
Abodjé Obodji Soboa, le chef des Abbey (1886-1952) est ici vêtu d’un pagne traditionnel enroulé sur l’épaule. Il porte un képi sur lequel est inscrit « Obodji Soboa, Agboville ». Sur le torse sont accrochés ses deux décorations françaises et un bijou au cou, forcément en or.
Quoique l’on ne distingue pas d’insignes religieux explicites, car il était aussi chef religieux, ce portrait fait apparaître des registres traditionnels et coloniaux, les deux exercices de la puissance dans laquelle il opérait. Il a eu un brillant début de règne, avant d’être affaibli par la maladie. Il fut fait chevalier de la Légion d’honneur le 16 janvier 1927, puis officier le 31 décembre 1932, il dû quitter le trône en 1944 du fait de ses problèmes de santé.
« Il faisait partie du gotha financier de l’époque », selon les termes de Frédéric Grah Mel, biographe de Félix Houphouët-Boigny. En effet, homme d’affaires prospère, il était dans la construction, le commerce, l’agriculture, les mines, notamment l’or et la banque.
Cet homme possédait carrément une banque, employait des colons, banque où il y conservait ses très importantes réserves d’or. Il a été l’un des principaux financiers de l’action politique de Félix Houphouët-Boigny. De nombreuses bâtisses à Agboville datant de la colonisation lui ont soit appartenu, soit il les a fait construire pour autrui. Son souvenir reste encore vivace jusqu’aujourd’hui en pays abbey.
Et au-delà de sa somptueuse villa personnelle pour l’époque, dont même des colons ordinaires ne pouvaient s’offrir, il portait des sandalettes dont la semelle était en pneu d’auto, matériau rare et coûteux à cette époque. Un signe extérieur de puissance et de richesse. Ces sandalettes communément appelées « tapettes » de nos jours, étaient connues, en clin d’œil à son nom, sous l’appellation « Abodjé ».
Obodji Soboa, chef supérieur des Abbey en Côte d’Ivoire coloniale.
Afrique Contemporaine, La Documentation Francaise, 2018, N°267-268 (3), pp.221.
JCK


