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l’immigration clandestine sur des navires de fortune: La côte d’Ivoire fait bel et bien partie

immigrant bateau

L’immigration clandestine gagne de plus en plus de l’ampleur ces derniers temps. Et la Côte d’Ivoire n’est pas en reste de ce fléau. De Daloa à Abidjan, en passant par San-Pedro, il se trouve des foyers de clandestins partout, tel que nous explique dans cette interview, Koné Wossama Marc, Président fondateur de l’ONG Sos Immigration Clandestine.

Quand on parle d’immigration clandestine, à quoi se réfère-t-on exactement ?

D’abord il faut noter que l’immigration clandestine, comme vous l’entendez, est une immigration qui se fait dans l’illégalité et dans la stricte violation des lois d’immigration des pays d’accueil. Il faut noter que l’immigration clandestine, c’est le fait pour des personnes d’entrer dans un pays qui leur est étranger en ne possédant pas des documents dument remplis sinon dument délivrés par les autorités compétentes des pays d’accueil. Voilà brièvement une définition de l’immigration clandestine.

Avez-vous connaissance de foyers d’immigration clandestine en Côte d’Ivoire ?

Parler de foyers d’immigration clandestine en Côte d’Ivoire est très complexe. Je dirai plutôt que sur toute l’étendue du territoire, les jeunes gens ont fait de l’immigration clandestine un slogan aujourd’hui. Nous avons eu écho de la région de Daloa mais il faut dire que si Daloa a été mise en évidence, c’est parce que c’est une petite localité. Sinon je puis vous dire également que dans toutes les communes d’Abidjan, il y a des jeunes qui sont exposés à ces dangers. Et qui mènent toutes les actions qu’ils peuvent pour se rendre soit en Lybie soit au Maroc. Si nous devons travailler de sorte que les jeunes puissent comprendre, c’est de faire une sensibilisation de masse sur toute l’étendue du territoire.

Qu’est-ce qui, à votre avis, pousse les jeunes à s’adonner à cette pratique ?

Pour les jeunes que nous avions eu à interroger, il ressort beaucoup la précarité des conditions de vie, du manque d’emploi, le chômage grandissant, la pauvreté qui gagne du terrain, etc. mais nous pensons que toutes ces raisons ne sont pas aussi valables pour permettre à quelqu’un d’aller tenter la mort en plein océan ou pendant la traversée d’un désert dont on ignore les dangers. Personnellement je ne pense pas que cela soit dû au désespoir. Durant notre combat contre ce phénomène, nous avons rencontré un groupe de migrants clandestins qui nous ont donné des raisons qui ne sont pas liées forcement au problème du chômage ou au manque d’emploi. Nous avons rencontré des jeunes qui, bien qu’ayant des activités génératrices de revenus ; un jeune homme qui tenait un magasin et qui avait à son actif un véhicule personnel, mais qui a tout vendu pour aller mourir à Lampedusa au cours d’un naufrage. Et il a été difficile de faire l’annonce de sa mort à son épouse qui attendait de lui un enfant. Pour le cas de la Côte d’Ivoire, il faut dire que c’est une question de mentalité. Il faudrait que les mentalités changent. Il faudrait qu’on en arrive à transmettre le message à la jeunesse. Comme la jeunesse l’a toujours dit, l’eldorado, c’est de l’autre côté de la mer. Nous disons que ce n’est pas la réalité. Parce que vous avez des gens qui se retrouvent aux Etats-Unis ou en France et qui souffrent. Il y a le concept de ‘’Binguiste’’. Les jeunes gens veulent se faire appeler ‘’Binguistes’’. Parce que tout simplement ceux qui arrivent de l’autre côté leur cachent certaines réalités. Et c’est ce qui pousse tant cette jeunesse à aller se donner la mort. L’Europe est tout aussi difficile que l’Afrique. Autant nous rencontrons le chômage en Afrique autant nous rencontrons le chômage en Europe. Autant nous rencontrons la mendicité en Afrique, autant nous rencontrons aussi des mendiants en Europe. L’Europe tant annoncée comme l’eldorado n’est pas toujours vérifié. Parce que toutes les souffrances que nous vivons ici se trouvent également de l’autre côté.

Quels sont les différents niveaux de responsabilité, selon vous ?

Je puis vous dire que lorsque nous animons nos campagnes de sensibilisation, nous invitons toutes les populations sans distinction aucune. Vous avez les parents qui sont souvent responsables. Vous avez également la responsabilité de la jeunesse. Quand on parle de chômage ou d’emploi, on indexe toute de suite les autorités. Mais il faut dire qu’une lourde responsabilité incombe aux parents qui poussent parfois leurs enfants à aller se donner la mort. J’ai encore en mémoire l’intervention d’une mère résidant à Daloa qui a confié à un journaliste au cours d’un reportage. Elle a envoyé un enfant en Lybie qui est mort au cours de la traversée, noyé dans la mer. Elle a eu à dire que si elle avait encore de l’argent, elle allait faire suivre un autre enfant. Pensez-vous que cette mère est consciente ? Est-ce que la pauvreté peut nous pousser à envoyer nos enfants à l’abattoir ? Nous disons non ! Cette femme ignore les dangers de la migration clandestine et elle ne sait pas les conditions dans lesquelles son fils est décédé. Si elle savait les conditions dans lesquelles son enfant est resté aux larges des côtes, elle ne serait pas prête à envoyer un autre enfant. C’est pour dire qu’il y a la responsabilité des parents et celle de la jeunesse. Et pour nous, organisation non gouvernementale, notre rôle, c’est d’aller chercher l’information là où elle se trouve et de la porter aux populations. C’est vrai qu’il y a la précarité des conditions de vie et le chômage qui est grandissant mais est-ce là des raisons suffisantes pour aller nous faire tuer en pleine mer ? Nous disons non ! Sur 10 embarcations qui doivent traverser l’océan, vous avez parfois une seule embarcation qui arrive à bon port.

En tant qu’ONG opérant dans le domaine de l’immigration, en quoi consiste véritablement votre mission sur le terrain ?

Merci ! Il faut dire d’abord que l’ONG ‘’Sos Immigration clandestine’’ a été créée en 2007. Et depuis cette date, nous avons tiré la sonnette d’alarme pour dire que ce fléau tant annoncé dans les pays de la sous région, touche également la Côte d’Ivoire. Nous n’avions pas été écoutés par certaines institutions et autorités. Mais aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est au cœur de l’immigration clandestine. L’ONG Sos Immigration Clandestine a un but bien précis. Lutter contre toutes formes d’immigration illégale. Pour mener à bien son combat, l’ONG a mis à son actif des missions de proximité. La première mission de l’ONG c’est de sensibiliser les populations sans distinction aucune. Deuxièmement c’est de promouvoir les droits et devoirs des jeunes quelque soit leur sexe et leur nationalité. Ensuite c’est de promouvoir la réalisation de dispositifs d’aide aux jeunes déscolarisés ; de mettre en œuvre toute action d’éducation, de formation et d’insertion des jeunes au sein du tissu social économique. C’est dire que juste après la sensibilisation, il y a aussi la formation, l’insertion au sein du tissu social et économique. Depuis notre création nôtre rôle principal, c’est d’aller chercher l’information et la mettre à nu pour mieux sensibiliser les populations sur les dangers auxquels elles s’exposent lorsqu’elles choisissent de s’adonner à une immigration clandestine, de façon illégale, dans la pure violation des lois d’immigration des pays d’accueil. Donc, dans un premier temps, sensibiliser ; mettre en évidence les dangers réels ; les atrocités que subissent ces jeunes gens pendant la traversée de l’océan et du désert, et même des forêts. Puisque souvent ces enfants sont refoulés en pleine forêt où ils vivent certaines atrocités. Nous mettons à la disposition des populations certains films réels qui ne sont pas montés par les organisations non gouvernementales qui sont passés souvent sur nos chaines de télé mais sur une courte durée. En tant qu’organisation non gouvernementale, c’est de notre devoir de présenter ces films là au cours d’une heure ou une heure trente pour sensibiliser les populations pour qu’elles sachent réellement ce que s’est que la migration clandestine. Et notre combat a eu des fruits. Parce que toutes les fois où nous avons eu ces campagnes de sensibilisation, il est parfois difficile pour cette jeunesse assise sur les chaises ou leurs parents de se lever de leurs chaises. Après que tout simplement ils viennent de découvrir des choses qu’elles n’auraient jamais eu l’occasion de voir. Pour les prochaines sensibilisations de masse, nous allons impliquer les journalistes. A cet effet nous avons eu déjà un séminaire de formation à l’endroit des journalistes. Après nous allons passer à la phase 2 qui est la formation des guides religieux. Pour l’heure, nous avons initié un séminaire à l’endroit des guides religieux musulmans pour leur dire que nos enfants sont en train de mourir. Il faudrait qu’ils nous aident à pouvoir les sensibiliser. Le séminaire à venir est à l’endroit des guides religieux chrétiens. Il en sera ainsi de suite pour que toute l’étendue du territoire soit sensibilisée.

Quels sont les dangers immédiats de l’immigration clandestine ?

Il s’agit d’abord de mettre en évidence les caractéristiques de l’immigration clandestine. Vous avez la faim pendant la traversée du désert. Le désert est une étendue de terre qui est vaste. Donc sa traversée n’est pas aussi simple qu’on peut le croire. En plus d’être exposés à la faim, nos jeunes gens sont parfois exposés à la soif. Nous avons un élément que nous projetons, des jeunes gens exposés à la faim et la soif. Ils sont tous morts. Il n’y a eu que 2 rescapés sur une douzaine. Il faut noter que nos enfants sont exposés parfois à la prostitution pendant la traversée du désert et de ces côtes. Ils sont exposés souvent à des agressions parfois mortelles. Ils sont exposés à des humiliations et parfois à la privation de liberté. Leur dignité est souvent bafouée soit par les passeurs soit par les gardes côtes frontaliers. En fin de compte, lorsque vous êtes en train de traverser les océans, vous êtes exposés souvent à des expulsions en pleine mer. On vous projette souvent parce que la pirogue est en train de couler. Et donc il faut diminuer le poids de la pirogue. Il y a que souvent des jeunes gens ont le mal de mer. Il s’ensuit parfois des vomissements ; ils n’arrivent pas à supporter et décèdent en cours de route ou sont projetés en pleine mer. Vous avez les cas de naufrages qui sont fréquents, des bateaux qui se renversent en pleine mer, se vidant de leur contenu. Pour ces éléments également, nous avons des films de bateaux chargés de jeunes africains qui ont chaviré. Nous présentons ces films aux populations pour les en dissuader.

Existe-t-il des moyens de juguler ce fléau?

Les moyens, je dirais que nous n’avons pas la formule magique pour dire que nous allons mettre fin à l’immigration clandestine. Mais nous pensons que cela est possible. Dans un premier temps, il s’agit de mettre en évidence le problème de l’emploi de la jeunesse. Il nous a été donné de constater que les jeunes gens qui s’adonnent à cette forme de migration, ont parfois un niveau intellectuel assez bas. Ce sont des jeunes qui exercent pour la plupart dans les petits métiers. Il faut pouvoir les organiser de sorte à leur donner espoir dans ce qu’ils font. Il peut s’ensuivre des formations. Il faut encourager la scolarisation des jeunes gens et la formation à des métiers de sorte à leur garantir un emploi. En un mot, il faut faire la promotion de l’entreprenariat. Autant de solution pour pouvoir endiguer ce fléau. Pour ce qui est de la jeunesse, nous pensons que l’Afrique regorge de nombreuses potentialités. Il suffit que nous ayons foi en ce que nous faisons. J’ai évoqué la question de mentalité pour notre pays. Il faut dire que chacun doit pouvoir faire preuve de patience, preuve de créativité et d’imagination. Lorsque nous faisons preuve de créativité, nous pouvons tirer notre épingle du jeu. Il nous a été donné de constater que des jeunes gens venus d’ailleurs ont fait fortune dans notre pays. Nous avons découvert aussi au cours de nos missions que des jeunes gens venant d’autres pays viennent faire fortune en Côte d’Ivoire pour aller payer leur embarcation aux bords des larges. Notre organisation n’est pas venue freiner l’immigration clandestine. Elle a été mise sur place pour faire la promotion d’une immigration légale qui se fait dans des conditions saines et non répréhensibles, dans le respect strict des lois d’immigration des pays d’accueil. Nous sommes contre une immigration illégale qui coûte la vie à de milliers de jeunes africains.

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