
Après la session extraordinaire du Bureau politique du PDCI tenue les 4 et 5 juin 2020, le Secrétaire Exécutif en chef en dresse le bilan. Maurice Kakou Guikahué revient donc sur les débats, les résolutions qui ont sanctionné ces assises, non sans jeter un regard sur la convention qui désignera le candidat du PDCI-RDA aux prochaines élections présidentielles.
Monsieur le Secrétaire exécutif, les lampions viennent de s’éteindre sur la 13ème réunion du Bureau Politique, tenue en session extraordinaire sur deux (2) jours les 04 et 05 juin 2020. Pouvez-vous nous donner les grandes décisions de ce Bureau Politique ? En un mot, quel est le bilan de ce Bureau Politique extraordinaire ?
La 13ème réunion du Bureau politique s’est tenue en session extraordinaire sur deux jours les 4 et 5 juin. Je peux dire d’emblée que ce Bureau politique a tenu toutes ses promesses. D’abord sur le plan de l’organisation, nous avons avec les mesures barrières édictées par le gouvernement, découpé les 400 membres du Bureau politique et 100 du Comité des sages auxquels le Bureau politique était élargi, en groupe de 125 personnes. Donc nous avons fait quatre sous sections qui se sont tenues sur deux jours. Je voudrais profiter de cette occasion pour adresser mes félicitations au Comité d’organisation dirigé par Kamagaté Brahima, et toute son équipe et surtout féliciter le secrétaire exécutif chargé de la Sécurité, Kouassi Lénoir, qui a fait un sans-faute sur le plan sécuritaire. Sur le plan politique, je voulais noter l’atmosphère de courtoisie, de fraternité, de respect et de maturité, qui a entouré nos rencontres. Sur le plan du débat, cela a été très intéressant et je suis satisfait. En deux jours, nous avons eu 92 intervenants au cours de ces quatre sessions. J’ai été particulièrement impressionné par la rhétorique de jeunes délégués dont les prises de positions se sont appuyées sur nos textes. La satisfaction est que l’objectif que le président Bédié s’était fixé en déclarant en 1996, que le débat devrait être l’oxygène du parti, cet objectif est en passe d’être atteint. Les gens ne se rendent pas compte mais le PDCI-RDA est en train de faire sa mutation progressive. Ce n’est pas une révolution mais une évolution. Sur le plan des décisions, nous en avons pris 7 : Il faut être à jour de ses cotisations de 2020, pour participer à la convention en tant que membre statutaire. Ensuite, nous avons décidé que les conventions locales se déroulent les samedi 24 et dimanche 25 juillet 2020, la troisième décision c’est que la ville de Yamoussoukro a été choisie pour abriter la cérémonie d’investiture de notre candidat, nous avons aussi décidé des critères de candidature, également la mise en place d’un Comité de candidature qui a été publié, le chronogramme du processus électoral, nous avons enfin donné des pouvoirs au président du parti pour adapter l’organisation de la convention à la situation sanitaire. Donc au total, nous pouvons dire que pendant ces deux jours, le PDCI-RDA a donné une leçon de démocratie interne aux autres partis politiques de Côte d’Ivoire.
Des adversaires politiques jugent les résolutions du Bureau politique comme des critères barrières contre d’éventuelles candidatures contre le président Bédié. Quel commentaire faites-vous de ces dires ?
Ce que je peux dire, c’est que dans toute compétition et dans toute sélection, il y a des critères. Parce qu’on veut sélectionner et ce n’est pas propre au PDCI. Mais, ce que je peux dire, dans la politique, il faut saisir les opportunités mais il ne faut pas être opportuniste. Un parti politique ne doit pas être vu juste comme un tremplin pour assouvir une ambition, mais c’est un lieu d’accomplissement individuel dans un moule collectif. Quand vous êtes choisi comme candidat d’un parti politique, vraiment, c’est l’achèvement d’un militantisme et d’une carrière politique réussie. Donc, on ne devient pas candidat en étant de passage. Et quand un parti politique choisit un candidat, s’il est élu président, c’est de transformer la vision du parti politique en acte concret. Ce que je peux demander aux jeunes qui entrent en politique, il faut qu’ils militent sans calcul. Le seul calculateur, c’est Dieu. Parce que si vous calculez beaucoup, vous-même, vous êtes calculé. Donc, il faut qu’ils militent sans calcul. Qu’ils apprennent les fondements du PDCI-RDA, car il n’y a pas de génération spontanée en politique. Et je leur recommande surtout beaucoup d’humilité. Parce que j’ai l’impression que des jeunes qu’on a cooptés au Bureau politique, pensent qu’ils ont la science infuse. Ils ont trouvé des anciens sur le terrain, c’est un cheminement. Je leur recommande beaucoup d’humilité.
Quelqu’un a même traité ce BP extraordinaire d’illégal dans la presse. Que répondez-vous ?
J’ai lu cela sur les réseaux sociaux également et dans la presse. Mais la personne dont vous parlez a participé au Bureau politique. Elle a posé même des questions. Elle-même a pris part au vote, quand il y a eu lieu de voter pour trancher. C’est une majorité. Donc, on ne peut pas dire que quelque chose est illégal et participer. Et si on avait retenu ses propositions, qu’est-ce qu’il aurait dit. Donc, je pense qu’il n’y a rien d’illégal dans notre Bureau politique.
Les interventions au cours des BP qui se retrouvent dans la presse, alors que cela ne devrait pas l’être, que dites-vous à ces membres du BP qui le font ?
Cela prolonge un peu la question précédente. C’est le manque de formation politique. Vous savez, nous sommes en politique et souvent, l’actualité peut favoriser la nomination au Bureau politique de personnalités qui n’ont pas un passé militant particulier. Comme on était dans une situation et on avait besoin de certaines personnes, de certains profils, on les prend sans trop se baser sur leur militantisme. Et on est en train de le découvrir. Sinon, normalement les délibérations du Bureau politique sont confidentielles. C’est comme un jury. Toute intervention faite au Bureau politique appartient au Bureau politique, qui est seul habilité à en faire la diffusion s’il veut. Pas l’auteur. Mais il ne faut pas désespérer! Autant on veut rajeunir, autant il faut assurer la formation. Vous voyez, les anciens militants qui étaient au Bureau politique n’avaient pas d’écrits. Je pense qu’on devient de plus en plus nombreux, il faut qu’on forme les uns et les autres. C’est la raison pour laquelle je suis en train de faire une note. Au prochain Congrès, nous allons édicter une charte fonctionnelle du Bureau politique. Aujourd’hui, nous avons une charte fonctionnelle au niveau du Secrétariat exécutif. Il s’agit des règles sur lesquelles on marche, comment on convoque les réunions, comment on les tient, les réserves qu’on doit avoir. Nous allons faire la même chose pour le Bureau politique. Parce qu’effectivement, quand vous venez parler au Bureau politique, et qu’après vous vous répandez dans la presse, cela veut dire que vous manquez vraiment de maturité politique. C’est dommage, mais comme je dis, il ne faut pas désespérer. Nous avons un travail de formation à faire. De même que les aînés nous ont transmis la formation, il nous appartient de faire la formation pour assurer la relève. Comme je suis médecin et en médecine, c’est le mandarinat; vous ne pouvez pas bénéficier de la formation sans être au lit du malade. La médecine ne se trouve pas dans les livres. Vous pouvez lire tous les livres, mais vous n’allez jamais être un bon praticien. C’est au lit du malade que vous apprenez la médecine, mais aussi selon les dispositions de votre maître. Il peut vous donner des topos quand il veut, il peut ne pas vous les donner. Ça dépend de votre comportement. Donc les jeunes qui entrent en politique ou au Bureau politique, s’ils veulent vraiment avancer pour qu’un jour on les choisisse comme candidats, il faut qu’ils soient humbles. Mais s’ils sont guindés, ils n’arriveront nulle part.
Après ce Bureau politique, quels sont les nouveaux challenges à venir ?
Il y a deux choses: c’est de maintenir la cohésion et renforcer l’unité du parti. C’est la raison pour laquelle vous avez vu les décisions prises par le président. Maintenir la cohésion, c’est la publication du Comité de candidature, pour que le processus de désignation de notre candidat se passe dans la transparence, et pour que la confiance soit maintenue entre nous. Renforcer l’unité, c’est la nomination d’un comité de médiation, de sorte que les points de vue divergents puissent être rapprochés. Cela nous permettra de faire une très bonne convention. Pour que nous puissions élire un bon candidat, il faut que la convention soit le catalyseur de la prochaine élection que nous allons faire dans l’union et la discipline. Donc les challenges à venir, c’est de maintenir la cohésion et renforcer l’unité du parti.
Les conventions éclatées sont prévues pour la fin du mois de juillet. Vu le temps qui presse, cette échéance n’est-elle pas trop éloignée ?
Pas du tout. La période de préparation de la convention est une période de mobilisations des militants sur le terrain. C’est-à-dire, il faut mettre à la disposition du candidat choisi, un parti mobilisé. Donc la convention doit être de qualité. Rien n’est tard. Nous avons les mois de juin et juillet pour mobiliser les militants sur le terrain pour aller à la convention. C’est pour cela que nous faisons un point d’honneur à la réussite d’une bonne convention. Si la convention est une réussite totale, le reste est gagné. Si la convention est difficile, il faudra régler les problèmes avant de se lancer. Mais j’ai espoir que la convention va se dérouler dans de très bonnes conditions.
Pour vous, quand pourrait se tenir la convention nationale d’investiture ?
Aujourd’hui, le problème est que le vice-président de la République n’est plus élu sur le même critère que le président. On élit le président et une fois que celui-ci est élu, il nomme le vice-président. Dans ces conditions, nous allons nous concentrer sur le choix de notre candidat. Une fois que notre candidat sera choisi au mois de juillet, nous allons préparer son dossier. Une fois son dossier déposé à la CEI, nous allons choisir la date de la convention d’investiture. Parce qu’on ne peut pas investir quelqu’un dont le dossier n’est pas déposé à la CEI.
Pouvez-vous expliquer pourquoi le PDCI a rejoint le bureau de l’Assemblée nationale après avoir dit non pendant de longs mois?
La raison est simple. Quand le nouveau président de l’Assemblée Nationale, Amadou Soumahoro, a été élu en remplacement de Guillaume Soro. Il subit des influences négatives qui ont fait qu’il s’éloignait du règlement intérieur. Donc il a mal appréhendé les choses, il avait perdu de vue l’application du règlement intérieur. Nous on ne pouvait pas s’associer à ça. Donc on a dit qu’on ne rentrait pas. Mais ce que je devrais vous apprendre, c’est que le bureau de l’Assemblée est annuel. A chaque session, il y a un nouveau bureau à part le président de l’Assemblée qui est élu pour 05 ans .Tous les autres membres sont renouvelés tous les ans. Donc en 2020, la session qui a commencé Avril 2020 curieusement Amadou Soumahoro décide d’appliquer le règlement intérieur de l’Assemblée. Effectivement, il nous a consultés dans les règles de l’art .En tenant compte de la configuration politique des groupes parlementaires. On avait droit à 06 postes. Mais il nous en a donné 05 ce n’est pas parfait mais c’est mieux que 02 postes qu’il nous donnait en 2019.Donc nous avons dit que nous sommes dans une année spéciale, alors nous avons accepté .C’est la raison pour laquelle nous sommes rentrés à l’Assemblée pour jouer notre partition. Donc dans la répartition d’Amadou Soumahoro, le PDCI-RDA a eu 02 postes de vice-présidents, 02 postes de secrétaires et 01 poste de questeur. Nous nous sommes retrouvés entre nous les députés et nous avons proposés comme vice-présidentes madame Kouamé N’dia et madame Yacé Laurette. Les 02 secrétaires, Bénébou Dakoua et Wassi Kanaté et le questeur c’est Dibaï Dodo. Tout autre personne que vous allez apercevoir dans le bureau de l’Assemblée est du RHDP-unifié. Si une autre personne dit qu’elle est dans le bureau sur le compte du PDCI-RDA, c’est erroné.
Qu’en est-il de la Cei, le PDCI va-t-il intégrer l’équipe en place surtout que le jugement de la Cour africaine des droits de l’homme tarde à rendre son verdict?
Ma réponse est invariable. Nous avons confié un dossier à la justice. Le jugement a été fait, nous attendons le verdict incessamment.
Monsieur le Secrétaire exécutif, nous avons lu dans la presse que c’est la première fois que le Pdci-Rda lance un appel à candidatures. Qu’est-ce que vous en pensez?
Je suis très heureux, parce que cela veut dire que le PDCI commence à intéresser tout le monde. Mais rappelez-vous qu’en 2005, nous avons fait une convention, mais comme c’était dans la période des difficultés les gens n’ont certainement pas fait attention. Nous avons voté le président Bédié qui était candidat unique. Par ailleurs, lors des 11ème et 12ème Congrès, il y a eu des candidatures multiples. Mais je pense que cette année, nous avons été plus professionnels. Notre parti a organisé les choses comme un Etat le ferait. D’abord notre Commission électorale interne agit comme la Cei; nous avons aussi créé un Comité de candidatures qui agit un peu comme le Conseil constitutionnel puisque ses décisions sont sans recours. Enfin, nous avons créé un Comité de médiation qui agit un peu comme la Grande médiature. Donc la méthode que nous avons choisie a impressionné les gens. Sinon le PDCI a toujours fait des appels à candidatures. Comme je le disais tout à l’heure, les gens ne se rendent pas compte, mais nous avons fait une mutation et les choses ne peuvent plus être autrement. Quand le président Bédié va partir et qu’il va passer la main, il ne faudrait pas que quelqu’un pense qu’il sera choisi sans élection. C’est fini. Le PDCI est entré dans la phase des élections. C’est pour cela que je demande aux jeunes qui s’excitent de se préparer! Parce que quand ils seront nombreux, même si le Bureau politique est à 8% jeunes, mais ils seront obligés d’édicter des critères. Je suis donc très heureux que la presse ait remarqué cela. Cela veut dire que avons avons gagné notre pari. Il faut juste rappeler qu’en 2005, nous avions fait une convention et choisi un candidat. Mais les élections ont été reportées et nous avons gardé notre candidat. Et en 2015, nous n’avons pas été candidats et nous avons passé notre tour à Alassane Ouattara. Maintenant en 2020, nous sommes candidats et nous refaisons les mêmes choses. Mais cette fois-ci, il le faut reconnaitre, c’est plus amplifié. Ça a été professionnel et nous avons beaucoup communiqué là-dessus. Je pense que le Pdci vient de créer des problèmes aux autres partis politiques. Désormais, je ne sais pas si des leaders pourront se réunir dans une salle et puis imposer un candidat. Le Pdci est le parti déterminant, c’est l’aîné des partis. Nous donnons la voie à suivre aux uns et autres. Nous venons de tracer la voie, les jeunes partis vont suivre.
Un appel à vos militants et aux Ivoiriens ?
Je voudrais demander à nos militants de rester vigilants, mobilisés. Qu’ils se rendent disponibles, à l’écoute de leurs délégués départementaux et communaux pour toutes les activités et en cette période particulièrement, de participer pleinement à l’opération des audiences foraines afin d’obtenir leurs certificats de nationalité utiles à leur inscription sur la liste électorale dont l’opération va débuter bientôt.
Le PDCI-RDA est en marche. Je peux le rassurer. Je leur demanderais de faire très attention dans le monde actuel des réseaux sociaux et qu’ils ne prennent pas trop en compte ce qui se raconte sur les réseaux sociaux à propos du PDCI-RDA. Car derrière l’écran se trouvent des gens du RHDP encagoulés qui les trompent en se faisant passer pour des militants du PDCI-RDA. On ne voit personne parce qu’ils sont derrière l’écran. Ils peuvent se mettre dans la peau des militants du PDCI-RDA et c’est n’est pas du tout vrai. Que les gens ne prêtent pas attention à cela. Je peux dire que nous sommes sur la bonne voie. Le chemin pour arriver n’est plus long, même s’il sera dur, rocailleux et plein d’embûches. Il ne sera pas facile mais la distance n’est plus longue. Très bientôt, nous serons en octobre 2020 et nous allons prendre le pouvoir en Côte d’Ivoire. Mais entre juin et octobre, ça va être difficile et donc il faut s’armer de courage. Plus c’est difficile, plus nous avons besoin d’hommes durs. Soyons donc des hommes durs car la victoire est au bout de l’effort, elle nous tend les bras et à nous de savoir la saisir.


