à l’horizon 2030», tandis que l’intelligence artificielle pourrait générer «1 000 milliards de dollars de PIB supplémentaires d’ici 2035», selon la Banque africaine de développement. Ces perspectives prolongent l’analyse portée par la ZLECAf, tout en soulignant l’importance de la gouvernance des données et de l’encadrement des usages.
La convergence des interventions met ainsi en évidence une trajectoire structurée: celle d’un marché numérique continental encadré par des règles communes, soutenu par des investissements massifs et porté par des pôles d’exécution régionaux. Le numérique africain s’inscrit désormais dans une logique de transformation concrète, appuyée sur des indicateurs et des instruments déjà en place.



